Navigation
Contact et liens
Archives

Social Capital

description

L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

description
- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (IV) Economie, Politique - 01-07-2010 - TSCF

 

L’euro rattrapé par ses tares de naissance

 

 Thus, the result of 15 years of an accelerated European process appears as the worst possible combination. Paradoxically, the maastrichtian project is on the one hand statist and bureaucratic, on the other monetarist and neoliberal.  The European Monetary Union (EMU) project, far from being the nice modernization, the shift to the future praised by the power, is essentially a regression to the past. Politically obsolete, it is nothing but the inappropriate projection of the old statist schemes of the previous nation-states on a new situation. It takes the risk to lead to the creation of a potentially uncontrollable political power. Socially reactionary, it aims at deepening the social differentiation and to restore the previous hierarchies at the expense of the middle classes that have made the prosperity of Europe.  Economically inefficient, EMU essentially benefits the political class and large corporations. But is sacrifices the interest of other categories of players. Such a currency, the feasibility of which is problematic in a context as diversified as Europe’s one, even to te eyes of orthodox economists, would normally presuppose a coherence of the economic, social, legal and cultural systems of the concerned countries, which, given the still deep differences that separate them, can only be realized very slowly. Introducing a single currency amounts therefore to establishing an acceleration instrument of this coherence, complying with the "violence of the currency" on economic and social structures. A deepening of the socioeconomic crisis, stamped with the prolongation of recessionary tendencies, the multiplication of brutal and ill-managed changes, and the deepening of social tensions, can now be feared. (Hunout & Ziltener, The International Scope Review, Volume 1,1999, Issue I, Summer)

Patrick Hunout et Patrick Ziltener avaient, dans l’article susmentionné, diagnostiqué les défaillances inhérentes à la conception même de l’euro, et prédit les changements brutaux et mal conduits qu’il rendrait inévitables, de même que ses effets négatifs sur la croissance et l’emploi. Quelques dix ans plus tard, les évènements leur donnent raison.

Plusieurs aspects caractérisent en effet la situation actuelle.

euro11. Le mal est ancien

Un marché baissier a commencé au début des années 2000. Il a été repoussé grâce à une augmentation imprudente de cash et de crédit par les autorités monétaires suite à la pseudo-récession de 2001. En 2007, après une bulle spectaculaire de l’industrie financière et de l’immobilier résidentiel, le marché baissier a repris. En 2008-2009, les prix des actions se sont effondrés, ont atteint un plancher temporaire et ont rebondi. En 2010, la phase finale du marché baissier pourrait être en train de commencer.

L’an 2000 c’était, souvenez-vous, non pas un bug informatique qui avait été annoncé et ne s’est pas produit, mais un bug humain qui s’est traduit par une vague incroyable de décès et de dépressions. C’était le point de départ d’un grand changement, - en apparence économique, mais en réalité plus global - , qui ressurgit quelques 10 années plus tard après une période de mise en veilleuse. Comme quoi la finance suit bien les rythmes de l’énergie universelle. Et comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs?

Au début était la crise des subprimes. En août 2007, les marchés ont tremblé. A l’automne 2008, Lehman Brothers avait fait faillite et les actions chutaient partout dans le monde. La fin du début s’est produite le 9 mars 2009. Les actions avaient perdu environ la moitié de leur valeur… une perte de 25 000 milliards de dollars sur l’ensemble de la planète. La première phase avait pris fin. La phase suivante fut le rebond. Il stimula les cours boursiers un peu partout — et plus particulièrement sur les marchés émergents. Dans le monde, les actions reprirent environ la moitié de ce qu’elles avaient perdu durant la première phase.

euro12. L’économie n’a pas été redressée

Le discours ambiant est qu’il y a reprise – c’est le discours des politiciens et autorités monétaires, et les investisseurs veulent y croire.

Mais les statistiques US, pays dans lequel la crise de 2007 a commencé, montrent deux à trois ans après une récession plus qu’une reprise.Les dépenses de consommation augmentent, mais cette hausse a été financée par l’épargne, qui a rechuté à son plus bas niveau en deux ans. Dans le même temps, le chômage américain ne montre pas de signes d’amélioration. Dans l’ensemble, les gens qui ont perdu leur emploi durant la crise de 2007-2009 sont encore sans travail.; bon nombre de ces postes n’ont pas été simplement mis en attente - ils ont été éliminés pour de bon, et l’économie n’en crée guère de nouveaux. Malgré les milliers de milliards de dollars dépensés en relances en tout genre, il se trouve 11 millions de chômeurs et 40 millions de personnes dépendant des coupons alimentaires aux Etats-Unis, tandis que des centaines de milliers de nouveaux diplômés rejoignant les rangs des sans-emploi. 

Le taux de chômage remonte vers les 10%, mais ce chiffre ne tient compte que des gens qui ont cherché un emploi au cours de l’année passée; le taux de chômage réel est de 17% ou 18% de la population en tout. Et même ceux qui ont un emploi voient leurs revenus diminuer. Avec tant de chômeurs, les augmentations de salaires n’ont plus de sens ; au contraire, les salaires baissent. L’offre augmente, les prix baissent. Le marché immobilier ne se porte pas bien non plus. Le crédit d’impôts accordé aux primo-accédants à la propriété a lui aussi pris fin. Comme prévu, les taux de paiements en souffrance et de saisies atteignent de nouveaux records. Un propriétaire américain sur dix est en difficulté. Les stocks de maisons invendues restent extrêmement élevés. En Europe et au Japon, le tableau n’est guère plus réjouissant. La croissance est lente et le chômage élevé. Les gouvernements ont déjà utilisé toutes leurs munitions budgétaires et monétaires… Ils ont déjà utilisé plus de stimulants qu’aucun gouvernement de l’Histoire. Pour quel résultat? Après 8000 milliards de dollars de garanties financières et bancaires, et les déficits les plus profonds depuis la Deuxième Guerre mondiale… tout ce qu’ils ont obtenu, c’est une petite hausse des chiffres de l’économie. 

euro13. Le rebond des bourses en 2009 est largement dû aux stimulants gouvernementaux

Le rebond des bourses en 2009 est dû pour une part aux bénéfices des entreprises "débarrassées" de leur personnel, ainsi qu’aux taux d’intérêt maintenus très bas qui permettent d’emprunter pour investir à bon compte. Mais ce rebond a porté sur des volumes faibles et n’a fait que compenser en partie les pertes précédentes. Il n’est pas le signe d’une véritable vigueur économique. La Bourse de Wall Street n’a remonté que dans la place financière que grâce aux titres de sociétés au fond du gouffre, maintenues sous respiration artificielle par des fonds publics. Sans ces titres, les volumes d’échanges auraient même reculé.

Cependant, ce qui s’est passé en 2009 sort véritablement de l’ordinaire. Premier point, la reprise a été extrêmement forte. Plus de 50% sur le S&P 500 entre mars (le point le plus bas) et septembre (six mois plus tard). Bien davantage que toute reprise depuis 1940 ! Mais les volumes de transactions se sont contractés de manière continue de mars jusqu’à la fin de l’été. Une reprise sans volume… Mais les volumes se sont nettement repris au cours du mois de septembre sur le S&P 500. La remontée des échanges, cependant, repose sur une poignée de titres, des titres bien connus comme:Fannie Mae, Freddie Mac, Citigroup, AIG et Bank of America. Ces cinq entreprises ont essuyé des pertes 2009 de 74 milliards de dollars pour Fannie Mae, 22 milliards pour Freddie Mac, une embellie en comparaison des 50 milliards envolés en 2008, 2 milliards pour Citigroup , après une minuscule perte de 18 milliards en 2008, 11 milliards pour AIG, neuf fois moins que les 99 milliards de 2008, 2 milliards pour BoA. Ce sont des titres financiers qui, dans une économie de marché libre, seraient morts et enterrés.

De plus, le rallye haussier de 2009 est partiellement dû à et alimenté par des informations mensongères des gouvernements et des banques d’affaires. La hausse surréaliste des indices boursiers résultait d’une formidable entreprise de manipulation des cours et d’une campagne de désinformation savamment orchestrée par une poignée d’institutionnels au pouvoir d’influence hégémonique. Certains d’entre eux se sont d’ailleurs fait une spécialité de créer des bulles d’actifs en exploitant l’aveuglement et la paresse intellectuelle des suiveurs de tendance systématiques afin de prendre des paris contraires et de ramasser plusieurs fois la mise.

euro14. La bulle de crédit a été transférée au budget des Etats

Il a fallu des milliers de milliards de dollars de mesures de relance et de garanties sur prêts, et une coalition sans précédent des pays du G20 pour redresser l’économie après la faillite de Lehman Brothers en 2008. Pour enrayer la panique qui s’est alors emparée des marchés financiers, les gouvernements ont transféré une quantité gigantesque de dette privée sur les comptes publics. Un autre modèle économique a remplacé le précédent : les Etats cherchent à remplacer les effets de l’expansion de la bulle de crédit en se lançant dans une fuite en avant dans le déficit public, qui atteint une intensité quasiment comparable à celle d’une période de guerre (8 à 12% du PIB selon les pays). Les marchés se sont remis à monter, faisant l’hypothèse que ce "nouveau" modèle (en fait il ne s’agit que d’une version amplifiée des précédentes relances étatiques par la dette) pourrait fonctionner durablement et être prolongé aussi longtemps que nécessaire jusqu’à ce que l’économie reparte toute seule. Puis l’affaire de la dette grecque a éclaté. La dette publique grecque représente environ 400 milliards d’€. Il suffirait d’environ 150 milliards d’€ pour la ramener à un niveau raisonnable. Un montant qui est à la portée des autres pays européens, et qui représente environ 1 mois 1/2 de déficit public US. Mais ici encore, la vraie question est que le problème de la Grèce pourrait être un signal d’alarme qui nous dit que la fuite en avant des Etats dans la dette publique est sur le point de toucher de ses limites, que le modèle actuel va donc casser à son tour.La Grèce est en effet loin d’être isolée. Les Etats de la périphérie de l’Europe (l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et le Portugal – les PIIGS) sont dans une situation très similaire. On peut même affirmer que le niveau de l’endettement d’Etats comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou la France est assez similaire à celui de la Grèce.

Bien entendu, le marché pourra refuser d’entendre l’avertissement grec pendant quelques mois. Là aussi, arrêter dès maintenant le mouvement de hausse supposerait pour les opérateurs d’accepter qu’un modèle (la relance étatique) qui a semblé fonctionner pendant des décennies (en créant au final le plus grand déséquilibre financier de l’histoire) cesse de le faire aujourd’hui.

Aujourd’hui, la dette de ces Etats inquiète les investisseurs et aucune échappatoire n’est cette fois envisageable. Avec les problèmes de dette souveraine de la zone euro, s’ouvre une nouvelle phase de la crise qui pourrait s’avérer encore plus difficile à régler. L’explication est connue: la Grèce a été considérée pendant des années – «à tort, car il n’y avait pas de politique budgétaire et fiscale commune», dixit le professeur Krugman – comme faisant partie d’un ensemble intégré. Elle a ainsi pu emprunter trop longtemps a des taux trop bas. Comme le Portugal, l’Espagne ou encore l’Irlande.

euro15. La crise budgétaire des Etats se transforme en crise monétaire de l’euro

En 2007, le marché avait eu tort de s’éprendre du mythe selon lequel la crise des subprimes ne présentait aucun caractère contagieux. La tentation était forte de croire que le transfert des dettes pourries du secteur privé vers le bilan des banques centrales (et les contribuables) avait neutralisé leur caractère nocif. Un déferlement d’argent créé ex-nihilo (encore de la dette s’ajoutant à la dette) devait achever d’entretenir l’illusion d’une sortie de crise. On a refusé de prendre en compte des vérités qui dérangeaient depuis fin novembre/début décembre 2009 (effondrement du secteur immobilier à Dubaï, faillite islandaise, dégradation de la dette émise par Athènes). A cela succède désormais la crainte de voir la faillite de la Grèce sonner le glas d’une union monétaire qui s’est interdit de mettre au point des mécanismes d’ajustements structurels au cas où de fortes disparités économiques mettraient en difficulté certains de ses Etats membres.

La crise grecque et celle des PIIGS débouche sur la fragilisation du dogme monétaire qui était censé nous apporter la croissance garantie ainsi qu’un bouclier incontournable contre les divers chocs financiers et économiques.

Nous ne voyons pas comment la Grèce pourrait éviter une sortie de l’euro, ce qui serait certainement la seule solution efficace pour elle de retrouver la croissance, plutôt que de s’enfermer dans une politique de déflation pour de longues années, porteuse de dépression économique et de graves risques sociaux et politiques. Après tout l’Argentine a connu des problèmes analogues qu’elle a surmontés en peu d’années, après avoir décroché sa monnaie de la parité avec le dollar (malgré les efforts mal inspirés du FMI pour la « sauver » par des prêts, assortis de l’imposition d’une politique restrictive, erreur que l’institution réitère aujourd’hui avec la Grèce) et après avoir fait défaut sur le remboursement de sa dette. La Grèce doit donc choisir entre la dépression prolongée assortie de troubles politiques, et la sortie de l’euro avec répudiation de sa dette, partielle ou totale. Prolonger le déni de réalité n’améliorera pas la condition du patient mais l’aggravera encore.

S’il est vrai que la Grèce aura besoin d’une croissance annuelle de 7.5% pour arriver à payer seulement l’intérêt de sa dette actuelle sans parler de la formation d’une dette nouvelle au cours des prochaines années, alors, compte tenu de la dépression économique que ne manquera pas d’engendrer le programme d’austérité du gouvernement, il paraît impossible que la Grèce ne puisse pas se trouver en défaut de paiement dans un avenir proche. Le plan d’aide annoncé avec grand fracas par l’UE n’a fait à cet égard qu’acheter du temps permettant, peut-être, aux banques européennes lourdement exposées en Grèce de se défaire de leurs actifs à risque.

Compte tenu des disparités croissantes entre des pays qui ne peuvent gérer leurs différentiels de compétitivité et d’inflation en dévaluant, la zone euro elle-même pourrait être condamnée à disparaître ou à subir de très fortes turbulences. A titre d’exemple, le différentiel d’inflation entre la France et l’Allemagne dans les dix dernières années (années de l’instauration de l’euro) a été de 35%. Ce qui aurait dû normalement se traduire par une dévaluation du franc français mais n’a pu l’être, et pour cause.

La création de l’euro était une idée absurde émise par des apparatchiks français pour forcer l’intégration politique de l’Union européenne. Elle a fait empirer l’économie, parce qu’une monnaie ne se décrète pas du jour au lendemain, mais émerge à la suite d’un long processus historique de confiance progressive, au surplus dans une zone non optimale parce que trop hétérogène et dont aucune des règles qu’elle devait observer n’a été respectée.

Il est clair que la crise actuelle montre la validité de la théorie des zones monétaires optimales et le rôle fondamental d’un taux de change adéquat pour la poursuite de la croissance. Les évolutions observées depuis 1999 ont montré, à l’inverse, l’inanité de la théorie étonnante selon laquelle la création d’une monnaie commune suffirait à obliger des économies dissemblables à converger vers un même rythme d’inflation et des taux de croissance comparables.

euro16. Les réactions des dirigeants politiques ne sont pas à la hauteur de la situation

Les réactions des leaders politiques à la nouvelle étape de la crise, étape qui a débuté fin 2009 avec les doutes sur la solvabilité de la Grèce, devraient consister à liquider l’excès de dette de façon ordonnée, ce qui suppose dans certains cas d’accepter des faillites encadrées (négociations avec les créanciers d’une réduction du montant de la créance en échange de toute garantie de remboursement de la part d’un Etat), - et à réduire de façon drastique le train de vie des Etats pour restaurer les équilibres budgétaires indispensables au maintien d’un niveau de confiance suffisant dans la monnaie chez les créanciers et fournisseurs.

Au lieu de cela, les leaders politiques sombrent dans la fuite en avant :

- Recherche de bouc émissaire: les spéculateurs ou les agences de notation par exemple. L’idée de créer une agence de notation européenne revient à permettre aux gouvernements de se noter eux-mêmes.

- Evitement de la réalité : plutôt de restaurer sa compétitivité, demander aux pays en excédent commercial de cesser de faire des excédents commerciaux. Le boomer ne doute en fait absolument de rien, il est convaincu d’être au centre de l’univers et persuadé que tout lui est dû. Il lui semble donc tout à fait naturel de demander aux pays exportateurs, qui produisent des richesses réelles, épargnent et travaillent, non seulement de financer gentiment son train de vie à crédit, mais aussi de faire en sorte que ces pays corrigent ensuite encore plus gentiment les déséquilibres provoqués par cette vie à crédit.

- Fuite dans la monétisation : un Etat dépense trop et ne trouve plus de prêteurs pour financer son train de vie? Qu’à cela ne tienne, il va demander à la BCE d’acheter ses dettes à un prix (taux) cadeau en lui fournissant tous les euros nécessaires et il n’y a plus de problème ! Les pays qui nous fournissent en pétrole, uranium, matières premières et biens de consommation divers vont continuer à nous donner indéfiniment tout ce dont nous avons besoin pour notre confort de consommateur en échange des euros imprimés en masse par la BCE. Et des pays comme l’Allemagne seront enthousiastes à l’idée d’imprimer des euros pour les donner aux pays les plus dépensiers et les plus irresponsables et ne s’inquièteront pas un seul instant d’un risque d’effondrement de la valeur de l’euro.

- Gagner du temps : le fonds d’aide européen est un dispositif « novateur » est financé entièrement par des emprunts des Etats membres de l’Union Européenne, qui sont presque tous très endettés et en situation de déficit public très élevé. Donc les Etats dépensiers empruntent pour permettre aux Etats encore plus dépensiers d’emprunter plus. En clair, il s’agit de creuser un trou pour en reboucher un autre (tout en creusant en même temps d’autres trous pour financer les innombrables déficits publics existants en parallèle). Et cela s’appelle un "mécanisme de stabilisation de la zone euro…".

- Occultation du problème : En termes pratiques, avec les CDS de la Grèce à des taux dépassant 1 000 points de base, il vous en coûtera un million de dollars pour assurer contre les défauts de paiement 10 millions de dollars de la dette sur cinq ans de la Grèce. Les marchés indiquent par là que la dette de la Grèce ne va simplement pas être remboursée, ou qu’elle ne sera pas remboursée au niveau des prêts qui ont été accordés. C’est également la raison pour laquelle on peut s’attendre à voir les organismes de régulation européens et américains fermer le marchés des CDS pour éviter que les valorisations fixées par le marché ne communiquent pas trop d’informations sur l’état lamentable des finances gouvernementales. 

- Fuite dans le fiscalisme: il est bon que les gouvernements remettent à plat leur budget et suppriment les dépenses improductives, à condition que cela soit fait intelligemment . Même la suppression des niches fiscales peut être bonne dans la mesure où elle peut constituer la première touche de l’introduction de la flat tax permettant un contrôle effectif des citoyens sur les Etats. Mais les projets de hausse de la TVA montrent que les hommes de l’Etat n’ont toujours rien compris et continuent de pressurer une société passive qu’ils veulent étouffer encore un peu plus sans aucun frein.

Au lieu de tout cela, il faut admettre que les structures pourries doivent tomber pour céder place au renouveau. Cela passe par la fixation de règles pour sortir de l’euro, et par l’abandon progressif de cette chimère au profit d’un SME renforcé. Cela passe plus largement par la mise en question des monnaies fiduciaires dont la valeur est basée sur le caprice des Etats et de banques centrales qui sont leur émanation. Cela passe enfin et surtout par la faillite programmée des Etats, non dans le sens d’un défaut de paiement, mais dans le sens d’une liquidation progressive de leur activité hypertrophiée, inutile et contre-productive, et d’un transfert de pouvoir à la société civile organisée.   


(4.3/5 - 24 Votes)
- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (III) Economie, Société - 01-01-2010 - TSCF

La grande opportunité de la crise économique mondiale: nous débarrasser des Etats
 

Ne serait-ce pas une preuve de maturité politique que d’accepter de voir que depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie, comme il nous asphyxie d’ailleurs, et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction. (…) D’où ces idées qui fleurissent aujourd’hui, de plus en plus farfelues, et déconnectées du réel, telle que celle de mettre sous tutelle des pays normalement démocratiques et souverains (…). A une moindre échelle, quand tout allait de pis en pis, plusieurs pays européens avaient su au final quitter le Système Monétaire Européen au début des années 1990. Ces pays, tels l’Italie et le Royaume-Uni, vivement critiqués à l’époque pour ce choix, s’en étaient au final mieux sortis dans la crise, et avaient moins subi la poussée du chômage. Sortis de leur fièvre dogmatique, les économistes finiront par l’admettre, quelques années plus tard. On doit espérer qu’il se passe la même chose concernant l’euro. Il faut bien sûr envisager de mettre fin à la monnaie unique, sans tabou, et ces pays, les premiers touchés de manière aussi rude, doivent ouvrir la voie. Cela nécessite dans le contexte idéologique actuel beaucoup de courage, et un peu de tactique. A cet égard, une sortie groupée de la zone euro, qui verrait le même jour ces 5 pays annoncer leur désir de retrouver leur liberté monétaire, permettrait d’éviter un effet de stigmatisation trop fort, et pousserait même très certainement les marchés à « finir le travail », en jouant la fin d’un euro qui aurait prouvé qu’il n’est pas viable (Marianne2, 16/12/2009)

 
euro1(suite) 14. L’explosion du déficit des Etats

Dans de nombreux pays, le transfert du poids de la dette privée vers le secteur public a fait exploser les déficits des comptes gouvernementaux et des comptes sociaux. Les défaillances des gouvernements qui ne peuvent plus porter la dette se multiplient. D’après le niveau des CDS (Credit Default Swap), l’Islande est considérée comme en faillite, la Grèce en est très proche (comme l’ont montré les événements de Décembre 2009). La prime de risque des emprunts grecs est plus élevée que celle d’UBS, l’un des cancres mondiaux de la bulle immobilière américaine. Les primes de risques infligées à d’autres Etats (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) laissent tout simplement entendre qu’ils sont susceptibles de faire faillite. Pour restaurer la confiance, l’Irlande, particulièrement frappée par la crise immobilière, a accordé sa garantie à la totalité de l’épargne déposée dans les banques de l’île. Une promesse qui dépasse largement ses moyens. Avant la crise, la Grèce ou l’Italie avaient une dette déjà beaucoup trop lourde comparée à la taille de leur économie. Résultat, ces pays n’ont aujourd’hui plus aucune marge de manœuvre budgétaire. D’autant plus que leurs recettes fiscales sont appelées à fondre dans la sécheresse de la récession.  A terme rapproché, les finances des Etats britannique ou français pourraient être menacées.

Des bulles immobilières ont explosé ou sont sur le point d’exploser dans plusieurs pays. Et simultanément, les bulles de l’endettement de nombre d’Etats approchent de la rupture. L’affaire Dubai World de Décembre 2009, du nom du conglomérat émirati public en défaut de paiement, est sans doute annonciatrice d’autres défaillances souveraines. Au sein de la zone euro, il y a quatre pays du Sud dont la solvabilité inquiète: le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Les uns, méprisants, les appelaient les pays «Club Med», les autres leur ont donné un acronyme (PIGS) aussi peu sympathique que leurs finances sont prodigues. En Grèce, où les déficits s’accumulent année après année, la dette publique atteint 113% du produit intérieur brut alors que les critères de Maastricht fixaient à 60% le maximum autorisé, et le déficit dépasse 12% en 2009 et 2010! Dans les mesures «draconiennes» qu’il s’est engagé à prendre pourraient figurer un reformatage d’un système de retraites trop généreux, des hausses d’impôts, des coupes dans les dépenses de l’Etat, une lutte contre l’économie immergée, etc. Une radicale cure d’austérité pour retrouver du crédit. Et un plan de rigueur auquel n’échapperont pas d’autres Etats qui, eux aussi, ont trop facilement recours à l’endettement pour financer leur train de vie.

Aux Etats-Unis, le Président Obama combat l’ennemi avec des armes d’un autre temps: la planche à billets, dont les effets collatéraux placent les Etats-Unis tous les jours plus près de la menace du défaut de paiement! Les déficits publics US, qui devraient se situer autour de 9000 milliards de dollars ces dix prochaines années, n’autorisent effectivement quasiment plus aucune nouvelle levée substantielle de capitaux de la part de l’Etat américain dont la capacité de taxation a également atteint son point optimal du fait de la crise économique…Des études ayant ainsi démontré que la totalité des investisseurs Américains et étrangers se devant d’augmenter leurs placements en Bons du Trésor US de 200% afin de satisfaire aux besoins en capitaux de l’Etat fédéral Américain laissent en effet perplexes par rapport à la solvabilité des Etats-Unis d’Amérique … qui ne peuvent pas plus compter sur leurs propres contribuables qui devraient ainsi s’acquitter d’un impôt majoré de 61% si leur souhait était d’équilibrer le budget de leur pays! La Californie, 8ème puissance économique mondiale est en situation de faillite virtuelle. Son gouverneur menace de couper les programmes d’aide sociale s’il n’obtient 8 milliards de dollars d’aides du gouvernement fédéral. Près de 40 Etats américains pourraient être dans les deux ans dans l’incapacité de financer l’assurance chômage et auraient besoin de 90 milliards de prêts pour pouvoir continuer à la financer. 

euro115. La fiabilité douteuse des Etats

Contrairement à ce que pensent les investisseurs en général, les Etats ne sont pas des débiteurs fiables. Ils sont en effet juge et partie, et nul ne pourrait les contraindre, y compris devant leur propres tribunaux, à rembourser leur dette intégralement. Ils auraient tout pouvoir, le moment venu, pour prononcer un moratoire sur la dette, en reporter les dates d’échéance, en changer les taux, en invoquant l’intérêt national. La méthode la plus radicale de restructuration de la dette, employée par les monarques français, consistait à décapiter les créditeurs, mais elle ne serait plus applicable de nos jours. Une autre solution consistait à baisser la part des métaux précieux dans la composition des pièces de monnaie en circulation; l’équivalent moderne consiste à rembourser en monnaie de singe à travers une «dévaluation compétitive». C’est l’exercice périlleux auquel se livre actuellement Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, avec les créanciers chinois. La troisième solution est de répudier la dette comme le firent les Soviétiques en 1917. L’inconvénient majeur est de se couper de la communauté internationale. L’exemple de la Corée du Nord devrait faire réfléchir ceux qui seraient tentés par l’expérience. 

euro116. La possibilité d’une crise monétaire

Le dollar pourrait baisser profondément voire à terme s’effacer comme monnaie de réserve internationale. L’or, en contrepartie, pourrait continuer à monter sur les marchés internationaux car il deviendrait le seul étalon solide par comparaison avec une monnaie fiduciaire fictive.

En Europe, c’est l’euro qui est menacé. Dès avant la crise actuelle, l’économiste de la London School of Economics Charles Goodhart remarquait les évolutions extrêmement divergentes de compétitivité, coûts du travail et balances commerciales à l’intérieur de l’eurozone. Compte tenu de l’existence d’une monnaie unique et de la politique de la BCE concernant l’inflation, ces divergences ne pourraient être corrigées qu’en réduisant la croissance et le niveau de vie de pays comme l’Espagne ou l’Italie. Il y a donc fort à parier que certains Etats membres de l’Union Monétaire voteraient « non » si la décision de joindre l’euro devait être prise maintenant. Dès avant la crise actuelle, Goodhart estimait à 20% la probabilité d’un effondrement de l’Union Monétaire.

Les Allemands sont-ils d’accord pour faire les fins de mois du gouvernement grec, et peut-être demain régler la facture du "grand emprunt" sarkozyen? Curieusement, cette question essentielle n’avait pas été traitée lors de la création de l’euro. Or c’est l’existence même de l’Union Monétaire qui est en jeu. Conçue par beau temps, cette union a pu fonctionner durant ses premières années. Mais la situation présente nous ramène à la réalité. Le corset de la monnaie unique n’efface pas les différences entre les pays, il les exalte, surtout lorsqu’il n’y a pas de transferts budgétaires et de mobilité de la main-d’œuvre. Si l’on évite la crise monétaire à l’intérieur, elle portera sur l’euro lui-même.

Le retour à un SME renforcé permettrait d’éviter l’éclatement désordonné de la zone euro. Le Système monétaire européen (SME) a été lancé en mars 1979. C’était un système de parités stables mais ajustables avec des marges de fluctuations de 2,25% autour des parités centrales (jusqu’en août 1993), sauf pour certaines monnaies faibles qui bénéficiaient de marges de 6%. L’accord européen sur ce mécanisme de change était complété par la création de l’Ecu, qui était une unité monétaire composite constituée par un panier de montants déterminés de chaque monnaie communautaire, y compris celles qui ne participaient pas au mécanisme de change. Chaque monnaie avait donc un cours pivot en écu et un cours de marché. Des facilités de crédit étaient prévues pour défendre les parités au sein du SME. Tout en assurant une certaine intégration, le SME permettait des réajustements de parité.

euro117. Les perspectives: une crise prolongée et des opportunités de changement

Saisies immobilières en progression, risque de faillites de certains Etats, crash de l’immobilier commercial et CMBS liés, reset des prêts Alt-A et "option ARM", asphyxie du financement à court terme par les papiers commerciaux, crise des cartes de crédit, camouflage comptable des pertes bancaires, incapacité des banques de prêter aux particuliers et PME dans un environnement où le risque crédit grandit …la situation économique américaine et internationale n’est guère brillante malgré un redressement intervenu dans le milieu de 2009.

Cette crise conduira à une perte irréversible d’emplois dans certains secteurs (construction, finance, biens durables…), d’où un chômage durablement très élevé; à l’absence d’emplois nouveaux en quantité suffisante pour compenser les pertes d’emplois; à l’inefficacité des politiques de soutien de la croissance par l’exportation, avec la contraction du commerce mondial et, pour la zone euro, le risque d’appréciation de la devise puis d’implosion du système monétaire; à la disparition du modèle de soutien de l’activité par la hausse de l’endettement; au besoin de rééquilibrer les finances publiques par des politiques budgétaires restrictives; à l’accélération des délocalisations avec l’écart de croissance et de coûts de production entre les pays émergents et les pays de l’OCDE; à la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, avec le chômage élevé et les délocalisations. Des mouvements erratiques des actions, du pétrole et des matières premières sont à prévoir, avec une montée de l’or et une baisse du dollar (ce dernier a déjà perdu près de 20% de sa valeur depuis mars 2009).

Cette crise n’est pas seulement une crise économique mais aussi sociétale, identitaire et mentale. Car l’effondrement de la société de consommation ne restera pas sans conséquence sur les valeurs consuméristes, hédonistes et individualistes qui sont promues par le pouvoir depuis des décades et ont très largement contribué à provoquer cette crise. Des valeurs plus compassionnelles pourraient renaître face à la situation. Un certain nombre de projets du pouvoir présentés par lui comme intangibles, comme l’euro ou l’immigration, devront être remis en cause. Confrontée à des déficits grandissants, la bureaucratie étatique qui veut tout contrôler pourrait être placée en situation d’impuissance encore accrue, tandis que son expansion sans frein la rendra encore plus insupportable. En conséquence, la société civile pourrait être forcée d’entrer dans le processus qui lui permettra de réapprendre à s’organiser et finalement, connaître une nouvelle vitalité. 

 

 


(5/5 - 18 Votes)
- Crise des subprimes: les causes Economie - 13-06-2008 - TSCF

Economie et agenda politique

Le prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz juge que "la crise des subprime n’est pas terminée" aux Etats-Unis et en Europe, et que cette crise est liée à la flambée des prix pétroliers et alimentaires, dans un entretien au journal français Libération samedi. "La crise des subprime", les prêts hypothécaires à risque américains, "n’est pas terminée", affirme M. Stiglitz, expliquant qu’avec la chute du marché immobilier aux Etats-Unis, de plus en plus d’Américains se retrouvent incapables de rembourser leurs prêts hypothécaires, liés à la valeur de leur logement. L’ex-économiste en chef de la Banque mondiale, qui fut également conseiller économique de l’ex-président américain Bill Clinton, ajoute que du côté de l’emploi "il y a moins d’heures de travail sur le marché", un "signe clair que l’économie est malade". Il prévoit aussi qu’en "2008, le déficit américain atteindra "500 milliards de dollars", et que les Etats-Unis n’ont donc "plus les moyens de stimuler l’économie". L’Europe va continuer à pâtir de la crise née aux Etats-Unis car "de nombreuses banques européennes ont acheté ces produits dérivés des subprime et en subissent le contrecoup", et parce que la faiblesse du dollar vis-à-vis de l’euro favorise les exportations américaines aux dépens des européennes. Pour M. Stiglitz, la flambée pétrolière, les émeutes de la faim, la crise financière et les menaces de récession sont "liées". "La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprime, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l’essor des biocarburants, résulte de la crise pétrolière", argumente-t-il. (07/06/2008, L’Echo)

Il est important d’avoir les idées claires sur ce qui se passe actuellement. Les liens établis par M. Stiglitz entre les variables sont un peu étranges, peut-être influencés par l’agenda électoral américain. On ne peut tout imputer à la guerre d’Irak.

 Tout d’abord, la crise pétrolière de 2008 n’est que partiellement liée à la guerre déclenchée en 2003 en Irak. Cette dernière ne serait en fait responsable que de 10 à 20% de la hausse du prix du baril. La crise des sub-primes n’est pas non plus liée directement à la guerre mais au fait que la spéculation s’est emparée du marché immobilier. Dans le contexte des très bas taux d’intérêts déterminés par la Réserve Fédérale pour sortir des conséquences du précédent cycle spéculatif (la « bulle Internet »), il était tentant de proposer du crédit à des ménages peu solvables et il était possible de se payer sur la différence de taux. Les taux de base ont par la suite remonté, et les spéculateurs ont été pris en tenaille.

 C’est dans un contexte de désordres monétaires – baisse implicitement voulue du dollar pour financer les déficits d’Etat américains, effectivement alimentés par les dépenses militaires, hausse relative de l’euro dûe au monétarisme européen – que la Fed a à nouveau baissé ses taux pour soutenir l’économie et éviter une débâcle boursière. Les placements en dollars devenant moins intéressants, les fonds spéculatifs se sont alors emparés des marchés des matières premières – pétrole, or, denrées agricoles – jugés plus lucratifs. Le renchérissement du pétrole a alimenté l’inflation, poussant la BCE à maintenir des taux élevés ce qui orientait l’euro à la hausse, tandis que le dollar continuait de baisser en raison d’anticipations moins positives pour les affaires aux Etats-Unis.

 La demande énergétique croissante de la Chine et les subventions aux biocarburants ont été des facteurs aggravants sur les marchés énergétique et alimentaire, mais ne sont pas la véritable cause de la crise.


(3.9/5 - 36 Votes)
- L’UE autosatisfaite: la mutation bureaucratique du projet européen Politique - 01-02-2007 - TSCF

LeviathanLe Léviathan européen

1, Les 13 pays de la zone euro émettront cette semaine une pièce de deux euros spéciale à l’occasion du 50e anniversaire de la signature du traité de Rome. Tous les exemplaires sont illustrés avec un livre ouvert sur un fond représentant la place du Capitole, à Rome, et portent la mention "traité de Rome" dans l’idiome du pays. La Belgique, seul pays doté de trois langues officielles, a opté pour l’expression latine "pactum romanum", tandis que l’Irlande a fait figurer la mention en gaélique. C’est la première fois que tous les pays de la zone euro émettent une pièce de deux euros présentant une même face pour commémorer un événement. Des pièces commémoratives ont déjà été émises par le passé, par exemple en Grèce pour les Jeux Olympiques d’Athènes ou en Espagne pour le 400e anniversaire de la première édition de Don Quichotte. (Belga 22/03/2007)
 
2, L’euro est le dernier avatar d’importance du projet, démarré en 1985, de construire un grand marché européen. Les conditions d’introduction de l’euro ont privé les Etats membres d’une partie importante de leurs prérogatives en matière de politique économique. Interdits de politique budgétaire et interdits de politique monétaire, les pays européens se sont tous rabattus sur deux choix politiques : baisser la fiscalité, notamment l’impôt des sociétés, et modérer les salaires. Au total, en l’absence d’harmonisation sociale et fiscale et d’un vrai pouvoir économique au niveau européen, l’euro est objectivement devenu un moyen, parmi d’autres, pour renforcer une compétition économique dommageable, pour les travailleurs et pour les citoyens. C’est bien plus grave que les - modestes - hausses de prix "chipées" au passage par quelques commerçants ou cafetiers. (22/03/2007, Institut pour un Développement Durable).
 
3, "La voix de tous ceux qui ont ratifié la Constitution, et ils sont aujourd’hui les plus nombreux, n’est pas audible. Nous avons voulu rétablir une sorte d’équilibre dans le débat actuel et dans les débats à venir. 18 États membres ont ratifié la Constitution. Cela fait deux tiers des pays de l’Union européenne. On ne peut pas passer par pertes et profits ces votes. En nous réunissant à Madrid, nous voulons envoyer un message positif à tous les pays qui n’ont pas encore ratifié et qui doivent le faire. Si nous respectons les deux pays qui ont dit "non" pour l’instant, la France et les Pays-Bas, tout le monde doit comprendre qu’il faut aussi respecter le choix contraire, à savoir le "oui" de 18 autres États souverains." (déclarations du politicien luxembourgeois Nicolas Schmidt en marge de a réunion informelle des « 18 » à Madrid le 26 janvier 2007, Le Quotidien du 25-01-2007).

1, A propos de la pièce nouvelle, on notera, d’une part, la récupération du traité de Rome par l’euro, et d’autre part, la connotation étonnamment impériale de l’expression « pactum romanum »…

2, Le traité de Rome de 1957 créait somme toute une Europe protectrice, avec la préférence communautaire, et dynamique, avec la suppression des barrières douanières internes. C’est surtout depuis le traité de Maastricht inspiré par l’Etat français, en 1992, que le dérapage s’est produit vers la construction d’un Etat supranational.

3, L’euro, instrument essentiel de cette construction, a été source de dévastation économique - chômage et inflation. Nous avions prévu ces conséquences dès avant 1998. L’adoption de l’euro n’a pas permis à l’Union de faire face au ralentissement économique du début 2001. Les dirigeants européens ont été incapables d’enrayer la glissade du dollar, qui a pénalisé les exportations européennes. Alors qu’au milieu de son mandat, l’Administration Bush laissait filer ses déficits budgétaires, les pays européens se retrouvaient pris à contre-pied, brusquement étranglés par l’étau du pacte de stabilité, et incapables de surcroît, de réformer leur instrument budgétaire fétiche.

4, L’« appel des 18 » est présomptueux: il ne faut pas oublier que dans nombre de pays qui ont ratifié le traité constitutionnel, les citoyens n’ont pas été consultés, le traité ayant été ratifié par simple voie parlementaire. Les études d’opinion montraient souvent l’hostilité des citoyens au traité. Les méthodes utilisées dans le processus de mise en place de l’Etat européen sont toujours les mêmes: ses partisans recourent à un catastrophisme intimidant, s’attribuent des vertus de dynamisme, amalgament l’Europe avec l’Union Européenne…lorsque les électeurs votent contre, on les fait revoter; ou bien on essaie de contourner le verdict des urnes en évitant de les consulter.

5, Le projet de constitution européenne consiste à étatiser la société en organisant un Etat supra-national aux prérogatives régaliennes. Ce Léviathan incontrôlable est non seulement inutile, mais dangereux. En 2005 en France et aux Pays-Bas, les peuples ont intuitivement senti qu’on les emmenait là où ils ne devaient pas aller, et ils ont fait leur choix en conséquence.


(3.8/5 - 17 Votes)
- La mascarade de l’euro Economie - 01-01-2007 - TSCF

Core inflation in the Euro zone remained at the four-year low level -- 1.5 per cent year-on-year -- according to data released by European Union's statistical office, Eurostat.

L’agonie du rêve euroimpérial

Alors que l’euro compte cinq bougies sur son gâteau, les nostalgiques du franc et autres détracteurs de la monnaie unique ont le vent bien calé en poupe. Et, même si la Slovénie devient le premier janvier le treizième Etat membre de la zone euro, le blues a gagné la plupart des participants de l’aventure. Ainsi, entre septembre 2002 et novembre 2006, la perception des avantages de la monnaie unique est tombée de 59 à 48 pc dans l’Union européenne, selon un eurobaromètre. Prenez la France : un récent sondage TNS-Sofres a démontré que 52 pc des Français estiment que l’euro est "une mauvaise chose" pour la France, contre 45 pc en décembre 2003… Et, en Allemagne, 58 pc des personnes interrogées affirment qu’elles reviendraient au mark si elles pouvaient choisir. Plusieurs facteurs permettent de comprendre cette dégringolade de l’enthousiasme européen par rapport à la monnaie unique. "Des craintes ont notamment été exprimées au niveau de l’augmentation des prix", observe Françoise Bernard, responsable "Marchés financiers" chez Fortis. Beaucoup auront eu l’impression qu’avec l’euro, un trou avait été percé dans leur porte-monnaie.(Source :La Libre, 29/12/2006).

Nous avions il y a déjà longtemps annoncé que l’euro était un mauvais projet. Les événements viennent confirmer l’analyse: stagnation et chômage de masse, inflation aggravée, désaffection des opinions publiques… Face à cet état de choses, les partisans de la monnaie unique européenne recourent à deux arguments.

D’une part, l’euro ne porterait qu’une responsabilité apparente dans la hausse des prix; tout serait affaire de psychologie… Mais les Européens ne sont pas dupes. En réalité, l’inflation officielle est sous-estimée. Les prix qui ont le plus augmenté (parce que le contrôle des consommateurs a été rendu plus difficile) sont ceux des articles de consommation courante - ceux qui pèsent le plus dans le panier de la ménagère. Des articles ont été sortis du panel des prix, et les entreprises ont mis fin à la production d’articles parmi les moins chers pour en produire de nouveaux, à des prix nouveaux.

D’autre part, d’après les partisans de l’euro, il serait impossible de revenir en arrière sauf à supporter des coûts et des dommages «extrêmement importants». Ce pseudo-argument qui vise à faire peur avait déjà été utilisé à l’époque du passage à l’euro. En réalité, les banques centrales nationales ont la capacité d’imprimer à nouveau facilement des devises nationales. La transition à un système de monnaies européennes coordonnées, comme l’ancien « serpent monétaire », est faisable, permettrait de gérer les différentiels de compétitivité avec souplesse, et présenterait des avantages encore plus importants que les éventuels inconvénients. La banque centrale européenne en serait garante, et elle serait réformée pour inclure dans ses objectifs statutaires la promotion de la croissance et de l’emploi.


(3.6/5 - 13 Votes)
Home

Page précédente

Index
Liste de catégories
Liste de tags

Feed Entries