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Social Capital

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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Les faux prophètes: dans la finance aussi Economie - 24-11-2008 - TSCF

Ours et taureaux: et pourtant, elle tourne…

 
A l’heure où des milliers de milliards de dollars se sont évaporés à la bourse, les coupables sont montrés du doigt. Les hedge funds, disent certains. Les agences de notation, disent les autres.
 
Mais au banc des accusés figurent aussi les analystes. Vénérés dans les années 90, détestés après l’éclatement de la bulle internet, ils reviennent paradoxalement sur le devant de la scène avec la crise actuelle. Depuis quelques années, l’accès à l’information est devenu plus encadré, en raison de barrières érigées entre les différentes divisions des banques. Les informations fournies aux investisseurs sont soumises à des règles. Elles sont diluées au compte-gouttes lors de réunions entre patrons, investisseurs et analystes, en dehors des publications de résultats. Elles prennent ainsi plus de valeur. Du coup, le changement d’une recommandation par un analyste peut provoquer une réduction de la capitalisation boursière de plusieurs milliards en un jour. Cela s’est produit récemment avec ABB.
 
Dotés d’un immense pouvoir, les analystes se situent au centre de différents intérêts contradictoires. Tout d’abord, ils doivent répondre à la demande des clients. Ils ont parfois des exigences démesurées en termes de rendement. Ensuite, les analystes eux-mêmes doivent prévoir avec justesse l’avenir des entreprises. Cela permet alors aux courtiers de générer des commissions élevées, synonymes pour l’un comme pour l’autre de bonus. Enfin, ces spécialistes doivent aussi maintenir de bons contacts avec la direction des sociétés qu’ils couvrent pour obtenir les informations qui comptent pour leurs prévisions.
 
Or, celles-ci ont été majoritairement fausses. Formules à l’appui, l’immense majorité des analystes ont été aveuglés par quelques belles années de progression boursière. Les prévisions ont été régulièrement revues à la hausse, comme si la croissance était un robinet qui ne cesse de couler. (Le Temps, 18/11/2008) 
 
La finance comportementale apporte un éclairage. Les analystes, tout comme les investisseurs, ont mentalement de la peine à anticiper des scénarios de crise. Une étude de Citigroup démontre qu’ils ont tout particulièrement de la peine à prévoir des retournements de tendance. Ils se trompent en moyenne de 15% sur les résultats en temps normal. Lors de crises, les erreurs atteignent 40%, soit près de trois fois plus. Modèles intellectuels étriqués, basés l’extrapolation de variables dont le comportement est présumé stable?
 
A leur décharge, on notera que lorsqu’ils émettent des recommandations négatives sur les entreprises, il n’est pas rare que leurs dirigeants réagissent en appelant les responsables des banques pour exercer une pression. Il s’ensuit qu’une infime part des analystes sont «bearish» (ours, en français, soit baissiers), au contraire de la majorité des «bullish» (taureaux, ou haussiers).  Et quand bien même un analyste ne se trompe pas, mais émet un avis négatif et contraire à tous ses pairs, il risque de se faire licencier. C’est ce qui était arrivé en juillet 2000. Plus d’une année avant le grounding de Swissair, Christopher Chandiramani, analyste chez Crédit Suisse, anticipait une perte annuelle d’un milliard de francs pour la compagnie aérienne. 
 
On pourrait citer des exemples de paralysie intellectuelle dans d’autres milieux (recherche et université notamment), qui, pourtant, devraient normalement présenter un dosage raisonnable de raison et de créativité. Mais il semble que dans ces milieux le pharisianisme l’emporte : au lieu de donner la parole à des esprits indépendants et originaux, on va créer une clique conservatrice rémunérée pour son suivisme. Gare à celui qui s’éloigne du standard admis, qui dit le contraire de ce que l’établissement veut entendre.  On arrive au résultat suivant: conclusions et prévisions sont dictées par la pression sociale, plus que par une analyse objective des faits. Quand bien même cette dernière serait menée, elle devrait être édulcorée.
 
On voit aujourd’hui les résultats d’un tel fonctionnement. Cette crise est aussi, et peut-être d’abord, une crise de l’innovation.
 
 

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- Hedge funds, spéculation, et appât du gain Economie - 09-04-2007 - TSCF

factoryLe rôle dévastateur des fonds spéculatifs

Les fameux « hedge funds » ont procédé en 2006 à des acquisitions records. Ces nouveaux acteurs de l’économie mondiale suscitent toutefois beaucoup de réserves et d’inquiétudes. Leur stratégie consiste à acquérir des sociétés en ayant recours à l’endettement (jusqu’à 80%), les gérer au mieux et les revendre quelques années plus tard en dégageant une plus-value afin de rémunérer leurs actionnaires. OPA, puis retour en bourse, sont l’alpha et l’omega de ces entreprises d’un nouveau genre. Emploi, développement, synergies sont loin d’être prioritaires.

Les milliards d’euros disponibles et la concurrence exacerbée entre les investisseurs font flamber le prix des sociétés et par conséquent le volume des dettes de financement. Les économistes s’inquiètent désormais ouvertement de la formation d’une bulle financière. Selon l’organisme britannique FSA (Finance Service Authority), “les niveaux actuels d’endettement et les développements récents du cycle économique” vont inévitablement provoquer “la défaillance d’une grande entreprise ou d’une myriade de petites entreprises rachetées par des fonds.». La Banque centrale européenne s’inquiète de l’influence des fonds sur la stabilité du système financier. Selon Philippe Matzowski, porte-parole du comité LBO (CGT), « la pression financière liée au remboursement de la dette d’acquisition est forcément préjudiciable à l’entreprise. Elle l’est pour l’emploi et pour l’investissement » (Source: Infinitudes, 29/01/2007)

Progressivement, on a assisté ces dernières décades à la prise d’un pouvoir quasi illimité des actionnaires ou de leurs représentants sur le management des firmes au détriment des autres acteurs de la vie de l’entreprise : managers, employés et société environnante. La « bonne gouvernance » telle qu’elle s’est développée a pour fonction d’assurer la transparence de la gestion au profit des investisseurs. Récemment, un petit fonds d’investissement spéculatif tel que TCI (à prétexte éthique mais basé aux iles Caïman…), a pu faire pression efficace sur le management d’ABN-Amro pour que la banque se rapproche de la Barclays, « dans l’intérêt des actionnaires ». Mais était-ce dans celui de l’entreprise? L’impact micro- et macroéconomique des fonds paraît négatif, même si une école de commerce de seconde zone a pu vanter récemment leurs avantages en termes de « liquidité » et de « diversité »…

poverty 3En effet, les investisseurs financiers poursuivent une logique qui, comme leur nom l’indique, n’est ni industrielle ni sociale. Pour faire monter les profits dans un horizon temporel le plus rapproché possible, ils sabrent dans tout ce qui n’est pas immédiatement rentable, l’emploi, l’investissement industriel, la recherche. Tant il est vrai que ces postes d’investissement à plus ou moins long terme n’intéressent pas la recherche de la profitabilité - surtout le personnel, dont l’apport à l’entreprise n’a jamais été démontré de façon palpable et chiffrable, ni traduit comptablement, malgré la rhétorique admise sur la « gestion stratégique des ressources humaines ». Par ailleurs, il n’y a aucun principe d’identité de l’entreprise, puisque elle n’est considérée que comme un paquet d’actions qui sera revendu tôt au tard au plus offrant.

Pour répondre à cette situation, il n’est pas souhaitable de reprendre les vieux schémas jacobins d’ATTAC sur la réglementation de la circulation des capitaux, ni les velléités réglementarices d’une Banque Centale Européenne inquiète de pallier les conséquences de sa propre politique. Il faut envisager une réforme du droit de l’entreprise qui reconnaisse l’intérêt des actionnaires, mais aussi celui de l’environnement social et naturel, ainsi que du salariat. Il s’agit de développer un équilibre entre ces différents principes. Autrement dit, l’entreprise doit s’intégrer dans la communauté, tout en recevant un véritable statut propre. Cela ne peut passer que par un partage du pouvoir de décision entre les actionnaires, le management et les autres acteurs, partage qui suppose l’institution de nouveaux organes de décision. Le "management socialement responsable" pourra alors dépasser le stade de la rhétorique.


(4.4/5 - 22 Votes)
- Risques boursiers: vers une nouvelle crise de 29 Economie - 07-03-2007 - TSCF

crisis Vers une nouvelle crise de 29

 1. En une semaine, le taux de change de la monnaie nippone a regagné environ 5 % face au dollar et à l’euro, mais ce rebond n’a rien à voir avec une quelconque embellie de l’économie japonaise. En fait, depuis de très longs mois, la monnaie nippone sert les intérêts des fonds spéculatifs et de tous les investisseurs qui apprécient en elle une seule chose : son bas taux d’intérêt. Emprunter en yens ne coûte pratiquement rien puisque la Banque du Japon vient de remonter à 0,5 % le prix de l’argent, qui se traînait à 0,25 % depuis plusieurs mois. Quoi de plus tentant alors que d’emprunter des yens, les revendre contre une autre monnaie et placer les dollars ou les euros ainsi obtenus sur des marchés très rémunérateurs. L’investissement en actions de pays émergents, sur des obligations à haut rendement ou sur le marché néo-zélandais couvre plus que largement le coût de l’emprunt en yens. C’est le fameux carry trade qui fait le bonheur de tout bon gérant aujourd’hui. Voire ! De plus en plus de Roumains et de Lituaniens empruntent aussi en yens pour financer leurs achats immobiliers ! En Hongrie voisine, c’est le franc suisse, une autre monnaie à bas taux d’intérêt, qui est particulièrement prisée pour les emprunts immobiliers. Quelles sont les sommes en jeu ? Selon la banque Barclays Capital, fin 2006, les positions nettes spéculatives de carry trade s’élevaient à plus de 30 milliards de dollars. Un montant record. Le vice-ministre des Finances japonais, Hiroshi Watanabe, évoque lui un marché total compris entre 80 et 160 milliards de dollars. Sur cette base, la hausse du yen depuis dix jours se chiffrerait à une perte potentielle pour les spéculateurs comprise entre 3,1 et 6,2 milliards de dollars. (Le Figaro.fr, 06/03/2007).
 
euro12.Les marchés boursiers mondiaux ont rebondi mardi après cinq séances consécutives dans le rouge et une baisse sans précédent depuis quatre ans, les investisseurs profitant de la chute des cours pour acheter des actions à des prix attractifs (…). Mais la plupart des experts soulignent la fragilité de ce rebond, dont la poursuite dépendra des prochains signaux sur la santé de l’économie américaine. "Les marchés reprennent un peu leur souffle, mais toute la question est de savoir combien de temps cela va durer", a déclaré le stratégiste d’une société de Bourse française. "Tout le monde attend déjà les chiffres sur l’emploi américain de vendredi, très surveillés compte-tenu des craintes sur l’état réel de l’économie américaine". La question est: ce rebond va-t-il se poursuivre?, a renchéri Lisa Jarvis, analyste chez ABN Amro Morgans à Sydney. "Beaucoup de gens pensent que la correction se poursuivra entre quatre et six semaines, voire huit semaines. Ce n’est peut-être qu’une accalmie temporaire, je ne sais pas si nous sommes tirés d’affaire", a-t-elle ajouté. Sur le marché des changes, euro et dollar se reprenaient également face au yen mardi, grâce à l’accalmie boursière et après des propos rassurants du secrétaire américain au Trésor, en visite en Asie. "Nous sommes tombés d’accord pour dire que les fondamentaux de l’économie mondiale sont solides", et "nous partageons l’opinion selon laquelle les marchés devraient refléter cet état de fait", a déclaré le ministre japonais des Finances, Koji Omi, à l’issue d’une rencontre à Tokyo avec M. Paulson (Belga, 06/03/2007).

globalization1L’économie repose de plus en plus sur des flux internationaux de placements rentables (bourses, sociétés fiduciaires, fonds de pensions internationaux, etc.). Cette prévalence de la spéculation sur la production fait courir le risque d’une panique générale en cas d’effondrement des cours dans une région ou un secteur donné. Compte tenu de la déréglementation intervenue ces deux dernières décades, la chute des Bourses qui pourrait s’ensuivre se propagerait à une vitesse sans précédent et sans aucune restriction. L’économie serait asphyxiée, avec des investissements en chute libre, du fait de l’effondrement du marché des capitaux où les firmes industrielles et les gouvernements empruntent. Les entreprises, qui font de plus en plus appel au financement boursier, ne pouvant plus financer leur passif, on assisterait à des faillites en chaîne et une explosion du chômage. La crise asiatique survenue il y a une dizaine d’années suivie par la crise latino-américaine ont été des secousses importantes, peut-être des signes avant-coureurs. Dans ce type de cas, le FMI, les banques centrales et les gouvernements ont jusqu’à présent pu colmater les brèches; ces organes de régulation seraient cependant débordés en cas de crise de grande ampleur.

euro1Les conditions de déclenchement de la crise de 1929 sont assez similaires aux conditions actuelles. La période précédant le krach était marquée par une divergence d’évolution entre la production et les cours boursiers. Entre 1921 et 1929, la production industrielle augmentait de 50%, mais la hausse totale des cours sur la même période était de 300%. Le cours des titres augmentait plus que les profits des entreprises, qui eux-mêmes augmentaient plus que la production, que la productivité, et enfin que les salaires. Un élément spéculatif se développa, car ce n’était plus les dividendes qui attiraient les investisseurs, mais la possibilité de revendre avec une importante plus-value, beaucoup de titres étant achetés à crédit à cette fin. L’économie productive, elle, ralentissait depuis début 1929 en partie à cause d’un phénomène d’asphyxie, les capitaux disponibles allant à la Bourse plutôt que vers l’économie réelle.

Après que les cours aient atteint un record en octobre 1929, et quelques jours avant le krach, les premières ventes massives eurent lieu. C’étaient encore des prises de bénéfices, mais elles commencèrent à entraîner les cours à la baisse.Le jeudi 24 octobre marqua la première vraie panique. Le matin, il ne se trouva presque pas d’acheteurs, quel qu’ait été le prix, et les cours s’effondrèrent. A midi, l’indice Dow Jones avait perdu 22,6 %. A l’issue d’une réunion d’urgence, cinq des principaux banquiers de la place de New York déclarèrent: "Il y a eu une petite quantité de ventes à perte à la Bourse en raison de conditions techniques sur le marché. Le consensus de notre groupe est que la plupart des cotations de la Bourse ne représentent pas fidèlement la situation. La situation est susceptible de s’améliorer…"


(3.7/5 - 29 Votes)
- La fusion des bourses: l’intégration hasardeuse du capitalisme international Economie - 21-12-2006 - TSCF

stock exchangeLes bienfaits supposés du capital unique

Fusionner avec le NYSE va donner une plus grande visibilité aux entreprises cotées sur Euronext : les investisseurs anglo-saxons et asiatiques, qui connaissent la marque NYSE, seront plus sensibles à ces valeurs. La liquidité sur Euronext devrait aussi augmenter. Actuellement, très peu de membres du NYSE sont aussi membres d’Euronext, et réciproquement. Par ailleurs, Euronext et le NYSE partageant les mêmes outils informatiques de négociation, les arbitragistes pourront intervenir sur les deux marchés en parallèle. La présence accrue à Paris de ces acteurs importants va accroître, pour les investisseurs, les chances de trouver des contreparties au meilleur prix pour leurs offres de vente ou d’achat. Rester isolés nous fait courir le risque d’être marginalisés. Aujourd’hui, nous avons la chance de signer un accord à parité avec le NYSE. Si nous laissons passer cette opportunité, dans deux ou trois ans, des réseaux de Bourses globaux, implantés aux Etats-Unis, en Asie et en Europe seront apparus. Nous risquons aussi d’être concurrencés par des plates-formes alternatives mises en place par des banques. Il nous faut absolument atteindre une taille critique pour continuer à abaisser nos coûts et à attirer des clients, donc de la liquidité. (Euronext12 /2006)

Il est surprenant que la constitution d’une énorme entité boursière transatlantique soit justifiée par les protagonistes d’une façon entièrement plate et technique, comme s’il ne s’agissait que d’une entreprise comme les autres, avec ses marges, ses coûts, ses dividendes… par, aussi, le recours à l’habituelle rhétorique d’entreprise suivant laquelle "nous" sommes en guerre, il faut "grandir" et ne pas se laisser "marginaliser". On en sait pas beaucoup plus après avoir entendu cela qu’avant.

Il y a pourtant bien quelque part "quelqu’un" qui suppute, évalue, oriente, inspire et décide. Un intérêt qui cherche à s’étendre ou à se conforter. On peut penser que cette opération révèle un certain affolement du capitalisme français (c’est-à-dire d’un groupe de gens) qui lutte pour ses positions sans s’embarrasser de principes ni de projet de société.

La Bourse n’est pas une entreprise comme les autres. Elle contribue au financement des entreprises, et donc au fonctionnement de l’économie. Une fusion internationale d’acteurs de marchés ne se réduit pas à des économies de frais informatiques dans l’intérêt limité de leurs actionnaires. Elle comporte des conséquences potentielles de long terme pour toute l’économie et pour la société.

Et pourtant, il y a une atonie profonde de la réflexion et du débat sur ce sujet - tant dans les mondes économique et politique qu’académique. La plupart des entreprises cotées, très partagées, sont restées inertes. Les seules réactions politiques étaient en termes de patriotisme économique ou de camouflet à l’intégration étatique européenne. Quant aux économistes, ils ont généralement repris le discours pseudo-rationnel sur les avantages techniques de la fusion.

On peut toutefois penser que les conséquences à long terme de cette fusion ne seront pas que positives. Par exemple, le fait que les entreprises soient cotées sur un marché transatlantique unique pourrait favoriser une propagation encore plus rapide des risques économiques. Quelles que soient les précautions qui ont été prises, le modèle américain de comptabilité et de gouvernance deviendra probablement une référence encore plus influente. Or ce modèle est orienté sur la profitabilité à court terme, ce qui incite à des coupes dans l’emploi et l’investissement.

Cela handicaperait encore l’émergence d’un modèle de capitalisme social en Europe.


(3.4/5 - 23 Votes)
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