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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Libéralisme et individualisme Economie, Ethique, Politique - 30-05-2010 - TSCF

Faillite de la Grèce ou faillite de l’Etat grec ?

On voudrait nous faire croire que c’est la faillite de la Grèce. Rien n’est plus faux. C’est la faillite de l’Etat en Grèce. C’est la preuve éclatante de la dangerosité des hommes politiques, des hommes de l’Etat. Ceux-ci ont ruiné leur pays. Ce ne sont pas les Grecs eux-mêmes. Ce sont les hommes de l’Etat, ce qui inclut leurs complices dits "privés". Les hommes de l’Etat, non contents de ruiner les Grecs, leur demandent aujourd’hui de se serrer la ceinture pour réparer leurs bêtises.Est-il normal que "le peuple" paie pour l’incurie de ses dirigeants ? Certes, on conviendra sans peine qu’en un sens il l’a bien cherché. Comme l’immense majorité des Européens, et surtout des Français, les Grecs croient en l’Etat. Ils ont voté pour des Hommes de l’Etat qui prétendaient leur assurer le bonheur sans effort, sans responsabilité, sans prévoyance. En résumé ils avaient "l’Etat". Et, Bastiat l’écrit dans son pamphlet : "L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde". "Le peuple" s’est laissé faire. Mais la responsabilité de la catastrophe incombe en premier lieu aux hommes de l’Etat. La naïveté, la crédulité même intéressée, la paresse, l’égoïsme ne sont que des facteurs favorisants. (…) Que faire ? Il faut revenir aux fondamentaux. Il faut rendre à l’individu ses droits naturels. La bonne solution consiste à liquider l’Etat tel que nous le connaissons, pour le recentrer sur ses activités de base. Les Grecs ne sont pas en faillite, c’est leur état qui l’est. Il faut privatiser. C’est-à-dire rendre aux gens tous ce que l’Etat leur a confisqué, pour le restituer à leurs propriétaires naturels et légitimes les individus. Il faut vendre tous les actifs non indispensables aux fonctions régaliennes de l’Etat. Les Grecs ont les moyens. Il paraît que 40% de leur PIB provient de l’économie libre ("clandestine", en Novlangue), et que les Grecs fortunés investissent en masse à l’étranger, à Londres en particulier. (Blog « Objectif Liberté », 10/05/2010)

Cet article (dont nous citons ici des extraits) est symptômatique des mérites et des absurdités du libéralisme. Car si cette idéologie insiste à juste titre sur les excès de la bureaucratie d’Etat et sur le fait que cette dernière fausse et étouffe l’économie…elle réduit de façon plus que simpliste la société à une collection d’individus.

Nous ne sommes plus au XVIIIème siècle. Depuis Bastiat (1801-1850), de l’eau a coulé sous les ponts. Les sciences sociales nous ont appris que la société unit ses membres par des normes, des valeurs, des attitudes, un sentiment de communauté, une moralité. Plus cet esprit commun est fort, plus la société s’autogère par la négociation, le réseau et la confiance.

En réalité, la société se gère très bien elle-même dans l’immense majorité des cas. Sinon, rien ne pourrait fonctionner au quotidien, et surtout pas la vie des affaires! Et ce n’est pas la peur du gendarme qui fait fonctionner les gens. C’est tout simplement le sens commun et la moralité. La « société de surveillance » actuelle est fondée sur l’exploitation par les gouvernements d’une infime proportion de cas extrêmes de déviance sociale. Des cas qui résultent pour une bonne part des politiques menées par ces mêmes gouvernements.. Extrapolant sur ces cas minoritaires, la bureaucratie étatique en fait un prétexte pour édicter et imposer à son bénéfice ses règles, ses restrictions et ses sanctions.

Dans la pratique, le libéralisme et le néo-libéralisme ont fonctionné comme des idéologies étroitement liées aux intérêts de la bourgeoisie d’affaires qui les portent. C’est la raison pour laquelle ils insistent sur les libertés économiques (celles des entrepreneurs) plus que sur les libertés sociales (celles de la société) face aux Etats, alors que ces dernières sont tout aussi importantes. Si les valeurs individualistes qui sont les siennes ne sont pas celles de la société ambiante, qu’à cela ne tienne, elle promeut et instille de telles valeurs jusqu’à affaiblir dangereusement le lien social. Le démantèlement de la prévoyance sociale et de toute forme de protection que ce courant a généralement promu n’est pas une solution miracle, et génère à court terme pauvreté et précarité. Les troubles sociaux et mentaux qui en résultent sont alors réprimés via les instruments policiers et judiciaires mis en place par la « société de surveillance ».

Dès lors, si nous pouvons souscrire à l’idée d’une éradication de l’Etat et à son recentrage sur des services utiles (pas forcément des fonctions régaliennes, car nombre de fonctions dites régaliennes pourraient être soit privatisées, soit sociétalisées ou mutualisées), nous ne pouvons pas pour autant cautionner une idéologie individualiste simplificatrice qui ne propose rien de réel pour remplacer le recul de l’emprise étatique.

Le libéralisme et l’étatisme ne s’opposent pas. En réalité. Ils se complètent : le premier, en détruisant le lien social, fait le lit du second, car il rend crédible la nécessité des régulations ; le second a tout intérêt à la promotion d’attitudes individualistes qui, en rendant la société incapable de se réguler elle-même sans l’Etat, donneront l’impression qu’il est indispensable.

 
 


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- Multiethnicité: la quête sans issue Politique - 21-01-2009 - TSCF

Envolées lyriques et malaise historique

 

Barack Obama a promis lundi que son investiture en tant que premier président noir des Etats-Unis permettrait de "renouveler la promesse" du rêve américain. "Demain, nous nous rassemblerons et ne ferons qu’un, sur l’esplanade où le rêve de (Martin Luther) King continue de résonner. Par cela même, nous reconnaissons qu’ici en Amérique, nos destins sont inextricablement mêlés", écrit-il dans un communiqué.
"Nous sommes résolus à avancer ensemble. En cherchant à renouveler la promesse de ce pays, souvenons-nous de la leçon de (Martin Luther) King : les rêves que nous avons séparément n’en font qu’un", poursuit-il. ( La libre 19/01/2009).  L’équipe Obama a décidé d’ouvrir le Mall de Washington au public, faisant exploser la facture de l’investiture à 150 millions de dollars en raison des problèmes sécuritaires que ce changement induit. Le discours sera suivi d’une prière du pasteur évangélique Rick Warren, puis d’un chant de la reine de la «soul», Aretha Franklin, et d’un quatuor. Une poétesse née à Harlem, Elizabeth Alexander, déclamera un poème. Le révérend Joseph Lowery prononcera une bénédiction peu avant l’hymne national. (Le Temps, 19/01/2009). "C’est une occasion historique, une pierre blanche dans l’histoire des relations raciales de ce pays", ajoute Fred Phillips, un psychologue noir de 62 ans, venu avec son épouse. En dehors de ces privilégiés assis sur les gradins, plus de deux millions personnes s’étaient rassemblées mardi sur le Mall, l’immense esplanade au coeur de Washington, pour assister à l’investiture du premier président noir des Etats-Unis, acclamé par une foule enthousiaste qui avait convergé vers le Capitole, avant même le lever du jour, malgré le froid (-13° en plein vent). (La libre, 19/01/2009).

Passons sur le trait d’humour involontaire qui consiste pour un psychologue noir à vouloir marquer les choses d’une pierre blanche. S’agissant du discours d’Obama, Il est toujours bon pour un homme politique de paraître se situer dans une filiation plus ou moins prestigieuse, d’agiter le rêve fusionnel d’un dépassement des différences. Il y a plusieurs éléments cependant qui peuvent intriguer dans les événements américains.

Tout d’abord, le retournement soudain de l’opinion publique qui, il y a seulement quatre ans, réélisait le président républicain George W. Bush. Par quel miracle tant d’aveuglement a-t-il cédé la place à une soudaine clairvoyance? S’agit-il d’une mutation profonde des esprits, ou de désespoir devant l’évolution générale de la situation?

Ensuite, l’association de la politique avec le spectacle. Ce rassemblement de masse, apparemment autant étudié que spontané, ne fait pas que donner beaucoup d’importance à la chose politique. Il associe dans un bel amalgame Obama, Biden, les épouses, les opposants républicains, Béyoncé, Bruce Springsteen… Le nouveau président est suffisamment "cool" pour attirer des millions de personnes au Capitole, pour que des designers lancent une ligne spéciale d’articles inauguraux sur son image, pour que des stars comme U2 et Stevie Wonder donnent un concert gratuit pour lancer son inauguration. Le public accepte son image aussi bien sur un terrain de  basket, sur des T-shirts ou dans le bureau oval - l’intégration du show-biz et de la politique avait déjà été constatée en France lors de l’élection du petit Sarkozy, et elle consacre l’alliance de catégories de personnes qui n’ont en commun  qu’un seul trait : le pouvoir d’impacter les foules. 

Enfin, l’amalgame entre cette élection et les soit-disant promesses de la multiethnicité. Tentant de capter les réalités mouvantes des métissages actuels, le marketing commercial cherche à valoriser l’élaboration d’une identité ethnique hybride. Ainsi, les T-shirts "I am a Mutli-culti cutie" font fureur, le "New York Times" annonce la naissance de la "generation E.A." (Ethnically Ambiguous), et dans la foulée de Betty Crocker Brand Food, le dessin animé et les livres Dora présentent un personnage dont l’apparence mélange les origines ethniques. Il n’y a pourtant rien de tellement étonnant à ce qu’un mulâtre soit parvenu à la tête de l’Etat américain. Il s’agit sans doute d’un phénomène individuel lié au besoin d’une personnalité nouvelle - bien qu’Obama soit un politicien démocrate aux idées en fait assez conventionnelles. La possibilité à long terme d’un tel événement était contenue dans l’abolition de l’esclavage sous Abraham Lincoln. Récemment, le responsable du Département de la Défense et du Département d’Etat étaient des Noirs. L’illusion d’un dépassement des races soulage les souffrances qu’a produites la politique de multiethnicité. Là aussi, la tactique a été testée par le "Petit Satan" français. A l’époque de la coupe du monde de football de 1998 - gagnée à coup de subventions par une équipe multiethnique…  sur une autre tout aussi multiethnique - Français et immigrés avouaient soudain rêver de dépasser leurs antagonismes, se sentaient soulagés par l’occultation momentanée de ces derniers - une catharsis qui ne résolut rien, mais qui fit gagner du temps au pouvoir politique.

L’Amérique aujourd’hui se berçe de son changement à court terme. Mais elle semble ne rien avoir appris sur le fond.


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