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- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (I) Economie - 21-12-2009 - TSCF

De la crise immobilière à la crise de l’économie

Que nous apprend la crise financière? Deux choses. D’abord, qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Depuis des années, les revenus des actionnaires augmentent davantage que ceux des salariés. Que ce soit en Chine, aux Etats-Unis ou en Europe, le partage des richesses n’est pas équitable. Les entreprises ont été poussées, par les actionnaires, à gagner toujours davantage, sabrant dans les coûts, poussant les ventes, modérant les salaires. Pour faire tourner la machine, on a donc incité les ménages à s’endetter. Les Américains les plus faibles ont eu accès à des crédits qui se révèlent aujourd’hui explosifs. Et même chez nous, où on est traditionnellement plus prudents, les crédits à la consommation et les emprunts hypothécaires ont fameusement augmenté ces cinq dernières années. Ce modèle n’est pas durable. On ne peut forcer les consommateurs à s’endetter toujours plus sans augmenter réellement leur pouvoir d’achat. Les actionnaires (et le management de sociétés) doivent être moins goulus s’ils ne veulent pas casser la machine .L’autre leçon, c’est que les banques doivent repenser leur métier. Cette crise du crédit se double en effet d’une profonde crise financière. Son origine est la modification du modèle financier ces dernières années. Les banques ont abandonné leur rôle d’intermédiaires. Avant, elles accueillaient les dépôts des épargnants pour les reprêter aux entreprises qui investissent ou aux ménages qui consomment. Elles sont devenues aujourd’hui des entremetteuses, habillant ces crédits pour s’en débarrasser auprès d’autres investisseurs, allant même jusqu’à sponsoriser des sociétés et des fonds pour absorber ces produits bizarres et dangereux. Elles ont ignoré ce qui était la base de leur métier : comprendre et gérer les risques. Mais la réalité se venge. (Le Soir, mercredi 23 janvier 2008)

euro1Il est temps que nous exprimions notre avis sur situation créée par la crise économique mondiale. Il s’est dit beaucoup de choses sur cette crise dans les journaux et dans les blogs. Ceux qui avaient compris, avaient vu, avaient tout prévu, les alarmistes, les dépressifs, les millénaristes de tout poil qui agitent le spectre du calendrier Maya, les technocrates qui se veulent rassurants, les optimistes subventionnés entonnant des chants de sortie de crise… tous se sont déchaînés. Maintenant que la poussière retombe, nous ne sombrerons pas dans les mêmes travers, et présenterons seulement quelques réflexions sur l’évolution de cette crise et sur l’avenir de nos économies.  

euro11. Les débuts : Le 27 février 2007, la “petite” bourse de Shanghaï, qui ne représente que 2% de la capitalisation mondiale, avait dévissé de 9%, entraînant avec elle l’ensemble des places financières. En mars 2007, l’air froid est venu de Wall Street, alertée par la possibilité d’une grave crise immobilière aux Etats-Unis. Les conséquences du retournement du marché immobilier sont manifestes : une étude de l’Association des banquiers hypothécaires américains a en effet révélé qu’au quatrième trimestre 2006, les non-remboursements de prêts hypothécaires à haut risque ont atteint leur plus haut niveau depuis quatre ans. 13,33% des ménages les plus fragiles qui ont souscrit à des prêts à risque aux taux nettement supérieurs à la moyenne n’ont pas respecté les échéances. Une vingtaine d’organismes spécialisés dans ce type de prêts ont dû suspendre leur activité ou déposer leur bilan. La compagnie New Century, le numéro un américain des “subprime mortgages” est suspendue de la cote par le New York Stock Exchange. Les investisseurs craignent que cette crise atteigne les prêts conventionnels, affecte le système bancaire américain, puis l’économie mondiale. Sur les marchés boursiers, les investisseurs se mettent à liquider leurs positions en actions. Le 20 juin, la presse américaine révèle que deux fonds spéculatifs de la banque Bear Stearns sont en difficulté. En juillet 2007, les choses s’enveniment. De plus en plus d’actionnaires craignent une extension des problèmes liés aux crédits immobiliers à risque. Le 9 août 2007, BNP Paribas annonce le gel de trois de ses fonds de placement touchés par la crise du crédit immobilier aux Etats-Unis. La banque centrale européenne, avertie que la mécanique du marché du crédit bancaire est en train de s’enrayer dangereusement, décide alors d’injecter 95 milliards d’euros de liquidités sur les marchés. La crise a réellement commencé…La crise frappe durement le secteur bancaire et culmine à l’automne 2008 avec la faillite spectaculaire de Lehman Brothers, puis se calme progressivement sous l’action des banques centrales et des gouvernements, une action factuelle mais aussi une campagne psychologique décidée au G20 de Londres en avril 2009. On assiste au cours de 2009 à un rallye haussier des marchés financiers, substantiel en lui-même mais moins important quand on le rapporte aux niveaux atteints avant la crise, en 2007 et même en 2000. 

euro12. La politique de la FED: Après l’éclatement de la bulle technologique, en 2000, la Fed est venue en aide aux marchés en abaissant plusieurs fois ses taux directeurs. Elle a même accéléré ce mouvement après les attentats du 11 septembre 2001, pour faire face à la récession de l’économie américaine. C’est ainsi que le taux des fonds fédéraux des Etats-Unis est descendu jusqu’à 1 pc à peine en 2003. Ce faisant, elle a favorisé l’accès à la propriété, les taux des prêts hypothécaires suivant la tendance baissière. Mais la hausse du nombre d’acheteurs a provoqué un bond des prix de l’immobilier aux Etats-Unis, créant ainsi une nouvelle bulle financière. Entre-temps, la croissance économique américaine s’était redressée et les marchés étaient repartis à la hausse. A partir de l’été 2004, la Fed jugeait utile de relever ses taux directeurs afin de reconstituer une marge suffisante susceptible d’être à nouveau utilisée en cas de besoin. En dix-sept relèvements de 25 points de base, la Fed a porté ses taux à 5,25 pc en juin 2006, niveau maintenu jusqu’en septembre 2007.

euro1 3. La crise immobilière: Pour permettre aux ménages les plus fragiles à devenir propriétaires, et aussi empocher de très grosses commissions, les courtiers leur ont proposé, surtout à partir de 2003 et 2004, des crédits immobiliers spéciaux, baptisés "subprime loans" (par opposition aux prêts "prime", visant les emprunteurs en bonne santé financière). Ces crédits étaient consentis à des conditions incroyablement laxistes (peu ou pas d’apport personnel, une analyse superficielle des revenus, et remboursement du seul intérêt, voire même moins). Ces pratiques ont favorisé des taux records de dette immobilière en proportion du revenu des ménages. Environ 80% des prêts de ce type comportait des taux ajustables en fonction des taux de base. La Fed ayant relevé ses taux, les mensualités des prêts hypothécaires ont alors grimpé. Et les premiers défauts de paiement sont survenus. En même temps, les taux élevés ont tari la source d’acquéreurs de biens immobiliers. Les prix des maisons ont donc reculé de plus en plus. La bulle immobilière s’est ainsi dégonflée, provoquant un désastre sur le marché du "subprime" où les prêts n’étaient garantis que par une hypothèque sur les immeubles vendus, hypothèque qui perdait toute valeur compte tenu de la baisse profonde du marché immobilier.

euro14. La crise bancaire et la crise du crédit: Le montant total de ces subprimes représente la bagatelle de 1.200 milliards de dollars, soit 12 % du total des crédits immobiliers américains. Mais ces prêts pourris ont contaminé la totalité du marché du crédit mondial. Car les banques n’ont pas conservé ces subprimes dans leur portefeuille. Elles les ont titrisés, c’est-à-dire transformé en obligations, qui ont été mélangées à d’autres et revendues aux investisseurs dans le monde : des fonds, des compagnies d’assurance ou parfois aussi des sociétés spéciales sponsorisées par les banques. De sorte qu’aujourd’hui, on ne sait plus où le risque est logé, ce qui fait que tout le monde se méfie de tout le monde et les banques ne veulent plus faire de crédit. Plusieurs grandes banques avaient sorti de leur bilan des véhicules financiers exposés au "subprime", ceux-ci ayant dû être ensuite rapatriés face à l’ampleur de la crise. Mais ce nettoyage est progressif. En attendant, le doute s’est installé, les banques refusant de se prêter de l’argent entre elles, chacune craignant que la solvabilité de l’autre se dégrade à l’avenir. C’est ainsi que d’une crise limitée aux prêts hypothécaires, on est parvenu à une crise des crédits en général. Certaines grandes banques, comme Fortis, ont été confrontées à une crise de liquidités et par la suite acculées à la reprise ou à la faillite. La banque britannique Northern Rock a été contrainte de faire appel à la Banque d’Angleterre pour éviter le dépôt de bilan. Lehman Brothers a fait faillite le 15 septembre 2008. De nombreux établissements mineurs ont été liquidés. Par ailleurs, plusieurs grands noms de la finance ont du faire appel à des capitaux frais et à l’aide gouvernementale pour surmonter l’épreuve. 

euro15. La fin du boom de la consommation: Mais voilà que cette crise s’étend à l’ensemble de l’économie réelle. Les premières victimes du "subprime" sont tous ces Américains qui ont dû brader leurs maisons. Dans les années 2000 aux Etats-Unis, les taux d’épargne personnels étaient inférieurs à 2%. Les Américains préfèrent le crédit à l’épargne. Quand ils sont propriétaires et que la valeur de leur maison augmente, ils empruntent sur cette valeur pour consommer. Et ce mécanisme est extrêmement important. Certaines années, ce sont 800 milliards de dollars qui ont alimenté la consommation par ce biais. Or la consommation des ménages américains compte pour 70 % du produit intérieur brut des Etats-Unis. On comprend alors toute l’importance, pour l’économie américaine, d’avoir un marché immobilier en bonne santé. Du fait de la crise des subprimes, des centaines de milliers de ménages se sont retrouvés dans l’incapacité d’honorer le paiement de leur échéance mensuelle. Et quand les prêteurs ont décidé d’exercer leurs hypothèques en vendant les maisons, ils n’ont pas recouvré l’intégralité de leur mise. Ceci signifie que des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées non seulement sans maison mais aussi lourdement endettées. L’assèchement du crédit bancaire et le rétrécissement du portefeuille des ménages américains, conséquence de la baisse du prix de leur maison, ont freiné la consommation. Dans des pays comme les Etats-Unis, l’Espagne ou la Grande-Bretagne, les services financiers et la construction étaient ces dernières années responsables de plus de la moitié des créations d’emplois. La croissance et l’emploi dans ces pays a donc été directement touchée. La consommation a été freinée par l’explosion du chômage et par la prudence des consommateurs, qui recommencent à épargner: aux seuls Etats-Unis, la remontée des taux d’épargne représente des centaines de milliards de dollars soustraits à l’économie de consommation. Bizarrement, alors que cela aggrave le ralentissement économique, cela aide aussi à financer la bataille contre ledit ralentissement : en effet les épargnants achètent de la dette US (bien qu’indirectement) . En 2009,  les PIBs nationaux connaissaient une violente contraction, le chômage explosait, tandis que le commerce mondial chutait de près de 40% et l’investissement de 30%. (à suivre)


 


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