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Social Capital

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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Professions réglementées: la société de défiance Economie - 24-03-2008 - TSCF

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Rentes d’Etat et société de défiance

La question des professions réglementées a récemment fait surface dans le débat politique. Mais elle a été mal posée, pointant du doigt l’existence d’avantages modestes au lieu d’analyser la formidable hypertrophie étatique qui en est la cause. Le cas des taxis parisiens a par exemple attiré l’attention. Ils sont moins nombreux aujourd’hui qu’en 1925. On en comptait alors 25 000, ils ne sont plus que 15 000. Or depuis 1945 le PIB de la France a été multiplié, hors inflation, par plus de six, et les transports croissent à un rythme qui est le double de celui du PIB. On peut donc estimer que le nombre de taxis aurait dû être multiplié par bien plus de six pendant cette même période. La raison en est que les taxis parisiens sont soumis à une autorisation d’installation de la préfecture. Cette règle est bien sûr aberrante en elle-même. On pourrait imaginer une obligation de déclaration en police à des fins de transparence et de traçabilité. Mais il n’appartient pas à une émanation du gouvernement de délivrer une autorisation d’exercer une activité économique privée, à fortiori quand celle-ci ne présente pas un caractère particulièrement sensible au regard d’impératifs sanitaires ou d’ordre public.

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La lenteur administrative a débouché sur une insuffisance chronique des licences par rapport à l’évolution des besoins. La rareté des licences donne un avantage aux premiers installés, mais devient une barrière pour les nouveaux entrants. Les titulaires de licence ont d’autant plus à perdre à une augmentation du nombre de licences qu’ils ont payé la leur chère. Conséquence de cette rareté, les licences de taxi se négocient à prix d’or: entre 150.000 et 300.000 euros. Cette rente de situation a fini par être légalisée aux dépens de l’ensemble des consommateurs. En contrepartie, la bureaucratie administrative est instituée en régulateur indispensable pour protéger la rente. Elle trouve son intérêt dans ce système qui implique la perpétuation de son existence. Le cas des taxis n’est pas isolé. Les cafés, les pharmaciens, les notaires, les vétérinaires… chacun, sauf les exclus, peut croire qu’il dispose d’une rente qui le protège. Les cafetiers bénéficient d’un quasi-numerus clausus, hérité d’une époque où la lutte contre l’alcoolisme était prioritaire, alors même que 95 % des achats d’alcool ne transitent plus par eux. Les vétérinaires ne peuvent avoir plus de deux assistants. Les coiffeurs doivent avoir un brevet professionnel lorsqu’ils exercent en ville, mais un CAP seulement lorsqu’ils exercent à domicile, ce qui est curieux… il s’agit tout de même d’une profession relativement simple, de quoi se mêle donc l’Etat?

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Le cas de la France est certes particulièrement risible. Mais il n’est pas exceptionnel. Dans les pays les plus corrompus, le régulateur crée de la rareté pour donner aux licences une valeur plus grande qu’il peut monnayer. Dans les pays occidentaux, la fabrication de la rareté artificielle débouche sur une alliance objective entre la bureaucratie d’Etat et des professions qui se retrouvent dès lors protégées, sans pour autant faire ombrage au pouvoir duquel elles deviennent l’allié objectif. Les gouvernements multiplient les « accès à la profession », dans le but officiel d’élever le niveau de gestion de ces professions, mais en réalité freinant la mobilité professionnelle, la formation sur le tas et la promotion sociale. Si un débat récent a focalisé l’attention sur les taxis et autres professions considérées comme relativement modestes, que dire des professions judiciaires protégées ou semi-protégées dont les exigences financières paralysent l’exécution des jugements et l’accès à la justice, des frais de notaires fixés légalement en dehors de toute concurrence et incluant des impôts injustifiés de l’Etat?

Il n’est point besoin d’être un grand économiste pour savoir que la rareté de l’offre augmente le prix du service. Ce d’autant que la personne qui aura acheté cette « charge » devra la rentabiliser. Les barrières réglementaires à l’entrée sur les marchés des biens et services ont un coût direct en termes de réduction de la qualité et des quantités, et d’accroissement des prix. Mais elles ont un coût indirect encore plus insidieux, dû à l’accroissement potentiel de la corruption qu’elles induisent, au blocage de la mobilité sociale, à la diminution du sentiment d’appartenir à un tout, et au développement du sentiment de la partialité de la puissance « publique ». La formation de phénomènes spéculatifs et le développement d’un égoïsme social sont la conséquence de l’existence d’une bureaucratie incapable et envahissante. La bureaucratie d’Etat divise la société, nuit à la qualité et à la quantité des services, et alimente l’inflation.


(4/5 - 24 Votes)
- Elections présidentielles en France: morne plaine Politique - 07-05-2007 - TSCF

La France confrontée au monde contemporain 
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 Il est curieux que les Français se soient passionnés pour une telle élection au point d’y participer massivement. Lors de cette campagne électorale qui se termine dans les incidents de rue et le retour de la pluie, les candidats étaient plats, à de rares exceptions près, le niveau intellectuel des discussions laissait à désirer (comme en témoignent par exemple les propos tenus sur la génétique et sur mai 1968…), tout n’était qu’agitation de symboles et commercial publicitaire sans profondeur, les options dites « de société » étaient alléguées plus qu’elles n’étaient vraiment solides. Chacun chassait sur les terres de l’autre, sans qu’à aucun moment soit apparue l’hypothèse d’un vrai changement, d’une identité originale, tout au moins à travers les deux ultimes candidats.

Les votants ont finalement élu un homme suffisamment ridicule pour se faire photographier à Colombey-les-deux-Eglises, face à une gigantesque croix de Lorraine, avec un rai de lumière tombant directement du ciel…L’exonération des charges sur les heures supplémentaires est une mesurette inappropriée dans un contexte de chômage de masse de longue durée, le durcissement des conditions du regroupement familial ne résoudra pas le problème, et le « rétablissement de l’autorité » n’est pas franchement une piste pertinente dans un pays marqué par le bonapartisme. Quant aux mesures de type néo-libéral, elles peuvent dans certains cas avoir théoriquement du bon, mais tout dépend de la compétence avec laquelle elles seront mises en œuvre, et sur ce point on peut avoir les plus grandes craintes. Si par exemple il est prévu de donner aux universités plus d’autonomie pour qu’elles puissent moduler leurs rémunérations, en soi cela peut être bon, mais cela peut aussi être une catastrophe si ces modulations, appliquées sans discernement, méthode, réflexion ni stratégie, servent en pratique à rehausser des médiocrités mandarinales en place.

Globalement, le système apparait bien verrouillé. Dans nombre de pays occidentaux, il n’y a pas d’alternative réelle, pas de renouvellement, les victoires électorales sont des victoires par défaut, les dirigeants politiques sont de plus en plus médiocres. Ainsi en va-t-il de la fin de la pitoyable hypocrisie du blairisme, dans un contexte de renforcement de l’Etat policier et d’utilisation par le pouvoir des peurs soulevées par la crise sociale qu’il a lui-même provoquée.

En termes sociologiques, on aperçoit à travers cette campagne électorale française certaines transformations en cours: des promesses de réformes dans le sens de la démocratie participative, des candidats plus directs qui se livrent personnellement – tout ceci témoigne d’une société moins autoritaire qu’autrefois. Mais il y a aussi l’aspiration, encore balbutiante, à dépasser les packages tout ficelés dans lesquels la gauche et la droite traditionnelles enferment les citoyens, et à retrouver un certain esprit de communauté – dont la restauration impliquerait, indubitablement, des transformations pour le moins profondes tant des structures que des comportements quotidiens.


(3.9/5 - 23 Votes)
- Le banditisme fiscal des Etats I Economie - 28-03-2007 - TSCF

taxesFrance: les excès du système fiscal

La mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu prendra du temps et rencontre "peu d’enthousiasme", selon un nouveau rapport sur la question remis mardi au ministre de l’Economie Thierry Breton, pour qui cette réforme va pourtant "dans le sens de l’histoire". Grand promoteur de la retenue à la source, qui consiste à faire prélever en temps réel l’impôt des ménages directement par les entreprises ou les caisses de retraites, et non plus par l’administration fiscale, Thierry Breton a souligné mardi qu’il s’agissait d’un "élément de modernité économique" et a jugé possible sa mise en oeuvre dès le début 2009 (AFP, 27/03/2007)

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S’agit-il d’ingénuité véritable, de cynisme à l’égard des citoyens, ou de révélations qui échappent inconsciemment à leur auteur? Toujours est-il que le prélèvement à la source, loin d’être une évolution historique et moderne, est un concept rétrograde, anti-démocratique et abusif. Comme disent les enfants, c’est «celui qui dit qui est» : en se référant à l’évolution historique, M. Breton se réclame de ce dont il s’éloigne le plus.

 Pour être démocratique, l’impôt doit être transparent, direct, entièrement contrôlable, déclaratif et forfaitaire.
 
Transparent d’abord: cela suppose qu’il soit direct, donc perçu par les citoyens et non inclus subrepticement dans leur consommation; qu’il soit transparent, donc qu’il soit déclaratif et puisse être calculé par eux. Qu’il soit payé par eux et non prélevé avec la complicité de tiers tels que les employeurs ou les commerçants, dont ce n’est pas le rôle et qui ne sont pas rémunérés pour ce faire.
 
Forfaitaire ensuite: l’impôt ne peut s’accommoder des manipulations de l’Etat, qui en prend un peu moins ici et un peu davantage là, en fonction de ses caprices politiciens et de ce qu’il croit bon pour le corps social, pour les classes qu’il défend, ou pour lui même. Encore plus flagrant est l’abus contenu dans les incentives introduits par l’Etat belge : plus vous payez tôt, moins vous payez. Pourtant, l’impôt est une contribution au fonctionnement collectif, et non une variable commerciale sur laquelle il s’agirait de jouer.  
 
L’impôt doit enfin être destiné au financement public, et non au financement étatique: il s’agit d’une contribution au fonctionnement de la communauté, et non du seul Etat. L’Etat peut le collecter, mais doit redistribuer une partie du financement public à la société civile organisée dans le cadre de règles claires. Son « train de vie » (c’est-à-dire ses frais de fonctionnement) ne doit pas être excessif ni a fortiori absorber la quasi-totalité des prélèvements fiscaux.
 
Enfin, le niveau de l’impôt ne doit pas être excessif en montant. On parle aujourd’hui d’un bouclier plafonnant les prélèvements obligatoires à 50% des revenus comme s’il s’agissait d’une protection… Si des politiques absurdes n’avaient pas créé une crise sociale sans précédent, si le chancre d’un Etat sans contrepoids ne s’était pas immiscé dans toutes les sphères de la vie sociale, le gouffre des finances publiques serait bien plus facilement comblé. 
 
Nous préconisons une réforme radicale du système de financement de la vie publique qui accompagne la régression progressive du rôle de l’Etat et l’essor parallèle de celui de la société civile organisée.

 


(3.9/5 - 20 Votes)
- Le Louvre s’expose: la poudre aux yeux de l’Etat français Culture - 06-12-2006 - TSCF

fleur%20de%20lysMusées: le pouvoir français redore son blason

Les grands musées français ont de grandes ambitions aux frontières de la Belgique. Le centre Pompidou va construire un second musée à Metz et le Louvre fera de même à Lens. Chaque fois dans d’anciennes régions minières à deux pas de notre pays et, chaque fois avec de grands architectes japonais. Le centre Pompidou a choisi Shigeru Ban qui propose une grande voilure, comme une tente géante du troisième millénaire. Le musée de 35 millions d’euros devrait être inauguré en 2008.(…)

Kazuyo Sejima, 50 ans, et Ryue Nishizawa, 40 ans, sont tout de noir vêtus, comme à leur habitude. Ils ont acquis leur renommée par leurs projets, minimalistes d’apparence mais, technologiquement audacieux, intégrés à la nature, transparents et fluides, qui effacent la pesanteur et abolissent la hiérarchisation des espaces. Leur récent musée de Kanazawa fait déjà autorité. Ils ont aussi construit la boutique Dior à Tokyo et ont été choisis pour le New museum of contemporary art à New York.

A l’entrée du Civa, on découvre les plans du musée, les intentions de l’agence et une grande maquette du futur Louvre-Lens. Dans cette ville du Nord, marquée par son passé minier, on a dégagé une zone boisée à Lens même, avec, au milieu, un immense pré bordé d’arbres de tous côtés. "Nous devions construire un très grand bâtiment, expliquent les architectes, mais nous avons choisi de le faire en harmonie avec cette belle nature et avec les habitudes des promeneurs du coin. Comme dans notre musée de Karazawa, qu’on a appelé "le premier musée du 21e siècle", nous voulons faire un musée ouvert et multiplier les volumes pour éviter de surcharger le site". (…). Le musée se présente comme un grand parcours, une promenade au milieu de la nature, sur des sentiers de verre, au milieu d’une clairière, entre la nature et ses reflets, entre le réel et l’irréel. La médiation entre le visiteur et le musée sera primordiale tout au long du parcours. Ce musée de 100 millions d’euros, 17 000 m2 de surface utile, dont 7 700 m2 d’exposition, pourrait être achevé vers 2009. Les Japonais ont battu, lors d’un concours, Zaha Hadid, Steven Holl et Rudy Riciotti, entre autres.

Henri Loyrette a beaucoup de projets ambitieux pour son musée créé en 1793, en pleine révolution française. Il a défrayé la chronique ces derniers mois avec son accord de partenariat à long terme avec le musée d’Atlanta comprenant des prêts d’oeuvres chèrement payés par les Américains. On parle abondamment aussi du Louvre 2 qui serait bâti à Abu Dhabi, un projet pharaonique, mais il renvoie en touche quand on lui en parle : "C’est un projet politique du gouvernement français qui impliquerait plusieurs musées. À ce stade, cela ne nous concerne pas". Il préfère parler des trois grands projets qu’il mène en France. D’abord, le projet "Pyramides". L’architecte américano-chinois, Pei, avait fait sensation et débat e n créant une grande pyramide de verre devant le Louvre pour en faire l’accès au musée.

Mais ce projet conçu pour un musée de 4 millions de visiteurs l’an, ne tient plus quand il y en a 8 millions par an comme aujourd’hui. Henri Loyrette qui a soutenu Pei depuis le début, a demandé à l’architecte de réfléchir à une extension de la pyramide et à une révision de l’accueil au musée. "(…) Le second grand projet est celui des salles de l’Islam (présentées brièvement à l’expo du Civa). La cour Visconti au Louvre ne sera pas recouverte dans le projet primé de Rudy Riccioti, mais bien surmontée d’une grande tente. "C’est un objectif essentiel de présenter enfin nos riches collections sur l’Islam afin d’éclairer la face lumineuse de ces civilisations. Et nous avons fait pour cela un choix résolument contemporain". (Source: La lIbre 5/12/2006)

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On ne peut, a priori, que se féliciter que des musées s’épandent, que "la culture" soit ainsi mise à la disposition du public. Le pouvoir français le sait. Depuis toujours, il se présente comme le chantre de la culture et le centre d’un rayonnement international qui passe par elle. Il est étonnant, dès lors, que ce brio prétendu coexiste avec un processus dégénératif de la société et de l’économie, avec le laxisme moral, le relâchement du lien social, la régression de la langue et de l’écriture, la progression de l’illetrisme, la faiblesse de la création artistique et l’inexistence de l’innovation intellectuelle dans ce pays. Dans le cas de Lens, située dans ce Nord de la France marqué son manque d’ambition et d’ouverture internationale, par la reconstitution d’un vaste quart-monde et l’accumulation durable de problèmes sociaux, le paradoxe devient particulièrement flagrant…

C’est qu’il est commode d’ainsi tout justifier, de redorer le blason de l’ordre politique et économique, de faire oublier ses composantes autoritaires et bureaucratiques, de légitimer l’immigration de masse ou d’occulter la carence de la convivialité en faisant appel à un ordre immuable et supérieur de la pensée et la beauté. Si nous sommes ce que nous sommes, nous n’y pouvons rien. En haut lieu, il y a des principes que nous avons respectés, ce qui a été fait était ce qu’il fallait, et on y saurait rien changer. On peut aussi et accessoirement contribuer à l’éducation des masses attachées à leur identité culturelle grâce aux "salles consacrées à l’Islam".

A l’extérieur aussi, sur un plan international, il est important de faire croire au caractère démocratique et éclairé du régime. Cela permet au gouvernement français d’apparaitre comme une référence sur la scène internationale. Sans oublier que la "Maison France" utilise le patrimoine architectural et met en avant l’histoire pour exporter des produits alimentaires de prestige, pour faire croire à des millions de touristes qu’elle est la destination par excellence pour y dépenser ses devises, pour convaincre des étudiants étrangers qu’elle est un lieu d’apprentissage privilégié, des investisseurs qu’ils y trouveront un climat favorable pour leurs affaires, des électeurs qu’il existe un "bonheur d’être français".

Elle a pour l’heure réussi à propager cette image, même si des observateurs aperçoivent l’importance de la crise sociale, même si des voyageurs mettent en cause la qualité de l’accueil, le niveau abusif des prix, l’incapacité des habitants à parler l’anglais, même si des étrangers qui ont choisi la France sur la base d’une illusion répandue prennent aujourd’hui la mesure de leur erreur.

Pour poursuivre cette politique d’auto-légitimation, l’Etat français est prêt à investir des budgets gigantesques malgré un contexte de déficit public. A s’assurer les services des meilleurs spécialistes du design et de l’architecture. Rien n’est trop beau pour asseoir sa légitimité; s’il dispose du renfort de la culture, peut annexer le passé et s’adjoint l’art contemporain, c’est qu’assurément il incarne un ordre respectable, juste et raisonnable, dont on ne saurait mettre en doute les fondements ultimes.

Mais le prestige d’Etat assis sur de grandes réalisations architecturales n’a-t-il pas toujours été l’expression d’ambitions impériales?


(3.4/5 - 37 Votes)
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