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- Folie orange aux Pays-Bas: la vengeance des particules élementaires Société - 04-05-2009 - TSCF

La vengeance des particules élémentaires 

Karst S. conduisait la voiture qui avait foncé jeudi sur la foule réunie à Apeldoorn (centre de Pays-Bas) dans le but, avoué à la police juste après l’incident, d’atteindre la famille royale, faisant 7 morts et onze blessés. A bord d’une voiture noire, l’homme avait forcé deux barrages, puis foncé dans la foule pour atteindre le convoi de la maison royale, qui défilait dans un bus à toit ouvert. Il s’était embouti dans le socle d’un monument à quelques mètres du bus, sous les yeux de notamment la reine Beatrix, le prince héritier Willem-Alexander et sa femme Maxima. (…) Pendant quelques heures, cet acte criminel, qui a causé la mort de sept personnes, fut perçu comme une attaque délibérée contre la monarchie. Nos voisins du Nord fêtaient leur Reine. Un ciment. Un symbole. Mais au fur et à mesure que les informations filtrèrent, il est apparu que ce sinistre événement était plutôt le reflet d’un désespoir noir. Un agent de sécurité de 38 ans a perdu son boulot. Se retrouve incapable de payer son loyer – 580 euros. il vit seul, aussi. Ce serait l’histoire banale d’un mal-être, le récit terrible d’une folie subite. Nous y voilà. La crise financière et économique que nous traversons, avec son cortège de mauvaises nouvelles et de destinées brisées, s’apparente à une guerre. Elle broie des vies. Elle désarçonne des âmes fragiles. Il y a effectivement de quoi désespérer. Sauf si l’on inverse les paramètres. Le désespoir et la morosité révèlent le chemin à parcourir pour changer le monde. De telles images insoutenables doivent générer plus que de la révolte : la conviction que ce monde doit changer, que des valeurs solidaires doivent revoir le jour. (Le Soir 02/04/2009) 

Plusieurs cas récents, aux Etats-unis, en Allemagne, en Belgique, et maintenant aux Pays-Bas, viennent mettre en évidence la dure réalité d’une crise qui n’est pas finie. Le chômage va croître. Un scénario « à la japonaise » n’est pas exclu, avec une économie battant de l’aile durant une décennie. 

Mais la crise économique n’est ici qu’un révélateur. Ce que ces évènements nous rappellent, au-delà de la précarité économique, c’est la fragilité du lien social. Comme bien souvent, ces actes de violence sont perpétrés par un homme seul et réservé, dont le mal de vivre ne peut être partagé avec personne. Il n’existe à sa souffrance aucun exutoire: ni lieu d’expression, ni valeurs partagées, ni support social, ni personne disponible pour les relativiser et leur donner un sens. L’homme est bien souvent rangé, bien intentionné et plutôt structuré. Rien n’est visible dans son comportement extérieur. Il joue le jeu du système, mais ce dernier ne renvoie pas l’ascenseur. Le pouvoir étatique parle de tout, sauf de l’essentiel. Il écoute toutes les revendications, sauf celles de ces atomes désemparés.

Dès lors, le seul mode d’expression possible du mal-être devient la violence, dirigées vers "les autres", si indifférents et égocentriques, sur un campus, dans une crèche ou dans une école - des incarnations, peut-être, de l’intégration sociale et du bonheur familial. Ou encore, elle frappe ceux qui, à l’occasion d’un défilé ou d’une cérémonie, incarnent un ordre établi qui manque à ses devoirs. Dans sa folie, cette ultime preuve d’existence a sa dignité.

L’existence de "systèmes de protection sociale"  ne palliera pas un tel phénomène. En fait, ces systèmes sont exclusivement économiques. Ils ne font que redistribuer des ressources monétaires. Or certaines recherches, autour de l’intéressante hypothèse du "crowding out", suggèrent que, loin de renforcer ou préserver le lien social, ils en accélèrent plutôt la péremption au fond. Il n’y a pas, en réalité, de "protection sociale". Pour que le bien-être de la population s’accroisse à nouveau, et que ce type de violences disparaisse, il faudrait relier entre elles les énergies individuelles en créant des espaces de parole et de partage, et renoncer aux valeurs individualistes diffusées par l’actuel pouvoir.


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