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- Recherche et fonctionnarisation: l’usine à gaz du CNRS Recherche - 30-10-2007 - TSCF

Bureaucracy_smallCNRS: la cooptation des réseaux de médiocrité

Quand j’ai commencé mon travail, une étape importante a été - après avoir établi un certain nombre de bases théoriques - de me lancer, avec un collègue de Thomson-CSF, dans un projet un peu aventureux : essayer de fabriquer des multicouches magnétiques. Ce travail a débouché sur la découverte de la magnétorésistance géante, mais, au départ, c’était un projet à risque dont personne ne pouvait savoir s’il allait aboutir. Le CNRS l’a financé, parce que cet organisme est capable de discuter avec les chercheurs et de les accompagner. Une agence de financement sur projet, elle, ne l’aurait jamais retenu : c’était à l’époque un sujet trop marginal et loin des thèmes à la mode (Albert Fert, Le Monde, 25/10/2007).

Hélas, le prix Nobel Albert Fert paraît plus éclairé lorsque il s’agit de magnétorésistance que de politique scientifique. On ne peut être bon partout, comme l’indique par ailleurs l’intéressé. Le CNRS n’est plus aujourd’hui capable de « discuter avec les chercheurs et de les accompagner ». Cet organisme a pu, en d’autres temps, avoir un intérêt. Il est aujourd’hui caractérisé par plusieurs traits négatifs.

bulb off 3D’abord, l’incompétence scientifique. Le CNRS ne dispose d’aucune déontologie, d’aucun code d’éthique respecté, d’aucune procédure d’évaluation transparente et anonyme, d’aucune méthodologie d’évaluation - ni même de la moindre réflexion sérieuse en ces domaines. Le recours à la détestable technique du rapporteur, très souvent suivi par conformisme ou manque d’information par ses collègues, biaise les décisions collectives et favorise, dans un milieu qui a peur du risque, les comportements de moutons de Panurge. Il y a confusion entre l’évaluation scientifique (c’est-à-dire celle des contenus), l’évaluation professionnelle (celle de la contribution globale des chercheurs), et la mesure des potentiels (que le CNRS ne sait pas effectuer). Les réunions de ses instances d’évaluation sont confuses, polémiques, fondées sur la prise d’informations par la bande via des réseaux de cooptation soit favoritistes, soit excluants, mais rarement objectifs.

bulb off 3Ensuite, la misère des politiques de ressources humaines et de développement de l’organisation. Les petits salaires, la lenteur des carrières, les procédures rigides de comptabilité publique (remboursements lents, couverture de frais insuffisante, impossibilités diverses…), ont un effet variable suivant que ceux qui les subissent ont une expérience préalable dans d’autres secteurs ou sont « nés au CNRS ». Soit ces conditions attirent ou fixent des personnalités médiocres qui n’ont jamais connu autre chose ou s’y trouvent confortables. Soit elles se traduisent par une démotivation subreptice et un alignement discret de la performance collective sur la « plus basse moyenne possible ». Quel que soit le cas de figure, la sécurité du fonctionnaire achète le silence de beaucoup.

bulb off 3La dernière «découverte» du CNRS en matière de politique de personnel est un productivisme bibliométrique de type stakhanoviste (quantité de publications ou «production»)…dans un milieu de cadres présumés hautement qualifiés et censés exercer leur capacité de réflexion ! C’est ce qui s’appelle être en retard d’une guerre. Et ceci au mépris de ses textes fondateurs, qui prévoient que les chercheurs exercent une diversité de missions: développement des connaissances, mais aussi: transfert et application dans tous les domaines contribuant au progrès de la société, diffusion de la culture scientifique dans toute la population, participation à la formation initiale et continue, administration et gestion de la recherche…

bulb off 3Enfin, sa politique d’association avec les universités dans la dernière décade a été catastrophique pour le CNRS. Cette politique l’a conduit à subir la pression d’un mandarinat avide de statut social et qui est encore plus abstrait que le CNRS lui-même. Loin de chercher à promouvoir ses membres, l’institution capitule devant ces pressions, à tel point que ses chercheurs doivent de plus en plus passer par le rite universitaire de l’«habilitation à diriger des recherches» pour pouvoir exercer ce qui est pourtant bien leur métier! De plus, cette politique aboutit à un cartel circulaire dans lequel le CNRS saupoudre ses crédits sur de nombreuses unités « associées », ne leur apportant dès lors qu’une faible valeur ajoutée, mais pouvant néanmoins se prévaloir de leur travail, - tandis que ces dernières peuvent, elles, se prévaloir du label du CNRS…

einsteinIl est vrai que la recherche fondamentale devrait rester libre et créative. Elle l’est de moins en moins dans la gangue bureaucratique du CNRS. Lorsque on regarde le rapport entre les montants colossaux d’argent public engloutis (quelques 2.5 Mds d’euros par an…) et les résultats obtenus, le « rapport qualité/prix » est loin d’être aussi flatteur que le prétend M. Fert. La cooptation de réseaux de médiocrité à la mode soviétique ne pourra jamais se substituer au dynamisme d’une recherche sur projets, qui incite à intégrer les dimensions managériale et scientifique, pour peu qu’elle soit ouverte et convenablement financée.


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