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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (III) Economie, Société - 01-01-2010 - TSCF

La grande opportunité de la crise économique mondiale: nous débarrasser des Etats
 

Ne serait-ce pas une preuve de maturité politique que d’accepter de voir que depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie, comme il nous asphyxie d’ailleurs, et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction. (…) D’où ces idées qui fleurissent aujourd’hui, de plus en plus farfelues, et déconnectées du réel, telle que celle de mettre sous tutelle des pays normalement démocratiques et souverains (…). A une moindre échelle, quand tout allait de pis en pis, plusieurs pays européens avaient su au final quitter le Système Monétaire Européen au début des années 1990. Ces pays, tels l’Italie et le Royaume-Uni, vivement critiqués à l’époque pour ce choix, s’en étaient au final mieux sortis dans la crise, et avaient moins subi la poussée du chômage. Sortis de leur fièvre dogmatique, les économistes finiront par l’admettre, quelques années plus tard. On doit espérer qu’il se passe la même chose concernant l’euro. Il faut bien sûr envisager de mettre fin à la monnaie unique, sans tabou, et ces pays, les premiers touchés de manière aussi rude, doivent ouvrir la voie. Cela nécessite dans le contexte idéologique actuel beaucoup de courage, et un peu de tactique. A cet égard, une sortie groupée de la zone euro, qui verrait le même jour ces 5 pays annoncer leur désir de retrouver leur liberté monétaire, permettrait d’éviter un effet de stigmatisation trop fort, et pousserait même très certainement les marchés à « finir le travail », en jouant la fin d’un euro qui aurait prouvé qu’il n’est pas viable (Marianne2, 16/12/2009)

 
euro1(suite) 14. L’explosion du déficit des Etats

Dans de nombreux pays, le transfert du poids de la dette privée vers le secteur public a fait exploser les déficits des comptes gouvernementaux et des comptes sociaux. Les défaillances des gouvernements qui ne peuvent plus porter la dette se multiplient. D’après le niveau des CDS (Credit Default Swap), l’Islande est considérée comme en faillite, la Grèce en est très proche (comme l’ont montré les événements de Décembre 2009). La prime de risque des emprunts grecs est plus élevée que celle d’UBS, l’un des cancres mondiaux de la bulle immobilière américaine. Les primes de risques infligées à d’autres Etats (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) laissent tout simplement entendre qu’ils sont susceptibles de faire faillite. Pour restaurer la confiance, l’Irlande, particulièrement frappée par la crise immobilière, a accordé sa garantie à la totalité de l’épargne déposée dans les banques de l’île. Une promesse qui dépasse largement ses moyens. Avant la crise, la Grèce ou l’Italie avaient une dette déjà beaucoup trop lourde comparée à la taille de leur économie. Résultat, ces pays n’ont aujourd’hui plus aucune marge de manœuvre budgétaire. D’autant plus que leurs recettes fiscales sont appelées à fondre dans la sécheresse de la récession.  A terme rapproché, les finances des Etats britannique ou français pourraient être menacées.

Des bulles immobilières ont explosé ou sont sur le point d’exploser dans plusieurs pays. Et simultanément, les bulles de l’endettement de nombre d’Etats approchent de la rupture. L’affaire Dubai World de Décembre 2009, du nom du conglomérat émirati public en défaut de paiement, est sans doute annonciatrice d’autres défaillances souveraines. Au sein de la zone euro, il y a quatre pays du Sud dont la solvabilité inquiète: le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Les uns, méprisants, les appelaient les pays «Club Med», les autres leur ont donné un acronyme (PIGS) aussi peu sympathique que leurs finances sont prodigues. En Grèce, où les déficits s’accumulent année après année, la dette publique atteint 113% du produit intérieur brut alors que les critères de Maastricht fixaient à 60% le maximum autorisé, et le déficit dépasse 12% en 2009 et 2010! Dans les mesures «draconiennes» qu’il s’est engagé à prendre pourraient figurer un reformatage d’un système de retraites trop généreux, des hausses d’impôts, des coupes dans les dépenses de l’Etat, une lutte contre l’économie immergée, etc. Une radicale cure d’austérité pour retrouver du crédit. Et un plan de rigueur auquel n’échapperont pas d’autres Etats qui, eux aussi, ont trop facilement recours à l’endettement pour financer leur train de vie.

Aux Etats-Unis, le Président Obama combat l’ennemi avec des armes d’un autre temps: la planche à billets, dont les effets collatéraux placent les Etats-Unis tous les jours plus près de la menace du défaut de paiement! Les déficits publics US, qui devraient se situer autour de 9000 milliards de dollars ces dix prochaines années, n’autorisent effectivement quasiment plus aucune nouvelle levée substantielle de capitaux de la part de l’Etat américain dont la capacité de taxation a également atteint son point optimal du fait de la crise économique…Des études ayant ainsi démontré que la totalité des investisseurs Américains et étrangers se devant d’augmenter leurs placements en Bons du Trésor US de 200% afin de satisfaire aux besoins en capitaux de l’Etat fédéral Américain laissent en effet perplexes par rapport à la solvabilité des Etats-Unis d’Amérique … qui ne peuvent pas plus compter sur leurs propres contribuables qui devraient ainsi s’acquitter d’un impôt majoré de 61% si leur souhait était d’équilibrer le budget de leur pays! La Californie, 8ème puissance économique mondiale est en situation de faillite virtuelle. Son gouverneur menace de couper les programmes d’aide sociale s’il n’obtient 8 milliards de dollars d’aides du gouvernement fédéral. Près de 40 Etats américains pourraient être dans les deux ans dans l’incapacité de financer l’assurance chômage et auraient besoin de 90 milliards de prêts pour pouvoir continuer à la financer. 

euro115. La fiabilité douteuse des Etats

Contrairement à ce que pensent les investisseurs en général, les Etats ne sont pas des débiteurs fiables. Ils sont en effet juge et partie, et nul ne pourrait les contraindre, y compris devant leur propres tribunaux, à rembourser leur dette intégralement. Ils auraient tout pouvoir, le moment venu, pour prononcer un moratoire sur la dette, en reporter les dates d’échéance, en changer les taux, en invoquant l’intérêt national. La méthode la plus radicale de restructuration de la dette, employée par les monarques français, consistait à décapiter les créditeurs, mais elle ne serait plus applicable de nos jours. Une autre solution consistait à baisser la part des métaux précieux dans la composition des pièces de monnaie en circulation; l’équivalent moderne consiste à rembourser en monnaie de singe à travers une «dévaluation compétitive». C’est l’exercice périlleux auquel se livre actuellement Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, avec les créanciers chinois. La troisième solution est de répudier la dette comme le firent les Soviétiques en 1917. L’inconvénient majeur est de se couper de la communauté internationale. L’exemple de la Corée du Nord devrait faire réfléchir ceux qui seraient tentés par l’expérience. 

euro116. La possibilité d’une crise monétaire

Le dollar pourrait baisser profondément voire à terme s’effacer comme monnaie de réserve internationale. L’or, en contrepartie, pourrait continuer à monter sur les marchés internationaux car il deviendrait le seul étalon solide par comparaison avec une monnaie fiduciaire fictive.

En Europe, c’est l’euro qui est menacé. Dès avant la crise actuelle, l’économiste de la London School of Economics Charles Goodhart remarquait les évolutions extrêmement divergentes de compétitivité, coûts du travail et balances commerciales à l’intérieur de l’eurozone. Compte tenu de l’existence d’une monnaie unique et de la politique de la BCE concernant l’inflation, ces divergences ne pourraient être corrigées qu’en réduisant la croissance et le niveau de vie de pays comme l’Espagne ou l’Italie. Il y a donc fort à parier que certains Etats membres de l’Union Monétaire voteraient « non » si la décision de joindre l’euro devait être prise maintenant. Dès avant la crise actuelle, Goodhart estimait à 20% la probabilité d’un effondrement de l’Union Monétaire.

Les Allemands sont-ils d’accord pour faire les fins de mois du gouvernement grec, et peut-être demain régler la facture du "grand emprunt" sarkozyen? Curieusement, cette question essentielle n’avait pas été traitée lors de la création de l’euro. Or c’est l’existence même de l’Union Monétaire qui est en jeu. Conçue par beau temps, cette union a pu fonctionner durant ses premières années. Mais la situation présente nous ramène à la réalité. Le corset de la monnaie unique n’efface pas les différences entre les pays, il les exalte, surtout lorsqu’il n’y a pas de transferts budgétaires et de mobilité de la main-d’œuvre. Si l’on évite la crise monétaire à l’intérieur, elle portera sur l’euro lui-même.

Le retour à un SME renforcé permettrait d’éviter l’éclatement désordonné de la zone euro. Le Système monétaire européen (SME) a été lancé en mars 1979. C’était un système de parités stables mais ajustables avec des marges de fluctuations de 2,25% autour des parités centrales (jusqu’en août 1993), sauf pour certaines monnaies faibles qui bénéficiaient de marges de 6%. L’accord européen sur ce mécanisme de change était complété par la création de l’Ecu, qui était une unité monétaire composite constituée par un panier de montants déterminés de chaque monnaie communautaire, y compris celles qui ne participaient pas au mécanisme de change. Chaque monnaie avait donc un cours pivot en écu et un cours de marché. Des facilités de crédit étaient prévues pour défendre les parités au sein du SME. Tout en assurant une certaine intégration, le SME permettait des réajustements de parité.

euro117. Les perspectives: une crise prolongée et des opportunités de changement

Saisies immobilières en progression, risque de faillites de certains Etats, crash de l’immobilier commercial et CMBS liés, reset des prêts Alt-A et "option ARM", asphyxie du financement à court terme par les papiers commerciaux, crise des cartes de crédit, camouflage comptable des pertes bancaires, incapacité des banques de prêter aux particuliers et PME dans un environnement où le risque crédit grandit …la situation économique américaine et internationale n’est guère brillante malgré un redressement intervenu dans le milieu de 2009.

Cette crise conduira à une perte irréversible d’emplois dans certains secteurs (construction, finance, biens durables…), d’où un chômage durablement très élevé; à l’absence d’emplois nouveaux en quantité suffisante pour compenser les pertes d’emplois; à l’inefficacité des politiques de soutien de la croissance par l’exportation, avec la contraction du commerce mondial et, pour la zone euro, le risque d’appréciation de la devise puis d’implosion du système monétaire; à la disparition du modèle de soutien de l’activité par la hausse de l’endettement; au besoin de rééquilibrer les finances publiques par des politiques budgétaires restrictives; à l’accélération des délocalisations avec l’écart de croissance et de coûts de production entre les pays émergents et les pays de l’OCDE; à la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, avec le chômage élevé et les délocalisations. Des mouvements erratiques des actions, du pétrole et des matières premières sont à prévoir, avec une montée de l’or et une baisse du dollar (ce dernier a déjà perdu près de 20% de sa valeur depuis mars 2009).

Cette crise n’est pas seulement une crise économique mais aussi sociétale, identitaire et mentale. Car l’effondrement de la société de consommation ne restera pas sans conséquence sur les valeurs consuméristes, hédonistes et individualistes qui sont promues par le pouvoir depuis des décades et ont très largement contribué à provoquer cette crise. Des valeurs plus compassionnelles pourraient renaître face à la situation. Un certain nombre de projets du pouvoir présentés par lui comme intangibles, comme l’euro ou l’immigration, devront être remis en cause. Confrontée à des déficits grandissants, la bureaucratie étatique qui veut tout contrôler pourrait être placée en situation d’impuissance encore accrue, tandis que son expansion sans frein la rendra encore plus insupportable. En conséquence, la société civile pourrait être forcée d’entrer dans le processus qui lui permettra de réapprendre à s’organiser et finalement, connaître une nouvelle vitalité. 

 

 


(5/5 - 18 Votes)
- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (I) Economie - 21-12-2009 - TSCF

De la crise immobilière à la crise de l’économie

Que nous apprend la crise financière? Deux choses. D’abord, qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Depuis des années, les revenus des actionnaires augmentent davantage que ceux des salariés. Que ce soit en Chine, aux Etats-Unis ou en Europe, le partage des richesses n’est pas équitable. Les entreprises ont été poussées, par les actionnaires, à gagner toujours davantage, sabrant dans les coûts, poussant les ventes, modérant les salaires. Pour faire tourner la machine, on a donc incité les ménages à s’endetter. Les Américains les plus faibles ont eu accès à des crédits qui se révèlent aujourd’hui explosifs. Et même chez nous, où on est traditionnellement plus prudents, les crédits à la consommation et les emprunts hypothécaires ont fameusement augmenté ces cinq dernières années. Ce modèle n’est pas durable. On ne peut forcer les consommateurs à s’endetter toujours plus sans augmenter réellement leur pouvoir d’achat. Les actionnaires (et le management de sociétés) doivent être moins goulus s’ils ne veulent pas casser la machine .L’autre leçon, c’est que les banques doivent repenser leur métier. Cette crise du crédit se double en effet d’une profonde crise financière. Son origine est la modification du modèle financier ces dernières années. Les banques ont abandonné leur rôle d’intermédiaires. Avant, elles accueillaient les dépôts des épargnants pour les reprêter aux entreprises qui investissent ou aux ménages qui consomment. Elles sont devenues aujourd’hui des entremetteuses, habillant ces crédits pour s’en débarrasser auprès d’autres investisseurs, allant même jusqu’à sponsoriser des sociétés et des fonds pour absorber ces produits bizarres et dangereux. Elles ont ignoré ce qui était la base de leur métier : comprendre et gérer les risques. Mais la réalité se venge. (Le Soir, mercredi 23 janvier 2008)

euro1Il est temps que nous exprimions notre avis sur situation créée par la crise économique mondiale. Il s’est dit beaucoup de choses sur cette crise dans les journaux et dans les blogs. Ceux qui avaient compris, avaient vu, avaient tout prévu, les alarmistes, les dépressifs, les millénaristes de tout poil qui agitent le spectre du calendrier Maya, les technocrates qui se veulent rassurants, les optimistes subventionnés entonnant des chants de sortie de crise… tous se sont déchaînés. Maintenant que la poussière retombe, nous ne sombrerons pas dans les mêmes travers, et présenterons seulement quelques réflexions sur l’évolution de cette crise et sur l’avenir de nos économies.  

euro11. Les débuts : Le 27 février 2007, la “petite” bourse de Shanghaï, qui ne représente que 2% de la capitalisation mondiale, avait dévissé de 9%, entraînant avec elle l’ensemble des places financières. En mars 2007, l’air froid est venu de Wall Street, alertée par la possibilité d’une grave crise immobilière aux Etats-Unis. Les conséquences du retournement du marché immobilier sont manifestes : une étude de l’Association des banquiers hypothécaires américains a en effet révélé qu’au quatrième trimestre 2006, les non-remboursements de prêts hypothécaires à haut risque ont atteint leur plus haut niveau depuis quatre ans. 13,33% des ménages les plus fragiles qui ont souscrit à des prêts à risque aux taux nettement supérieurs à la moyenne n’ont pas respecté les échéances. Une vingtaine d’organismes spécialisés dans ce type de prêts ont dû suspendre leur activité ou déposer leur bilan. La compagnie New Century, le numéro un américain des “subprime mortgages” est suspendue de la cote par le New York Stock Exchange. Les investisseurs craignent que cette crise atteigne les prêts conventionnels, affecte le système bancaire américain, puis l’économie mondiale. Sur les marchés boursiers, les investisseurs se mettent à liquider leurs positions en actions. Le 20 juin, la presse américaine révèle que deux fonds spéculatifs de la banque Bear Stearns sont en difficulté. En juillet 2007, les choses s’enveniment. De plus en plus d’actionnaires craignent une extension des problèmes liés aux crédits immobiliers à risque. Le 9 août 2007, BNP Paribas annonce le gel de trois de ses fonds de placement touchés par la crise du crédit immobilier aux Etats-Unis. La banque centrale européenne, avertie que la mécanique du marché du crédit bancaire est en train de s’enrayer dangereusement, décide alors d’injecter 95 milliards d’euros de liquidités sur les marchés. La crise a réellement commencé…La crise frappe durement le secteur bancaire et culmine à l’automne 2008 avec la faillite spectaculaire de Lehman Brothers, puis se calme progressivement sous l’action des banques centrales et des gouvernements, une action factuelle mais aussi une campagne psychologique décidée au G20 de Londres en avril 2009. On assiste au cours de 2009 à un rallye haussier des marchés financiers, substantiel en lui-même mais moins important quand on le rapporte aux niveaux atteints avant la crise, en 2007 et même en 2000. 

euro12. La politique de la FED: Après l’éclatement de la bulle technologique, en 2000, la Fed est venue en aide aux marchés en abaissant plusieurs fois ses taux directeurs. Elle a même accéléré ce mouvement après les attentats du 11 septembre 2001, pour faire face à la récession de l’économie américaine. C’est ainsi que le taux des fonds fédéraux des Etats-Unis est descendu jusqu’à 1 pc à peine en 2003. Ce faisant, elle a favorisé l’accès à la propriété, les taux des prêts hypothécaires suivant la tendance baissière. Mais la hausse du nombre d’acheteurs a provoqué un bond des prix de l’immobilier aux Etats-Unis, créant ainsi une nouvelle bulle financière. Entre-temps, la croissance économique américaine s’était redressée et les marchés étaient repartis à la hausse. A partir de l’été 2004, la Fed jugeait utile de relever ses taux directeurs afin de reconstituer une marge suffisante susceptible d’être à nouveau utilisée en cas de besoin. En dix-sept relèvements de 25 points de base, la Fed a porté ses taux à 5,25 pc en juin 2006, niveau maintenu jusqu’en septembre 2007.

euro1 3. La crise immobilière: Pour permettre aux ménages les plus fragiles à devenir propriétaires, et aussi empocher de très grosses commissions, les courtiers leur ont proposé, surtout à partir de 2003 et 2004, des crédits immobiliers spéciaux, baptisés "subprime loans" (par opposition aux prêts "prime", visant les emprunteurs en bonne santé financière). Ces crédits étaient consentis à des conditions incroyablement laxistes (peu ou pas d’apport personnel, une analyse superficielle des revenus, et remboursement du seul intérêt, voire même moins). Ces pratiques ont favorisé des taux records de dette immobilière en proportion du revenu des ménages. Environ 80% des prêts de ce type comportait des taux ajustables en fonction des taux de base. La Fed ayant relevé ses taux, les mensualités des prêts hypothécaires ont alors grimpé. Et les premiers défauts de paiement sont survenus. En même temps, les taux élevés ont tari la source d’acquéreurs de biens immobiliers. Les prix des maisons ont donc reculé de plus en plus. La bulle immobilière s’est ainsi dégonflée, provoquant un désastre sur le marché du "subprime" où les prêts n’étaient garantis que par une hypothèque sur les immeubles vendus, hypothèque qui perdait toute valeur compte tenu de la baisse profonde du marché immobilier.

euro14. La crise bancaire et la crise du crédit: Le montant total de ces subprimes représente la bagatelle de 1.200 milliards de dollars, soit 12 % du total des crédits immobiliers américains. Mais ces prêts pourris ont contaminé la totalité du marché du crédit mondial. Car les banques n’ont pas conservé ces subprimes dans leur portefeuille. Elles les ont titrisés, c’est-à-dire transformé en obligations, qui ont été mélangées à d’autres et revendues aux investisseurs dans le monde : des fonds, des compagnies d’assurance ou parfois aussi des sociétés spéciales sponsorisées par les banques. De sorte qu’aujourd’hui, on ne sait plus où le risque est logé, ce qui fait que tout le monde se méfie de tout le monde et les banques ne veulent plus faire de crédit. Plusieurs grandes banques avaient sorti de leur bilan des véhicules financiers exposés au "subprime", ceux-ci ayant dû être ensuite rapatriés face à l’ampleur de la crise. Mais ce nettoyage est progressif. En attendant, le doute s’est installé, les banques refusant de se prêter de l’argent entre elles, chacune craignant que la solvabilité de l’autre se dégrade à l’avenir. C’est ainsi que d’une crise limitée aux prêts hypothécaires, on est parvenu à une crise des crédits en général. Certaines grandes banques, comme Fortis, ont été confrontées à une crise de liquidités et par la suite acculées à la reprise ou à la faillite. La banque britannique Northern Rock a été contrainte de faire appel à la Banque d’Angleterre pour éviter le dépôt de bilan. Lehman Brothers a fait faillite le 15 septembre 2008. De nombreux établissements mineurs ont été liquidés. Par ailleurs, plusieurs grands noms de la finance ont du faire appel à des capitaux frais et à l’aide gouvernementale pour surmonter l’épreuve. 

euro15. La fin du boom de la consommation: Mais voilà que cette crise s’étend à l’ensemble de l’économie réelle. Les premières victimes du "subprime" sont tous ces Américains qui ont dû brader leurs maisons. Dans les années 2000 aux Etats-Unis, les taux d’épargne personnels étaient inférieurs à 2%. Les Américains préfèrent le crédit à l’épargne. Quand ils sont propriétaires et que la valeur de leur maison augmente, ils empruntent sur cette valeur pour consommer. Et ce mécanisme est extrêmement important. Certaines années, ce sont 800 milliards de dollars qui ont alimenté la consommation par ce biais. Or la consommation des ménages américains compte pour 70 % du produit intérieur brut des Etats-Unis. On comprend alors toute l’importance, pour l’économie américaine, d’avoir un marché immobilier en bonne santé. Du fait de la crise des subprimes, des centaines de milliers de ménages se sont retrouvés dans l’incapacité d’honorer le paiement de leur échéance mensuelle. Et quand les prêteurs ont décidé d’exercer leurs hypothèques en vendant les maisons, ils n’ont pas recouvré l’intégralité de leur mise. Ceci signifie que des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées non seulement sans maison mais aussi lourdement endettées. L’assèchement du crédit bancaire et le rétrécissement du portefeuille des ménages américains, conséquence de la baisse du prix de leur maison, ont freiné la consommation. Dans des pays comme les Etats-Unis, l’Espagne ou la Grande-Bretagne, les services financiers et la construction étaient ces dernières années responsables de plus de la moitié des créations d’emplois. La croissance et l’emploi dans ces pays a donc été directement touchée. La consommation a été freinée par l’explosion du chômage et par la prudence des consommateurs, qui recommencent à épargner: aux seuls Etats-Unis, la remontée des taux d’épargne représente des centaines de milliards de dollars soustraits à l’économie de consommation. Bizarrement, alors que cela aggrave le ralentissement économique, cela aide aussi à financer la bataille contre ledit ralentissement : en effet les épargnants achètent de la dette US (bien qu’indirectement) . En 2009,  les PIBs nationaux connaissaient une violente contraction, le chômage explosait, tandis que le commerce mondial chutait de près de 40% et l’investissement de 30%. (à suivre)


 


(4/5 - 19 Votes)
- Les faux prophètes: dans la finance aussi Economie - 24-11-2008 - TSCF

Ours et taureaux: et pourtant, elle tourne…

 
A l’heure où des milliers de milliards de dollars se sont évaporés à la bourse, les coupables sont montrés du doigt. Les hedge funds, disent certains. Les agences de notation, disent les autres.
 
Mais au banc des accusés figurent aussi les analystes. Vénérés dans les années 90, détestés après l’éclatement de la bulle internet, ils reviennent paradoxalement sur le devant de la scène avec la crise actuelle. Depuis quelques années, l’accès à l’information est devenu plus encadré, en raison de barrières érigées entre les différentes divisions des banques. Les informations fournies aux investisseurs sont soumises à des règles. Elles sont diluées au compte-gouttes lors de réunions entre patrons, investisseurs et analystes, en dehors des publications de résultats. Elles prennent ainsi plus de valeur. Du coup, le changement d’une recommandation par un analyste peut provoquer une réduction de la capitalisation boursière de plusieurs milliards en un jour. Cela s’est produit récemment avec ABB.
 
Dotés d’un immense pouvoir, les analystes se situent au centre de différents intérêts contradictoires. Tout d’abord, ils doivent répondre à la demande des clients. Ils ont parfois des exigences démesurées en termes de rendement. Ensuite, les analystes eux-mêmes doivent prévoir avec justesse l’avenir des entreprises. Cela permet alors aux courtiers de générer des commissions élevées, synonymes pour l’un comme pour l’autre de bonus. Enfin, ces spécialistes doivent aussi maintenir de bons contacts avec la direction des sociétés qu’ils couvrent pour obtenir les informations qui comptent pour leurs prévisions.
 
Or, celles-ci ont été majoritairement fausses. Formules à l’appui, l’immense majorité des analystes ont été aveuglés par quelques belles années de progression boursière. Les prévisions ont été régulièrement revues à la hausse, comme si la croissance était un robinet qui ne cesse de couler. (Le Temps, 18/11/2008) 
 
La finance comportementale apporte un éclairage. Les analystes, tout comme les investisseurs, ont mentalement de la peine à anticiper des scénarios de crise. Une étude de Citigroup démontre qu’ils ont tout particulièrement de la peine à prévoir des retournements de tendance. Ils se trompent en moyenne de 15% sur les résultats en temps normal. Lors de crises, les erreurs atteignent 40%, soit près de trois fois plus. Modèles intellectuels étriqués, basés l’extrapolation de variables dont le comportement est présumé stable?
 
A leur décharge, on notera que lorsqu’ils émettent des recommandations négatives sur les entreprises, il n’est pas rare que leurs dirigeants réagissent en appelant les responsables des banques pour exercer une pression. Il s’ensuit qu’une infime part des analystes sont «bearish» (ours, en français, soit baissiers), au contraire de la majorité des «bullish» (taureaux, ou haussiers).  Et quand bien même un analyste ne se trompe pas, mais émet un avis négatif et contraire à tous ses pairs, il risque de se faire licencier. C’est ce qui était arrivé en juillet 2000. Plus d’une année avant le grounding de Swissair, Christopher Chandiramani, analyste chez Crédit Suisse, anticipait une perte annuelle d’un milliard de francs pour la compagnie aérienne. 
 
On pourrait citer des exemples de paralysie intellectuelle dans d’autres milieux (recherche et université notamment), qui, pourtant, devraient normalement présenter un dosage raisonnable de raison et de créativité. Mais il semble que dans ces milieux le pharisianisme l’emporte : au lieu de donner la parole à des esprits indépendants et originaux, on va créer une clique conservatrice rémunérée pour son suivisme. Gare à celui qui s’éloigne du standard admis, qui dit le contraire de ce que l’établissement veut entendre.  On arrive au résultat suivant: conclusions et prévisions sont dictées par la pression sociale, plus que par une analyse objective des faits. Quand bien même cette dernière serait menée, elle devrait être édulcorée.
 
On voit aujourd’hui les résultats d’un tel fonctionnement. Cette crise est aussi, et peut-être d’abord, une crise de l’innovation.
 
 

(4.3/5 - 22 Votes)
- Crise financière et fatigue intellectuelle en France Economie, Politique - 02-10-2008 - TSCF

Les remous des subprimes

Que d’idées simplettes on entend, ces jours-ci en France, sur la crise financière! Journaux et politiciens surenchérissent pour dénoncer «l’absence de régulation», réclamer «le retour de l’Etat» et dénoncer le rôle néfaste des paradis fiscaux. Problème: rien de tout cela ne tient la route. Absence de régulation: que nenni! Le secteur financier est l’un des plus régulés au monde. Le problème n’est pas l’inexistence de régulation, mais sa qualité. Les règles comptables Sarbanes-Oxley, élaborées pour prévenir un nouveau scandale à la Enron, n’ont pas empêché les Américains de se surendetter pour acheter des maisons qui ne valent plus grand-chose aujourd’hui. A part la finance, des secteurs comme l’alimentaire, la chimie, l’énergie ou les travaux publics sont massivement réglementés (…). Il faut avoir lu trop de brochures d’ATTAC, ou de discours de Sarkozy, pour croire que le «marché fou» n’est soumis à aucun contrôle. Le «retour de l’Etat» demandé par Nicolas Sarkozy ou François Hollande est donc une absurdité… car il n’est jamais parti! L’idéologie libérale d’un Reagan ou d’un Balladur ne les a pas empêchés de renflouer des banques en leur temps (Savings and Loans et le Crédit Lyonnais). La question est plutôt de savoir quelle banque sauver, quels requins de la finance laisser couler, et comment prévenir le genre d’accident industriel auquel on assiste aujourd’hui. Et les paradis fiscaux? Leur taper dessus est de bonne guerre, mais des années de travaux par diverses institutions internationales n’ont pas réussi à démontrer qu’ils jouaient un rôle central en cas de crise financière. Les crédits subprime et les banques qui les ont financés ne se trouvent pas au Liechtenstein ou à Monaco mais aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne… ou en France. (Blog « L’Air de Paris » du Journal « Le Temps », 30/09/2008)

On ne peut que souscrire à cette analyse intitulée «Torrent de sottises sur la crise financière ». Le fait est que certains tentent de profiter de la crise de grande ampleur qui a commencé à se développer aux Etats-Unis à partir d’août 2007 en raison d’une surabondance de crédits immobiliers spéculatifs et qui a rebondi en Septembre 2008 aux Etats-Unis encore, mais aussi en Belgique, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Islande, et autres. Pour quoi faire ? Pousser leur fond de commerce qui est l’intervention étatique. Faire oublier leur impuissance à résoudre la crise. Escamoter leurs responsabilités dans son déclenchement. Rassurer de façon à influencer. Obtenir davantage de pouvoir. Des politiciens et bureaucrates de droite comme de gauche se retrouvent pour réclamer avec une belle unité l’extension de leurs prérogatives, et, au surplus, apparaître comme éclairés et progressistes.

C’est oublier que l’économie dite « de marché » de même que l’ensemble de la société, est aujourd’hui massivement réglementée et subrepticement dirigée par les gouvernements. Nous sommes malades de cette intervention permanente. C’est oublier aussi que ce sont souvent les mêmes qui déclenchent les difficultés et qui prétendent les réparer. Ainsi dans le cas de Dexia, l’un des dirigeants de la banque mis en cause et qui a mené une politique d’achat désastreuse sans l’aval des actionnaires de référence était bien le Français Pierre Richard, un polytechnicien lié à la Caisse des Dépôts et Consignations, qui est une émanation de l’Etat français. Et dans le cas du Crédit Lyonnais, le responsable en chef du désastre était bien Jean-Yves Haberer, un apparatchik de l’Inspection des Finances désigné - pour ne pas dire pistonné - par l’Etat français. Quant à ATTAC, son discours n’est que la résurgence d’un vieux schéma jacobin: il "suffirait", pour que tout aille mieux, de réglementer et taxer les mouvements de capitaux, DONC d’instituer un embryon d’Etat international. Bon sang bien sûr…

Ce type d’idées aura toujours plus de facilité à passer dans des circonstances de crise aigüe, où des démagogues se présentent comme des sauveurs grâce aux effets d’une rhétorique volontariste. Il en va ainsi de la vieille idée autoritaire de gouvernement économique de l’Europe, voire de nationalisation des industries-clés (nous sommes sauvés!), ou encore du déchaînement pour raisons fiscales des gouvernements français et allemand à l’encontre de la Suisse et du Luxembourg - une attitude qui ne date pas d’hier et ne s’explique pas par la crise financière, qu’elle prend simplement pour prétexte.

On peut se demander dans quelle mesure la précipitation des gouvernements annonçant des mesures sans cesse plus démesurées n’a pas largement contribué à l’affolement des marchés boursiers.

La question n’est pas de choisir entre le marché libre et le marché régulé. Ce vieux balancement est simpliste. Il nous enferme dans une fausse alternative : soit un faux libéralisme au profit de groupes de privilégiés, soit un faux socialisme à la mode bureaucratique. 

L’économie sociale de marché constitue une troisième voie. Elle consiste à élever le niveau de capital social de façon à rendre possible une autorégulation croissante des acteurs socioéconomiques.


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- Risques boursiers: vers une nouvelle crise de 29 Economie - 07-03-2007 - TSCF

crisis Vers une nouvelle crise de 29

 1. En une semaine, le taux de change de la monnaie nippone a regagné environ 5 % face au dollar et à l’euro, mais ce rebond n’a rien à voir avec une quelconque embellie de l’économie japonaise. En fait, depuis de très longs mois, la monnaie nippone sert les intérêts des fonds spéculatifs et de tous les investisseurs qui apprécient en elle une seule chose : son bas taux d’intérêt. Emprunter en yens ne coûte pratiquement rien puisque la Banque du Japon vient de remonter à 0,5 % le prix de l’argent, qui se traînait à 0,25 % depuis plusieurs mois. Quoi de plus tentant alors que d’emprunter des yens, les revendre contre une autre monnaie et placer les dollars ou les euros ainsi obtenus sur des marchés très rémunérateurs. L’investissement en actions de pays émergents, sur des obligations à haut rendement ou sur le marché néo-zélandais couvre plus que largement le coût de l’emprunt en yens. C’est le fameux carry trade qui fait le bonheur de tout bon gérant aujourd’hui. Voire ! De plus en plus de Roumains et de Lituaniens empruntent aussi en yens pour financer leurs achats immobiliers ! En Hongrie voisine, c’est le franc suisse, une autre monnaie à bas taux d’intérêt, qui est particulièrement prisée pour les emprunts immobiliers. Quelles sont les sommes en jeu ? Selon la banque Barclays Capital, fin 2006, les positions nettes spéculatives de carry trade s’élevaient à plus de 30 milliards de dollars. Un montant record. Le vice-ministre des Finances japonais, Hiroshi Watanabe, évoque lui un marché total compris entre 80 et 160 milliards de dollars. Sur cette base, la hausse du yen depuis dix jours se chiffrerait à une perte potentielle pour les spéculateurs comprise entre 3,1 et 6,2 milliards de dollars. (Le Figaro.fr, 06/03/2007).
 
euro12.Les marchés boursiers mondiaux ont rebondi mardi après cinq séances consécutives dans le rouge et une baisse sans précédent depuis quatre ans, les investisseurs profitant de la chute des cours pour acheter des actions à des prix attractifs (…). Mais la plupart des experts soulignent la fragilité de ce rebond, dont la poursuite dépendra des prochains signaux sur la santé de l’économie américaine. "Les marchés reprennent un peu leur souffle, mais toute la question est de savoir combien de temps cela va durer", a déclaré le stratégiste d’une société de Bourse française. "Tout le monde attend déjà les chiffres sur l’emploi américain de vendredi, très surveillés compte-tenu des craintes sur l’état réel de l’économie américaine". La question est: ce rebond va-t-il se poursuivre?, a renchéri Lisa Jarvis, analyste chez ABN Amro Morgans à Sydney. "Beaucoup de gens pensent que la correction se poursuivra entre quatre et six semaines, voire huit semaines. Ce n’est peut-être qu’une accalmie temporaire, je ne sais pas si nous sommes tirés d’affaire", a-t-elle ajouté. Sur le marché des changes, euro et dollar se reprenaient également face au yen mardi, grâce à l’accalmie boursière et après des propos rassurants du secrétaire américain au Trésor, en visite en Asie. "Nous sommes tombés d’accord pour dire que les fondamentaux de l’économie mondiale sont solides", et "nous partageons l’opinion selon laquelle les marchés devraient refléter cet état de fait", a déclaré le ministre japonais des Finances, Koji Omi, à l’issue d’une rencontre à Tokyo avec M. Paulson (Belga, 06/03/2007).

globalization1L’économie repose de plus en plus sur des flux internationaux de placements rentables (bourses, sociétés fiduciaires, fonds de pensions internationaux, etc.). Cette prévalence de la spéculation sur la production fait courir le risque d’une panique générale en cas d’effondrement des cours dans une région ou un secteur donné. Compte tenu de la déréglementation intervenue ces deux dernières décades, la chute des Bourses qui pourrait s’ensuivre se propagerait à une vitesse sans précédent et sans aucune restriction. L’économie serait asphyxiée, avec des investissements en chute libre, du fait de l’effondrement du marché des capitaux où les firmes industrielles et les gouvernements empruntent. Les entreprises, qui font de plus en plus appel au financement boursier, ne pouvant plus financer leur passif, on assisterait à des faillites en chaîne et une explosion du chômage. La crise asiatique survenue il y a une dizaine d’années suivie par la crise latino-américaine ont été des secousses importantes, peut-être des signes avant-coureurs. Dans ce type de cas, le FMI, les banques centrales et les gouvernements ont jusqu’à présent pu colmater les brèches; ces organes de régulation seraient cependant débordés en cas de crise de grande ampleur.

euro1Les conditions de déclenchement de la crise de 1929 sont assez similaires aux conditions actuelles. La période précédant le krach était marquée par une divergence d’évolution entre la production et les cours boursiers. Entre 1921 et 1929, la production industrielle augmentait de 50%, mais la hausse totale des cours sur la même période était de 300%. Le cours des titres augmentait plus que les profits des entreprises, qui eux-mêmes augmentaient plus que la production, que la productivité, et enfin que les salaires. Un élément spéculatif se développa, car ce n’était plus les dividendes qui attiraient les investisseurs, mais la possibilité de revendre avec une importante plus-value, beaucoup de titres étant achetés à crédit à cette fin. L’économie productive, elle, ralentissait depuis début 1929 en partie à cause d’un phénomène d’asphyxie, les capitaux disponibles allant à la Bourse plutôt que vers l’économie réelle.

Après que les cours aient atteint un record en octobre 1929, et quelques jours avant le krach, les premières ventes massives eurent lieu. C’étaient encore des prises de bénéfices, mais elles commencèrent à entraîner les cours à la baisse.Le jeudi 24 octobre marqua la première vraie panique. Le matin, il ne se trouva presque pas d’acheteurs, quel qu’ait été le prix, et les cours s’effondrèrent. A midi, l’indice Dow Jones avait perdu 22,6 %. A l’issue d’une réunion d’urgence, cinq des principaux banquiers de la place de New York déclarèrent: "Il y a eu une petite quantité de ventes à perte à la Bourse en raison de conditions techniques sur le marché. Le consensus de notre groupe est que la plupart des cotations de la Bourse ne représentent pas fidèlement la situation. La situation est susceptible de s’améliorer…"


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