La sexualisation à outrance de l’image de la femme et même de la petite fille dans les médias, la publicité et le marketing peut avoir des effets psychologiques et physiques néfastes sur les adolescentes et les jeunes filles, selon une étude rendue publique mardi. L’Association américaine de psychologie (APA) a publié un rapport qui analyse quelque 300 études parues au cours des 18 derniers mois, examinant des médias, en particulier la télévision, les films, les magazines et même les paroles de chansons et la silhouette des poupées. Cette pression que les experts appellent "sexualisation" base la valeur d’une personne essentiellement sur son sex-appeal et peut conduire à la dépression, à des troubles de l’alimentation et à de mauvais résultats scolaires, affirme l’APA. (…) Le rapport de 66 pages comprend une multitude de conseils pour les parents désemparés qui ne savent pas comment aider leur enfant à résister à cette pression, alors que, selon une étude de la Kaiser Family Foundation, près d’un petit Américain sur deux, âgé de 4 à 6 ans, a un poste de télévision dans sa chambre. Les auteurs ont également scruté les clips musicaux et dénoncé les paroles de chansons comme celles des "Pussycat Dolls" ("Don’tcha wish your girlfriend was hot like me? ", "Tu voudrais pas que ta petite amie soit sexy comme moi?") ou celles du rappeur 50 Cent ("I tell the hos (whores) all the time, Bitch get in my car", "Je dis toujours aux putes, monte dans ma voiture, salope"). La publicité mise aussi beaucoup sur la sexualisation. En 2003 aux Etats-Unis, les pré-adolescentes ont dépensé pour 1,6 million de dollars en strings, selon Time Magazine. Une marque de chaussures (Skechers) a ainsi utilisé la chanteuse Christina Aguilera, affublée de couettes, le T-shirt déboutonné et léchant une sucette. Les poupées Bratz, qui rivalisent avec Barbie, montrent "des petites filles en bikini dans des jacuzzis préparant des cocktails tandis que les garçons jouent de la guitare et font du surf". Les poupées sont vêtues de mini-jupes, de bas filet et de boas à plumes. (La Libre 20/02/2007).
On pourrait multiplier les exemples de sexualisation outrancière ou précoce, que ce soit dans le monde du rap, du cinéma, de la publicité, ou dans l’évolution factuelle des mœurs. Ou encore dans les tentatives bien-pensantes et malencontreuses d’éducation précoce (13 ans) à la vie sexuelle comme celle qui a été récemment menée par le ministère belge de la santé…On pourrait aussi renvoyer à la réflexion critique sur ces évolutions exprimée par les romans de Michel Houellebecq.Ces tendances ne datent pas d’hier. Elles peuvent être vraisemblablement datées de la nouvelle idéologie mise en place par le pouvoir à partir de la fin des années soixante dans les pays occidentaux. Une idéologie qui, comme l’ont montré nos recherches, repose sur trois piliers qui sont les valeurs du Nouveau Léviathan: l’individualisme, l’’hédonisme et le consumérisme. La recherche de l’épanouissement individuel par le plaisir et la consommation, laquelle peut être aussi relationnelle et sexuelle, est le facteur le plus puissant de déstabilisation du lien social contemporain.
Plus récemment, les racistes « blonde jokes » ont mis en lumière l’ambivalence de l’image de la femme occidentale (dont la femme blonde est le symbole), présentée à la fois comme la femme que tout le monde rêve d’avoir et comme une poupée stupide et facile. Force est de constater que dans la pornographie ou ailleurs, la sexualité «libérée» dépeint quasiment systématiquement la femme dans des situations et des postures humiliantes, soumises et dégradantes. Ou encore elle suggère que le comportement sexuel et amoureux de la femme devrait équivaloir à celui de l’homme, sans prendre garde au fait que les schémas d’interprétation en restent totalement différents. Il n’est pas étonnant que ce nouveau matraquage se traduise par des troubles psychologiques chez celles qui y sont le plus exposées et soit socialement détrimental à la femme, à son image et à son statut.
A cet égard, le fait que récemment Paris Hilton, cette héritière américaine qui s’est fait connaître par ses frasques sexuelles à l’écran et sa bêtise blonde, ait été sollicitée par Simba Toys pour choisir les vêtements et l’apparence d’une marque de poupées pour petites filles concurrente des poupées Barbie, peut apparaître comme un détail qui n’est pas de pur hasard.
La crise du «modèle français»: importer le modèle danois sans l’esprit de communauté?
Tout le monde est d’accord : le modèle français fonctionne mal. Faut-il en changer ? Comment le faire évoluer ? Les propositions émergent. On ne pourra pas dire que les sociologues manquent d’imagination. Difficile aujourd’hui de trouver, à gauche ou à droite, un défenseur du « modèle social français ». Quoi que l’on mette sous cette appellation, le constat d’un échec de la société française à assurer à chacun des conditions de vie décentes est largement partagé. Et même si nombre de travaux statistiques, sociologiques et économiques sur le chômage, la précarité, les inégalités en tous genres viennent alimenter ce constat, plusieurs publications ont très récemment insisté sur le profond décalage entre la vision officielle de la société et la réalité de la situation sociale. (…).
Pauvreté des solutions, peut-être, mais le débat a en tout cas commencé et, malgré l’air du temps «décliniste», les propositions sérieuses pour faire évoluer notre modèle social ne manquent plus. Autour du contrat de travail par exemple, le rejet du contrat première embauche (CPE) a donné toute sa vigueur aux débats en cours chez les économistes pour s’attaquer à la dualité CDI/ contrats précaires, qui tend à créer un marché du travail à deux vitesses, les avantages des uns se payant au prix de l’insécurité des autres. (…) Mais en matière d’inspiration étrangère, c’est bien entendu le modèle danois (ou nordique) et sa miraculeuse « flexicurité » qui tient le haut du pavé. (…) le Danemark semble avoir trouvé un équilibre vertueux, qui maintient de hauts niveaux de protection sociale pour tous sans entamer la compétitivité de l’économie : le taux de chômage est bas, la précarité est un concept inconnu, à la grande liberté de licencier répond une assurance chômage généreuse avec des services de l’emploi efficaces…(…).
Reste que le débat français invoque à l’envi la flexicurité en oubliant toute l’architecture institutionnelle qui la sous-tend. L’Etat y occupe notamment une place encore plus prépondérante qu’en France, avec un secteur public pléthorique qui emploie 31 % de la population active et des prélèvements obligatoires très élevés. Autre aspect crucial : des relations patronat-syndicats nettement plus institutionnalisées qu’en France, avec un taux de syndicalisation proche des 80 %. Autant d’éléments propres à refroidir les ardeurs réformatrices de ceux qui se seraient volontiers contentés de troquer un assouplissement du droit du travail contre de nouveaux droits pour les salariés. La route vers le Danemark est encore longue… (Source : Xavier Molénat, Sciences Humaines, 01/2007)
Ces débats d’intellectuels en mal d’idées ont le mérite d’exister. Ils ont le tort de vouloir réinventer de vieilles recettes telles que le lifelong learning, l’outplacement… Mais leur défaut principal est de nager dans l’abstraction: on voudrait le système danois sans les taux de syndicalisation, sans le patronat participatif, sans le collectivisme des décisions, sans la négociation institutionnalisée, bref sans tout ce qui résulte du sens de la communauté qui sous-tend les pratiques de l’Europe du Nord. Il faut commencer par réfléchir aux fondements culturels de ces pratiques.
La route serait longue en effet pour adopter un système de type nord-européen et le faire fonctionner dans un pays tel que la France. Encore faudrait-il, pour avoir la moindre chance de réussir, commencer par réintroduire l’esprit de communauté. Cela débute par des actes simples et des conduites élémentaires au quotidien: réintroduire la politesse, le savoir-vivre, le partage, la transparence, le sens du compromis, ceci de façon effective et réelle et non pas verbale. Dans un pays qui, en proie aux schémas autoritaires et individualistes du bonapartisme, manque totalement de convivialité, ce n’est pas le moindre des challenges.
Le capital social est un concept clé en psychologie sociale, sociologie, économie et science politique.
Quoique sa définition et sa mesure aient fait couler beaucoup d’encre (ce qui contribue bien sûr à l’intérêt qui est porté au concept…), il a pu être clairement défini par «la valeur collective de toutes les normes et relations sociales permettant la coordination d’actions en vue d’atteindre des objectifs communs» (James Coleman) ou comme un «ensemble d’attitudes et de dispositions mentales favorisant la coopération dans la vie sociale» (Patrick Hunout). En ce sens, il est très proche de l’esprit de communauté et joue un rôle fort dans la cohésion sociale.
La création de capital social peut commencer avec la civilité et le respect des règles de politesse (étape élémentaire de la reconnaissance de l’autre), se poursuivre par la socialisation et la participation à des associations, clubs ou charités, et se prolonger dans la participation électorale et l’engagement civique. Le chercheur américain Robert Putnam a clairement relié l’évolution de l’engagement civique et celle du capital social, en montrant comment le déclin massif de la participation électorale et de la vie associative affecte la démocratie américaine.
Mais il a pu aussi être montré que le capital social joue un grand rôle dans la vie économique. Très présent dans les pays d’Europe du Nord et asiatiques, l’esprit de communauté élève le niveau général de confiance, favorise le sens du compromis dans les affaires publiques et les relations commerciales, renforce la disposition à négocier, facilite les coordinations organisationnelles, et entraîne l’adoption de processus de décision concertée. Il a pu favoriser une meilleure conciliation de l’économique et du social et contribue à expliquer la réussite à long terme de ces économies. Il sous-tend et inspire l’économie sociale de marché, qu’on a pu aussi appeler le « capitalisme rhénan ».
Enfin, le degré de capital social influence la santé mentale de la population en ce sens qu’un niveau élevé de capital social implique la possession de repères stables et de valeurs communes et ainsi améliore la prédictibilité et la stabilité de l’univers social. Or il a été démontré depuis les débuts de la sociologie que ces facteurs ont une influence mesurable sur les taux de suicide et les désordres dépressifs majeurs.