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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- France: le débat sur l’identité nationale nous apprend-il quelque chose? Ethnicité - 10-12-2009 - TSCF

bonapartism4Oiseux débat sur l’identité nationale en France

La population française comptait 64,3 millions d’habitants au 1er janvier 2009 (métropole et DOM). La courbe de la fécondité, qui avait atteint les deux enfants par femme en 2006, avait très légèrement baissé en 2007, une baisse sans lendemain puisque les Françaises ont battu de nouveau un record en 2008, avec 2,02 enfants par femme, qui rapproche la France du seuil de renouvellement naturel des générations (2,07). Tout juste deux enfants par femme ne serait pas suffisant, car il naît chaque année plus de garçons que de filles, et que quelques unes d’entre elles meurent avant d’arriver à l’âge de procréer. La France confirme sa place de championne d’Europe des bébés, avec l’Irlande. La moyenne européenne se situe à environ 1,5 enfant par femme, plusieurs pays se situant en-dessous de cette moyenne comme l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la Pologne ayant un taux proche de 1,2 seulement. Ce dynamisme conduit à un nombre de naissances en 2008 jamais atteint depuis 1981: en 2008, 801.000 enfants sont nés en métropole et 33.000 dans les DOM. Le solde naturel, c’est-à-dire la différence entre les 834.000 naissances et les 543.500 décès, est donc très élevé, de 290.000 personnes. L’augmentation de la population française, estimée à 64,3 millions d’habitants au 1er janvier 2009 (métropole et DOM), s’explique essentiellement par ce solde naturel, auquel s’ajoute le solde migratoire de 76.000 personnes. L’immigration joue peu par ailleurs dans le taux de fécondité de la France, indique-t-on à l’Insee, où l’on estime, à 0,1 point la contribution des mères d’origine immigrée ou étrangères au taux de fécondité de 2,02. En effet, leur nombre d’enfant est légèrement plus élevé. (Le Soir 17/01/2009)

mosque1Voilà un bulletin démographique bien suspect. L’INSEE, rappelons-le, est un organisme d’Etat en position de quasi-monopole, et parfaitement susceptible d’être manipulé.

Ce rapport est suspect d’abord parce qu’il alimente les campagnes populationnistes et natalistes de l’Etat français. Ces idéologies, rappelons-le, croient au nombre comme facteur de puissance. Si la campagne de France a été perdue en 1940, c’est en raison d’un nombre insuffisant d’hommes. Peu importe si l’Histoire a démontré que l’expansion de l’Etat est elle-même la cause du déclin démographique. Peu importe si la guerre est devenue une affaire technologique. Il fallait remplir les casernes et les usines, puis plus tard faire baisser les salaires et recréer un prolétariat docile aux dirigeants - même s’il s’avère finalement instable -, ce qui leur permet de perpétuer les anciens modes de gouvernance autoritaire. 

mosque1Ensuite, ce type de rapport s’accompagne de cocoricos qui se veulent rassurants quant à l’ampleur et aux conséquences de l’immigration. L’INSEE regrette que prévaille l’image d’une France en déclin démographique, prise d’assaut par une vague montante d’immigration. Et pourtant, son bilan ne fait pas état de la «fécondité française », mais de la fécondité des femmes habitant en France. Or, il faut distinguer les familles d’origine européenne des familles d’origine africaine, ces dernières ayant un taux de fécondité supérieur à 3, ce qui implique un taux corrigé à la baisse pour les premières (seul taux de référence valide par rapport aux autres pays européens). Il faut aussi aller chercher ailleurs que dans les statistiques de l’INSEE pour découvrir par exemple que le département record de la fécondité est la Seine-Saint-Denis, et que dans ce département 40% des naissances sont de mère étrangère. De plus, l’ethnicité du père n’est pas prise en compte dans ce calcul de fécondité. Or, les unions interethniques où la femme est d’ethnicité européenne sont beaucoup plus fréquentes que celles où le père est d’ethnicité européenne. C’est le côté sordide du mythe phocéen – la déloyauté ethnique devient mythe fondateur et pratique courante d’une cité, d’un peuple, d’une nation. On peut donc présumer qu’une large part de ces naissances dites « françaises » est largement imputable à des couples mixtes dont un parent est issu de l’immigration.

Enfin, les statistiques ethniques, brouillées par le système juridique, sont lacunaires ou mal documentées, compte tenu des interdits qui pèsent sur elles et de l’absence de recherche de sciences sociales de qualité. Elles ne recensent pas un Turc de nationalité allemande venu s’installer en France, par exemple, et ne prennent pas en compte la seconde ou la troisième génération issue de l’immigration. 

mosque1Evaluer à contrario, comme l’a fait Gérard Pince, le stock actuel de Français et Européens de souche, paraît plus pertinent. Nous disposons en effet d’un point de départ précis: celui de la population en 1946 (40.246.742), sachant que les étrangers et immigrés étaient alors à 88% d’ethnie européenne. On ajoute à cette population initiale l’accroissement naturel (hors immigration) jusqu’en 1974, date du regroupement familial et on obtient 49.105.699 en 1975. On applique ensuite à ce dernier chiffre, les taux d’accroissement naturel de trois départements français où l’immigration est restée jusqu’à ce jour négligeable (la Manche, les Deux-Sèvres et la Vendée). On arrive ainsi en 2008 à 53 millions d’habitants pour la population d’ethnie européenne. Comme l’INSEE estimait la population globale de la France à 62 millions en 2008, il en résulte que les ethnies noires, arabes et asiatiques représentent 9 millions de personnes à cette date, auxquelles il faut rajouter quelques 500,000 clandestins.

Le résultat de cette méthode correspond aux observations quotidiennes. Le vrai bilan démographique est celui d’une substitution de population.

mosque1Dans ce contexte, on ne peut que sourire devant la nouvelle initiative du gouvernement français sur "l’identité nationale". Croit-il vraiment qu’une série de colloques dans les préfectures convertira les « jeunes » de banlieue aux "valeurs républicaines"? Encore faudrait-il montrer en quoi ces soit-disant valeurs distingueraient ce pays de n’importe quel autre pays occidental. La France est un pays qui a représenté l’Etat-nation par excellence – c’est le plus vieux d’entre eux. Elle a subi une rapide réduction de statut qui en fait une puissance moyenne, dont les attributs de la souveraineté ont presque tous disparu: les frontières, le franc, le service militaire… Elle vit de manière très douloureuse son insertion dans un ensemble européen qu’elle avait conçu inconsciemment comme une extension d’elle-même, et auquel elle doit en fait se plier. Ajoutez à cela l’arrivée massive de populations difficiles à soumettre aux normes de la francité traditionnelle et vous constatez que le pays cumule avec une intensité rare tous les paramètres d’un trouble de l’identité. L’identité nationale est une fiction politique créée par les Etats-nations. Mais pour faire vivre cette fiction, il faut un substrat plausible d’identité ethnique. Or ce dernier aujourd’hui n’existe plus.
 


(4.2/5 - 25 Votes)
- Le piteux résultat du traité de Lisbonne Politique - 26-11-2009 - TSCF

Montagnes et souris: les accouchements du Léviathan

LeviathanBarroso, Van Rompuy, Ashton… En dépit de la joie et de la fierté que peuvent susciter en Belgique la nomination de notre Premier ministre au poste de premier président permanent du Conseil de l’Union européenne, force est de constater que c’est un trio peu enthousiasmant qui incarnera l’Europe désormais, dans la nouvelle configuration établie par le traité de Lisbonne. Herman Van Rompuy, un candidat dont les Belges ont des raisons de croire qu’il conviendra parfaitement au poste d’ingénieur de compromis que représentera sa nouvelle fonction, a été sacré par ses pairs pour une seule raison : aucun dirigeant européen ne le connaissait trop bien, puisqu’il n’a pas eu le temps, en un an, de se faire des ennemis. Personne n’avait donc trop d’arguments à opposer à sa nomination. En complément à la nomination de ce « presque inconnu » en Europe et dans le monde, l’hypothèse de nommer un grand format diplomatique au poste, beaucoup plus en vue, de haut représentant aux Affaires étrangères avait un moment tenu la corde : le ministre actuel des Affaires étrangères britannique, le travailliste David Miliband, l’Italien Massimo d’Alema ou l’Espagnol Miguel Anguel Moratinos, étaient des candidats qui ne manquaient pas de panache. Mais en fin de compte, les arrangements politiques d’arrière-salle ont débouché sur le choix de Cathy Ashton : même dans les douze derniers mois, les seuls où elle ait occupé une fonction internationale (commissaire européenne au Commerce), on a peine à trouver la moindre mention de quelques faits d’armes. On dira ce qu’on veut : ce n’est pas ce duo qui fera rêver l’Europe et en imposera à Barack Obama, Hu Jintao, Vladimir Poutine ou Ignazio Lula da Silva… Enfin, la manière dont ces nominations, premières décisions de l’Union européenne « nouvelle formule », sont intervenues, est loin, très loin des objectifs qui sont à l’origine du traité de Lisbonne qui les institue. Rappelons que la gestation de ce Traité avait été initiée, lors d’un sommet à Laeken, afin notamment de « rapprocher les institutions européennes du citoyen », et de rendre l’Union « plus démocratique, plus transparente et plus efficace ». Les dirigeants de l’Union européenne ont, par leur première décision de ce qui devait être un nouveau début, pitoyablement poursuivi une pratique politique opaque et dépourvue d’ambition. (Le Soir, 19/11/2009). 

Ainsi, c’est à cela qu’aboutit ce fameux traité dont l’objectif officiel était de mieux faire fonctionner les institutions politiques européennes, et l’objectif officieux de parachever la création d’un Etat européen permettant aux milieux dirigeants d’échapper au contrôle des citoyens dans leurs pays respectifs. Le long et coûteux processus qui était passé notamment par trois consultations populaires négatives, en France, en Hollande et en Irlande, avait nécessité des reformulations, des négociations, des exceptions, des pressions, des ratifications parlementaires, suivant la panoplie habituelle du contournement de l’opinion publique familier à la politique européenne des Etats. Il aboutit au choix de personnalités médiocres, à la mode soviétique, soit par manque de leadership disponible, soit par volonté de la part des « grands » Etats de contrôler la situation en sous-main. Mais aussi à la mise en place d’une structure complexe et bureaucratique, avec un Président « stable » mais au mandat bref, une confusion des rôles entre le Conseil et la Commission, une présidence tournante aux pouvoirs affaiblis mais qui persiste. Etrange processus, étrange organisation s’il s’agit vraiment de « rapprocher les institutions européennes du citoyen », et de rendre l’Union « plus démocratique, plus transparente et plus efficace». Mais est-ce réellement le but recherché ? A quoi bon avoir dépensé l’argent de l’Europe et violé la démocratie, si c’était pour parvenir à un tel résultat? Le Nouveau Léviathan européen s’empêtre dans des insuffisances et ses contradictions.


(4.3/5 - 27 Votes)
- Traité de Lisbonne: le non à l’imposture Politique - 13-07-2008 - TSCF

Merci l’Irlande!

Les Irlandais ont dit "non" à une large majorité au traité européen de Lisbonne, trois ans après le rejet de la Constitution par les Français et Néerlandais en 2005. Selon les résultats officiels définitifs, le non l’a emporté avec 53,4% des voix, contre 46,6% de "oui". (…) L’Irlande, seul pays européen à avoir soumis le traité européen à un référendum, a rejeté le texte le 12 juin par 53,4 % des voix, précipitant l’UE dans une nouvelle crise institutionnelle. Son sort est devenu encore plus incertain avec le refus par le président Lech Kaczinsky de le signer alors que le traité a été ratifié par les députés polonais. Il a ensuite reçu le soutien de son homologue tchèque Vaclav Klaus. Mais le processus de ratification dans les autres Etats ne s’est pas arrêté pour autant. Le Sénat néerlandais a adopté mardi à une grande majorité une loi ouvrant la voie à la ratification du traité de Lisbonne par les Pays-Bas, après un premier vote favorable par la chambre basse du parlement début juin. Cette approbation est sans surprise, la classe politique néerlandaise étant arrivée à un consensus sur le sujet, alors même que le non néerlandais à un référendum sur la Constitution européenne avait contribué, avec le rejet français, à enterrer ce texte en 2005. Les Pays-Bas sont le 21ème pays à ratifier le texte, censé améliorer le fonctionnement des institutions européennes. En Espagne, le traité a été approuvé le 26 juin par la chambre basse du parlement, le vote du Sénat n’étant plus qu’une question de formalités. Son entrée en application était initialement prévue pour le 1er janvier 2009. Elle sera maintenant au minimum retardée, même si beaucoup de dirigeants espèrent que le traité entrera en vigueur à temps pour les élections européennes de juin 2009. (Sud-Presse, 08-07-2008)

Le processus de création d’une Europe étatique, contraire à l’esprit de ses pères fondateurs, s’est matérialisé dans les années 1990 avec les traités de Maastricht et d’Amsterdam. A partir de là, le processus européen a commencé à soulever un fort scepticisme. La ratification du traité de Maastricht fut laborieuse, avec son rejet par l’électorat danois le 2 juin 1992 et son approbation de justesse (51,05%), malgré les énormes moyens mobilisés en sa faveur, par l’électorat français. Le traité de Nice fut rejeté par les Irlandais en 2001. Le projet de Constitution européenne fut rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005. Le traité de Lisbonne, qui conserve l’essentiel du projet de Constitution, est rejeté en 2008 par les Irlandais. Face à ces résistances populaires, les réactions de la classe politique sont toujours les mêmes.

La minimisation : on affirme que le "non" irlandais ne serait qu’un accident de parcours. Les leçons de ce référendum irlandais sont pourtant claires: l’affection, la mobilisation pour le projet européen font défaut au sein des Vingt-Sept. Cela est loin d’être anecdotique. De plus, comme tous les traités européens depuis l’acte fondateur de Rome, en 1957, le Traité de Lisbonne signé par les Vingt-Sept le 13 décembre 2007 ne peut entrer en vigueur qu’après avoir été ratifié par tous les Etats membres de l’Union.

On avance aussi que moins d’un quart de la population d’une île de 4 millions d’habitants bloque la réforme des institutions d’une Union européenne qui en compte près de 500 millions. Mais cet argument ne tient pas, puisque les autres Européens n’ont pas été consultés. Si le vote populaire était généralisé aujourd’hui, un pays de l’UE sur trois au moins voterait non.

Le dénigrement : consulter le peuple serait un exercice inepte, d’une part parce qu’il serait extrêmement compliqué pour le citoyen de saisir tous les enjeux, d’autre part parce que les référendums nationaux serviraient d’exutoire à une population prompte à donner une réponse qui n’est pas nécessairement liée à la question qui lui est posée. Dans le cas irlandais, le camp du "non" serait hétéroclite et sa campagne reposerait sur des interprétations hasardeuses du contenu du traité.

Cette argumentation est le prototype de l’argumentation anti-démocratique. Le principe de la démocratie au suffrage universel est de respecter le vote populaire et de ne pas distinguer entre des classes de citoyens plus ou moins éclairés. Les citoyens ne sont pas des imbéciles. Ils sentent bien, de manière parfois intuitive, où on veut les emmener. Dans la plupart des cas, le débat a été intelligent et informé. Le camp du "oui" est tout aussi hétéroclite que celui du "non", lorsqu’il n’a pas l’homogénéité du conservatisme. Dans le cas irlandais, la population a bien senti que les implications du traité lui feraient perdre tôt ou tard le contrôle de certaines valeurs. La création d’une défense et d’une politique extérieure européennes, par exemple, est bel et bien contradictoire avec la neutralité irlandaise.

Le contournement : partout la ratification parlementaire a été choisie afin d’éviter l’échec dans les urnes.  Et pourtant, 76% des Allemands, 75% des Britanniques, 72% des Italiens, 65% des Espagnols sont favorables au référendum.

Le projet européen devient ainsi un arrangement à l’intérieur de la classe politique. Il n’y a pas meilleur moyen de discréditer jusqu’à la racine, et le projet européen, et la classe politique dans son ensemble ! Les cas français et néerlandais sont particulièrement flagrants puisque dans ces pays le vote populaire a clairement rejeté (à 55% et plus) le projet de Constitution, et qu’il n’a échappé à personne que le traité de Lisbonne reprend l’essentiel de ce projet de Constitution. A partir du moment où le traité de Lisbonne n’est pas substantiellement différent de celui de 2004, demander aux Parlements de désavouer le peuple amoindrit la confiance des citoyens dans le système politique et constitutionnel, porte atteinte à la crédibilité des Parlements, enferme l’Europe politique dans le cénacle des hommes politiques, et lui dénie une véritable légitimité démocratique.

La submersion : une variante de la stratégie de contournement consiste, sous prétexte de davantage consulter les peuples, à fuir en avant en organisant un référendum à l’échelle des Vingt-Sept le même jour. Ainsi les spécificités nationales seraient noyées, et des citoyens situés de part et d’autre d’un continent décideraient du sort des autres sans connaitre ni leur situation nationale, ni leurs valeurs propres, ni leurs arguments spécifiques. Il deviendrait plus facile d’isoler et d’écraser les réactions locales, émanant souvent de petits pays, au processus d’intégration étatique européen. 

Le peuple irlandais, qui a eu la chance d’être consulté, a dit non. Malgré cela, et en dépit du vouloir du peuple, l’Union Européenne continue comme si de rien n’était à être dans l’attente d’une éventuelle solution au "problème Irlandais".Ce n’est pourtant pas ce vote qui crée une crise, mais bien l’acharnement des dirigeants européens à n’en tenir aucun compte.

Face à ce vote et à d’autres du même type, il n’y a qu’une seule orientation démocratique possible : reconnaître que quand le peuple dit non, c’est non.


(3.8/5 - 47 Votes)
- Anniversaire du traité de Rome: où va l’UE? Politique - 25-03-2007 - TSCF

Leviathan

L’Union Européenne et l’Europe

En panne, en crise, paralysée, dans le coma, désenchantée…Autant d’expressions qui traduisent un même constat: l’Union européenne est en proie à la sinistrose à l’heure de fêter le 50e anniversaire des traités de Rome - dont l’acte de naissance de la Communauté économique européenne. A cette occasion, les Vingt-sept ne manqueront pas de vanter les mérites et les succès - paix, prospérité, euro, marché commun, libre circulation…- de l’intégration européenne, un modèle qui suscite le respect, sinon l’admiration du reste du monde. C’est de circonstance. Mais le coeur n’y est pas et la photo de famille fixera des sourires crispés.

Qui sommes-nous ? Où allons-nous, que voulons-nous et comment y arriver ? Sur les réponses à apporter à ces questions essentielles, les Vingt-sept peinent à s’entendre et, partant, à définir l’avenir du projet européen, snobé par une partie des élites et boudé par les citoyens (…) Un accord, mais lequel ? Comment concilier deux conceptions opposées de la construction européenne ? L’Europe doit en faire plus, clament les uns, partisans, comme l’Espagne, d’un traité élargi à des matières sociales, énergétiques et environnementales. L’Europe en fait déjà trop, rétorquent les autres, jaloux de leurs prérogatives nationales et/ou privilégiant la dimension économique à l’approfondissement politique. "Personne ne bouge. Il n’y a pas clé pour débloquer la situation", se lamente l’ancien président de la Commission, Jacques Delors. (…) Car c’est l’autre grand défi qui attend les dirigeants européens : convaincre ces citoyens qui n’entendent rien à l’Europe, s’en méfient ou s’en préoccupent comme un poisson d’une pomme, qu’elle est faite par et pour eux. "Je ne crois pas au scénario catastrophe", rassure l’ancien vice-président de la Commission Etienne Davignon. "Mais si nous n’apportons pas de justification à ce que nous sommes, alors la crédibilité n’existe plus". (La Libre, le 19/03/2007).

euro1Tout d’abord une clarification: l’Union Européenne n’est pas l’Europe.
L’Europe est une réalité culturelle, historique, géographique et ethnique; l’Union Européenne est une mise en commun de moyens par des Etats. La dernière ne saurait usurper la réalité de la première.

 En témoigne entre autres multiples exemples la récente directive sur la fiscalité de l’épargne: l’UE va vers la disparition du secret bancaire dans l’Union; elle n’enlève rien ce faisant à la souveraineté des Etats membres sur le plan fiscal - au contraire, elle leur assure une efficacité accrue dans la taxation de leurs ressortissants. Il s’agit bien de renforcer le contrôle sur les citoyens en mettant en place des coordinations étatiques au-delà des frontières sur un plus vaste territoire, un domaine impérial.

Or, il est illusoire de chercher à continuer l’intégration européenne dans ce sens d’une construction étatique. Ce concept est dépassé, et ses « inspirateurs » manquent singulièrement de vision. La soit-disant Constitution Européenne n’est, rappelons-le, rien qu’un instrument de création d’un organe étatique supranational dont les peuples n’ont nul besoin. Tant que les vieux schémas n’auront pas été révisés, tant que les objectifs n’auront pas été mis en cause dans leur bien-fondé, on continuera de parler de "désaffection", de "panne" ou de "crise", latente ou ouverte, de l’intégration européenne.

euro1Le deuxième point est que la seule orientation possible est de revoir les différentes institutions qui ont été mises en place (Commission Européenne, Parlement Européen, Conseil de l’Europe, etc.) sous l’angle du service rendu aux citoyens.

Quels sont les services concrets rendus aux peuples par ces institutions? Quelle valeur produisent-elles? Où passe la limite entre l’organe bureaucratique qui se nourrit de lui-même et l’organisation qui rend un service effectif, socialement utile? Comment peut-on renforcer le contrôle social sur ces institutions ainsi que leur transparence? Comment, par qui, avec quel degré de démocratie et de professionnalisme seront conduits cette interrogation et les réformes indispensables ? Répondre à ces questions nous paraît être la seule voie d’avenir - même si, en retour, elle peut paradoxalement faire grincer les dents des Etats nationaux. Autrement dit, il faut changer de client : les peuples, et non plus les Etats.


(4.4/5 - 18 Votes)
- L’échec de la multiethnicité Culture - 07-02-2007 - TSCF

La mort lente de la «société multiculturelle»

1, La justice danoise a renoncé début janvier, faute de preuves d’incitations à la violence, à poursuivre des imams établis au Danemark qui avaient effectué en décembre 2005 une "tournée" en Egypte, Syrie et Liban pour attirer l’attention sur la publication des caricatures et sur l’absence de réactions du gouvernement de Copenhague (lire aussi ci-dessous). En revanche, sont bien poursuivis devant la justice française, les responsables de "Charlie Hebdo" dont le procès se tiendra les 7 et 8 février pour atteinte à la loi qui punit "l’injure commise (envers) une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées". L’hebdomadaire avait publié les caricatures dans la foulée du journal danois ainsi qu’une caricature de Cabu, en couverture de son numéro du 8 février 2006, représentant Mahomet sous le titre "Mahomet débordé par les intégristes" et déclarant : "C’est dur d’être aimé par des cons". Or, tout indique que les intégristes ont encore gagné du terrain dans les pays arabo-musulmans. Pour preuve, la censure qui a frappé, dans la Tunisie pourtant moderniste, la livraison de janvier-février de la revue "Historia" qui reproduisait une peinture figurant Mahomet au milieu de ses disciples. (La Libre 02/02/2007)

2, La "société multiculturelle" britannique survivra-t-elle aux prochaines élections ? Dans un important discours prononcé lundi, David Cameron, le chef du Parti conservateur et vainqueur probable du prochain scrutin, a fermement condamné une doctrine qui "sape la cohésion" de la nation. (…) Sa condamnation de la "société multiculturelle" inventée par Tony Blair et le "Nouveau Labour", devrait faire date. Pour M. Cameron, "le multiculturalisme a sapé la cohésion de la nation parce qu’il met l’accent sur ce qui nous divise plus que ce qui nous ramène l’un vers l’autre. Cette doctrine a été manipulée pour enraciner le droit à la différence (un concept qui nous divise) aux dépens du droit à un traitement égal (un concept qui nous unit). (…) Cette déclaration d’intentions survient à un moment important. Un centre de recherche proche du Parti conservateur, le "Populus for Policy Exchange", révélait lundi la radicalisation des jeunes musulmans qui préfèrent envoyer leurs enfants dans des écoles islamiques (37 pc), veulent que les lois islamiques, la charia, remplacent les lois britanniques (37 pc), souhaitent que les musulmanes portent le hijab ne laissant apparaître du corps que le visage et les mains (74 pc) ou admirent des organisations combattant l’Occident comme al Qaeda (13 pc). Ces chiffres montrent que loin d’assimiler les valeurs de la société britannique, comme l’imaginaient les experts et la classe politique, certains jeunes musulmans de 16 à 24 ans, interrogés par les enquêteurs, rejettent l’attitude infiniment plus tolérante de leurs parents. Cette radicalisation est d’autant plus surprenante que l’énorme majorité des musulmans (84 pc) estime avoir été traitée équitablement par la société anglaise et qu’une importante minorité (28 pc) estime que les autorités en font trop pour ne pas causer d’offense aux musulmans. (La Libre 02/02/2007).

Pour parler rigoureusement, aucune société ne peut, bien entendu, être « multiculturelle ». Si par hypothèse elle l’était, elle se désintégrerait immédiatement, comme lors du contact de la matière et de l’antimatière. La culture est le contrat social d’une société et il ne saurait y en avoir plusieurs concomitamment, même s’il peut y avoir des éléments de folklore localisés. L’expression employée par des politiciens épuisés tels que Blair ou Chirac témoigne de l’énormité de l’incompétence de ceux qui prétendent gouverner, habitués qu’ils sont, il est vrai, à jouer avec l’ambiguité, la contradiction dissimulée et le double langage.

La floraison de recherches montrant la radicalisation des jeunes hommes de la deuxième ou de la troisième génération issue de l’immigration ne date pas d’hier, même si le Léviathan privilégie la cooptation bureaucratique de « scientifiques » bien-pensants au sein d’institutions en proie à l’influence syndicale et militante. Il suffit de lire la presse pour constater les violences interraciales qui explosent ici et là dans nombre de pays développés, et qui opposent les minorités immigrées aux majorités blanches, les majorités blanches aux minorités immigrées, les minorités immigrées aux forces de police, et les minorités immigrées entre elles. Il suffit d’avoir des yeux pour voir la guerre civile larvée que se livrent quotidiennement les groupes ethniques et qui passe par une concurrence économique, démographique et sexuelle.

Les choses bougent cependant: à la confusion timorée de la Justice danoise dans l’affaire des caricatures de Mahomet s’oppose chez les nouveaux conservateurs britanniques une tardive prise de conscience que la politique multiculturaliste a pu saper la cohésion sociale – elle n’avait d’ailleurs pas d’autre but –, mais aussi que cet effet de sape s’avère de moins en moins contrôlable et qu’il est susceptible de menacer l’ordre établi lui-même.


(4.1/5 - 19 Votes)
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