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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Le besoin de communauté et les liens faibles de l’Internet Société - 02-01-2008 - TSCF

3968729046Socialisation virtuelle: crée-t-elle du capital social?

Le Canada remporte la palme des pays "accros" au populaire site de socialisation Facebook, avec un citoyen sur quatre y multipliant les "amis", une nouvelle façon de rapprocher la population dans cette vaste contrée friande de nouvelles technologies. "Les Canadiens ont une plus grande affinité (que les autres) avec Facebook", estime Greg Elmer, directeur du laboratoire de recherche sur l’impact culturel des technologies de l’information (infoscape lab) à l’université Ryerson de Toronto. Né début 2004 aux Etats-Unis, Facebook est le deuxième site de socialisation le plus populaire du monde, derrière son rival MySpace qui compte plus de 100 millions de membres. "Facebook consiste à retrouver vos amis alors qu’un site comme MySpace vise à se présenter soi-même aux autres (…) La communication et la socialisation en ligne me semblent plus canadiennes que l’autopromotion du soi à laquelle les jeunes Américains sont éduqués", explique-t-il à l’AFP. La métropole canadienne Toronto se targuait en mai d’être la capitale mondiale de Facebook en nombre absolu d’utilisateurs, un titre perdu depuis au profit de Londres. Mais la capitale britannique compte le double de la population de Toronto. La popularité de Facebook à Toronto s’explique par la présence d’universités, sa géographie étendue (passer de la banlieue au centre-ville peut y prendre des heures), sa culture financière (première place financière au Canada) et sa diversité ethnique, résume M. Elmer. Selon les données du recensement canadien, près de la moitié des cinq millions d’habitants de la région de Toronto sont des "immigrants". Et nombre d’entre eux utilisent des sites de socialisation pour maintenir le contact à l’étranger ou en développer sur place, estiment les chercheurs. (…) Si plusieurs employés gouvernementaux au Canada se voient refuser l’accès à Facebook, les politiques, eux, y multiplient les amitiés. Le Premier ministre canadien Stephen Harper compte 6.800 supporters, dépassé par les leaders de l’opposition, le libéral Stéphane Dion (10.500), et du Parti néo-démocrate, Jack Layton (8.600). Plusieurs commentateurs et experts s’interrogent sur la notion "d’amitié" véhiculée par Facebook, un terme générique décrivant chaque relation d’un individu à un autre qui gommerait les différents types de relations (famille, travail, connaissance, etc.) et tronquerait le sens profond de l’amitié. "Si Facebook est le principal outil utilisé par vos amis pour communiquer entre eux et que vous n’en êtes pas membres vous pouvez être exclu socialement", remarque Phillip Jeffrey, étudiant à l’Université de Colombie-Britannique (ouest) qui planifie d’écrire sa thèse de doctorat sur ce site de socialisation. (RTL Info, 27/12/2007).

Merci à Greg Elmer pour ses intéressants commentaires. Il est exact que MySPace propose de l’auto-promotion de nature individualiste, tandis que Facebook, Hi5 et d’autres proposent de la socialisation virtuelle afin de pallier le déficit de lien social. Les causes du déficit de lien social en Ontario sont indiquées par l’article: taille excessive des conurbations et immigration de masse qui entraînent un déracinement et une diversité extrêmes.

3506885233Il est vrai également que la notion d’"amitié" mise en avant par ces sites est douteuse. Est réputé "ami" celui ou celle qui accepte de vous voir figurer dans sa liste, et vice-versa. Cela ne suppose pas forcément de connaissance mutuelle réelle ni d’intimité, encore moins de solidarité. Quant aux "amis" virtuels des hommes politiques, ce sont des noms dans une liste, peut-être une clientèle politique en quête du regard de l’homme connu, en tout cas une cible pour le marketing politique. Au fond, ces liens de soit disant amitié se réduisent à l’existence d’une image publique. Une image qui peut être plus ou moins trafiquée, ce qui est contraire à tous les principes de production de capital social durable. Ainsi, une recherche menée par nos soins a-t-elle montré que 78% des personnes utilisant un site ou réseau de socialisation altéraient au moins un élément essentiel de leur identité sociale. Dans le cas des jeunes et des adolescents, il y a plus fréquemment une communauté existante qui utilise l’outil virtuel pour rester en contact, prolonger les contacts après l’école, échanger des objets rituels qui cimentent le lien (vidéos, photos, etc.). C’est sans doute l’utilisation idéale de l’outil, consistant à conforter des réseaux déjà existants. Mais Phillip Jeffrey signale le risque inhérent à une utilisation intensive: le lien communautaire peut être confisqué par l’outil, au point que ne pas l’utiliser peut vous conduire à être exclu socialement!

3506885233 Dans tous les cas, qu’il nous soit permis d’exprimer notre scepticisme quant à la capacité de ces "solutions" a générer du lien social, durable et réel, par substitution aux opportunités naturelles du travail, du voisinage, de la famille ou des soirées. Le fait est que ces vecteurs naturels ne sont plus efficaces, et c’est là-dessus qu’il nous faut nous interroger. Pour leur rendre leur efficacité, il faudrait des changements profonds. D’autres politiques de cohésion sociale, d’urbanisme, de participation communale, d’identité ethnique. Une révision en profondeur des valeurs actuelles - individualistes, consuméristes et hédonistes. D’autres lieux ou des lieux revivifiés de rencontre. Des codes de communication et de comportement social plus clairs et mieux connus de tous. Un réapprentissage du regard, du sourire, de la civilité. De multiples orientations pourraient aider à rendre à notre société sa capacité d’intégration. Le débat ne fait sans doute que commencer… de façon générale, la socialisation virtuelle n’est pas négative, peut même être très positive, mais, rendue nécessaire par le dysfonctionnement de la société, elle ne peut paradoxalement fonctionner correctement que si la société fonctionne encore assez correctement: confiance, véracité, sens de l’engagement, capacité d’accepter la réalité, convivialité, volonté sincère de créer du lien sont nécessaires pour passer sans encombre du virtuel au réel.


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