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- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (III) Economie, Société - 01-01-2010 - TSCF

La grande opportunité de la crise économique mondiale: nous débarrasser des Etats
 

Ne serait-ce pas une preuve de maturité politique que d’accepter de voir que depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie, comme il nous asphyxie d’ailleurs, et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction. (…) D’où ces idées qui fleurissent aujourd’hui, de plus en plus farfelues, et déconnectées du réel, telle que celle de mettre sous tutelle des pays normalement démocratiques et souverains (…). A une moindre échelle, quand tout allait de pis en pis, plusieurs pays européens avaient su au final quitter le Système Monétaire Européen au début des années 1990. Ces pays, tels l’Italie et le Royaume-Uni, vivement critiqués à l’époque pour ce choix, s’en étaient au final mieux sortis dans la crise, et avaient moins subi la poussée du chômage. Sortis de leur fièvre dogmatique, les économistes finiront par l’admettre, quelques années plus tard. On doit espérer qu’il se passe la même chose concernant l’euro. Il faut bien sûr envisager de mettre fin à la monnaie unique, sans tabou, et ces pays, les premiers touchés de manière aussi rude, doivent ouvrir la voie. Cela nécessite dans le contexte idéologique actuel beaucoup de courage, et un peu de tactique. A cet égard, une sortie groupée de la zone euro, qui verrait le même jour ces 5 pays annoncer leur désir de retrouver leur liberté monétaire, permettrait d’éviter un effet de stigmatisation trop fort, et pousserait même très certainement les marchés à « finir le travail », en jouant la fin d’un euro qui aurait prouvé qu’il n’est pas viable (Marianne2, 16/12/2009)

 
euro1(suite) 14. L’explosion du déficit des Etats

Dans de nombreux pays, le transfert du poids de la dette privée vers le secteur public a fait exploser les déficits des comptes gouvernementaux et des comptes sociaux. Les défaillances des gouvernements qui ne peuvent plus porter la dette se multiplient. D’après le niveau des CDS (Credit Default Swap), l’Islande est considérée comme en faillite, la Grèce en est très proche (comme l’ont montré les événements de Décembre 2009). La prime de risque des emprunts grecs est plus élevée que celle d’UBS, l’un des cancres mondiaux de la bulle immobilière américaine. Les primes de risques infligées à d’autres Etats (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) laissent tout simplement entendre qu’ils sont susceptibles de faire faillite. Pour restaurer la confiance, l’Irlande, particulièrement frappée par la crise immobilière, a accordé sa garantie à la totalité de l’épargne déposée dans les banques de l’île. Une promesse qui dépasse largement ses moyens. Avant la crise, la Grèce ou l’Italie avaient une dette déjà beaucoup trop lourde comparée à la taille de leur économie. Résultat, ces pays n’ont aujourd’hui plus aucune marge de manœuvre budgétaire. D’autant plus que leurs recettes fiscales sont appelées à fondre dans la sécheresse de la récession.  A terme rapproché, les finances des Etats britannique ou français pourraient être menacées.

Des bulles immobilières ont explosé ou sont sur le point d’exploser dans plusieurs pays. Et simultanément, les bulles de l’endettement de nombre d’Etats approchent de la rupture. L’affaire Dubai World de Décembre 2009, du nom du conglomérat émirati public en défaut de paiement, est sans doute annonciatrice d’autres défaillances souveraines. Au sein de la zone euro, il y a quatre pays du Sud dont la solvabilité inquiète: le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Les uns, méprisants, les appelaient les pays «Club Med», les autres leur ont donné un acronyme (PIGS) aussi peu sympathique que leurs finances sont prodigues. En Grèce, où les déficits s’accumulent année après année, la dette publique atteint 113% du produit intérieur brut alors que les critères de Maastricht fixaient à 60% le maximum autorisé, et le déficit dépasse 12% en 2009 et 2010! Dans les mesures «draconiennes» qu’il s’est engagé à prendre pourraient figurer un reformatage d’un système de retraites trop généreux, des hausses d’impôts, des coupes dans les dépenses de l’Etat, une lutte contre l’économie immergée, etc. Une radicale cure d’austérité pour retrouver du crédit. Et un plan de rigueur auquel n’échapperont pas d’autres Etats qui, eux aussi, ont trop facilement recours à l’endettement pour financer leur train de vie.

Aux Etats-Unis, le Président Obama combat l’ennemi avec des armes d’un autre temps: la planche à billets, dont les effets collatéraux placent les Etats-Unis tous les jours plus près de la menace du défaut de paiement! Les déficits publics US, qui devraient se situer autour de 9000 milliards de dollars ces dix prochaines années, n’autorisent effectivement quasiment plus aucune nouvelle levée substantielle de capitaux de la part de l’Etat américain dont la capacité de taxation a également atteint son point optimal du fait de la crise économique…Des études ayant ainsi démontré que la totalité des investisseurs Américains et étrangers se devant d’augmenter leurs placements en Bons du Trésor US de 200% afin de satisfaire aux besoins en capitaux de l’Etat fédéral Américain laissent en effet perplexes par rapport à la solvabilité des Etats-Unis d’Amérique … qui ne peuvent pas plus compter sur leurs propres contribuables qui devraient ainsi s’acquitter d’un impôt majoré de 61% si leur souhait était d’équilibrer le budget de leur pays! La Californie, 8ème puissance économique mondiale est en situation de faillite virtuelle. Son gouverneur menace de couper les programmes d’aide sociale s’il n’obtient 8 milliards de dollars d’aides du gouvernement fédéral. Près de 40 Etats américains pourraient être dans les deux ans dans l’incapacité de financer l’assurance chômage et auraient besoin de 90 milliards de prêts pour pouvoir continuer à la financer. 

euro115. La fiabilité douteuse des Etats

Contrairement à ce que pensent les investisseurs en général, les Etats ne sont pas des débiteurs fiables. Ils sont en effet juge et partie, et nul ne pourrait les contraindre, y compris devant leur propres tribunaux, à rembourser leur dette intégralement. Ils auraient tout pouvoir, le moment venu, pour prononcer un moratoire sur la dette, en reporter les dates d’échéance, en changer les taux, en invoquant l’intérêt national. La méthode la plus radicale de restructuration de la dette, employée par les monarques français, consistait à décapiter les créditeurs, mais elle ne serait plus applicable de nos jours. Une autre solution consistait à baisser la part des métaux précieux dans la composition des pièces de monnaie en circulation; l’équivalent moderne consiste à rembourser en monnaie de singe à travers une «dévaluation compétitive». C’est l’exercice périlleux auquel se livre actuellement Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, avec les créanciers chinois. La troisième solution est de répudier la dette comme le firent les Soviétiques en 1917. L’inconvénient majeur est de se couper de la communauté internationale. L’exemple de la Corée du Nord devrait faire réfléchir ceux qui seraient tentés par l’expérience. 

euro116. La possibilité d’une crise monétaire

Le dollar pourrait baisser profondément voire à terme s’effacer comme monnaie de réserve internationale. L’or, en contrepartie, pourrait continuer à monter sur les marchés internationaux car il deviendrait le seul étalon solide par comparaison avec une monnaie fiduciaire fictive.

En Europe, c’est l’euro qui est menacé. Dès avant la crise actuelle, l’économiste de la London School of Economics Charles Goodhart remarquait les évolutions extrêmement divergentes de compétitivité, coûts du travail et balances commerciales à l’intérieur de l’eurozone. Compte tenu de l’existence d’une monnaie unique et de la politique de la BCE concernant l’inflation, ces divergences ne pourraient être corrigées qu’en réduisant la croissance et le niveau de vie de pays comme l’Espagne ou l’Italie. Il y a donc fort à parier que certains Etats membres de l’Union Monétaire voteraient « non » si la décision de joindre l’euro devait être prise maintenant. Dès avant la crise actuelle, Goodhart estimait à 20% la probabilité d’un effondrement de l’Union Monétaire.

Les Allemands sont-ils d’accord pour faire les fins de mois du gouvernement grec, et peut-être demain régler la facture du "grand emprunt" sarkozyen? Curieusement, cette question essentielle n’avait pas été traitée lors de la création de l’euro. Or c’est l’existence même de l’Union Monétaire qui est en jeu. Conçue par beau temps, cette union a pu fonctionner durant ses premières années. Mais la situation présente nous ramène à la réalité. Le corset de la monnaie unique n’efface pas les différences entre les pays, il les exalte, surtout lorsqu’il n’y a pas de transferts budgétaires et de mobilité de la main-d’œuvre. Si l’on évite la crise monétaire à l’intérieur, elle portera sur l’euro lui-même.

Le retour à un SME renforcé permettrait d’éviter l’éclatement désordonné de la zone euro. Le Système monétaire européen (SME) a été lancé en mars 1979. C’était un système de parités stables mais ajustables avec des marges de fluctuations de 2,25% autour des parités centrales (jusqu’en août 1993), sauf pour certaines monnaies faibles qui bénéficiaient de marges de 6%. L’accord européen sur ce mécanisme de change était complété par la création de l’Ecu, qui était une unité monétaire composite constituée par un panier de montants déterminés de chaque monnaie communautaire, y compris celles qui ne participaient pas au mécanisme de change. Chaque monnaie avait donc un cours pivot en écu et un cours de marché. Des facilités de crédit étaient prévues pour défendre les parités au sein du SME. Tout en assurant une certaine intégration, le SME permettait des réajustements de parité.

euro117. Les perspectives: une crise prolongée et des opportunités de changement

Saisies immobilières en progression, risque de faillites de certains Etats, crash de l’immobilier commercial et CMBS liés, reset des prêts Alt-A et "option ARM", asphyxie du financement à court terme par les papiers commerciaux, crise des cartes de crédit, camouflage comptable des pertes bancaires, incapacité des banques de prêter aux particuliers et PME dans un environnement où le risque crédit grandit …la situation économique américaine et internationale n’est guère brillante malgré un redressement intervenu dans le milieu de 2009.

Cette crise conduira à une perte irréversible d’emplois dans certains secteurs (construction, finance, biens durables…), d’où un chômage durablement très élevé; à l’absence d’emplois nouveaux en quantité suffisante pour compenser les pertes d’emplois; à l’inefficacité des politiques de soutien de la croissance par l’exportation, avec la contraction du commerce mondial et, pour la zone euro, le risque d’appréciation de la devise puis d’implosion du système monétaire; à la disparition du modèle de soutien de l’activité par la hausse de l’endettement; au besoin de rééquilibrer les finances publiques par des politiques budgétaires restrictives; à l’accélération des délocalisations avec l’écart de croissance et de coûts de production entre les pays émergents et les pays de l’OCDE; à la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, avec le chômage élevé et les délocalisations. Des mouvements erratiques des actions, du pétrole et des matières premières sont à prévoir, avec une montée de l’or et une baisse du dollar (ce dernier a déjà perdu près de 20% de sa valeur depuis mars 2009).

Cette crise n’est pas seulement une crise économique mais aussi sociétale, identitaire et mentale. Car l’effondrement de la société de consommation ne restera pas sans conséquence sur les valeurs consuméristes, hédonistes et individualistes qui sont promues par le pouvoir depuis des décades et ont très largement contribué à provoquer cette crise. Des valeurs plus compassionnelles pourraient renaître face à la situation. Un certain nombre de projets du pouvoir présentés par lui comme intangibles, comme l’euro ou l’immigration, devront être remis en cause. Confrontée à des déficits grandissants, la bureaucratie étatique qui veut tout contrôler pourrait être placée en situation d’impuissance encore accrue, tandis que son expansion sans frein la rendra encore plus insupportable. En conséquence, la société civile pourrait être forcée d’entrer dans le processus qui lui permettra de réapprendre à s’organiser et finalement, connaître une nouvelle vitalité. 

 

 


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