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- Le Louvre s’expose: la poudre aux yeux de l’Etat français Culture - 06-12-2006 - TSCF

fleur%20de%20lysMusées: le pouvoir français redore son blason

Les grands musées français ont de grandes ambitions aux frontières de la Belgique. Le centre Pompidou va construire un second musée à Metz et le Louvre fera de même à Lens. Chaque fois dans d’anciennes régions minières à deux pas de notre pays et, chaque fois avec de grands architectes japonais. Le centre Pompidou a choisi Shigeru Ban qui propose une grande voilure, comme une tente géante du troisième millénaire. Le musée de 35 millions d’euros devrait être inauguré en 2008.(…)

Kazuyo Sejima, 50 ans, et Ryue Nishizawa, 40 ans, sont tout de noir vêtus, comme à leur habitude. Ils ont acquis leur renommée par leurs projets, minimalistes d’apparence mais, technologiquement audacieux, intégrés à la nature, transparents et fluides, qui effacent la pesanteur et abolissent la hiérarchisation des espaces. Leur récent musée de Kanazawa fait déjà autorité. Ils ont aussi construit la boutique Dior à Tokyo et ont été choisis pour le New museum of contemporary art à New York.

A l’entrée du Civa, on découvre les plans du musée, les intentions de l’agence et une grande maquette du futur Louvre-Lens. Dans cette ville du Nord, marquée par son passé minier, on a dégagé une zone boisée à Lens même, avec, au milieu, un immense pré bordé d’arbres de tous côtés. "Nous devions construire un très grand bâtiment, expliquent les architectes, mais nous avons choisi de le faire en harmonie avec cette belle nature et avec les habitudes des promeneurs du coin. Comme dans notre musée de Karazawa, qu’on a appelé "le premier musée du 21e siècle", nous voulons faire un musée ouvert et multiplier les volumes pour éviter de surcharger le site". (…). Le musée se présente comme un grand parcours, une promenade au milieu de la nature, sur des sentiers de verre, au milieu d’une clairière, entre la nature et ses reflets, entre le réel et l’irréel. La médiation entre le visiteur et le musée sera primordiale tout au long du parcours. Ce musée de 100 millions d’euros, 17 000 m2 de surface utile, dont 7 700 m2 d’exposition, pourrait être achevé vers 2009. Les Japonais ont battu, lors d’un concours, Zaha Hadid, Steven Holl et Rudy Riciotti, entre autres.

Henri Loyrette a beaucoup de projets ambitieux pour son musée créé en 1793, en pleine révolution française. Il a défrayé la chronique ces derniers mois avec son accord de partenariat à long terme avec le musée d’Atlanta comprenant des prêts d’oeuvres chèrement payés par les Américains. On parle abondamment aussi du Louvre 2 qui serait bâti à Abu Dhabi, un projet pharaonique, mais il renvoie en touche quand on lui en parle : "C’est un projet politique du gouvernement français qui impliquerait plusieurs musées. À ce stade, cela ne nous concerne pas". Il préfère parler des trois grands projets qu’il mène en France. D’abord, le projet "Pyramides". L’architecte américano-chinois, Pei, avait fait sensation et débat e n créant une grande pyramide de verre devant le Louvre pour en faire l’accès au musée.

Mais ce projet conçu pour un musée de 4 millions de visiteurs l’an, ne tient plus quand il y en a 8 millions par an comme aujourd’hui. Henri Loyrette qui a soutenu Pei depuis le début, a demandé à l’architecte de réfléchir à une extension de la pyramide et à une révision de l’accueil au musée. "(…) Le second grand projet est celui des salles de l’Islam (présentées brièvement à l’expo du Civa). La cour Visconti au Louvre ne sera pas recouverte dans le projet primé de Rudy Riccioti, mais bien surmontée d’une grande tente. "C’est un objectif essentiel de présenter enfin nos riches collections sur l’Islam afin d’éclairer la face lumineuse de ces civilisations. Et nous avons fait pour cela un choix résolument contemporain". (Source: La lIbre 5/12/2006)

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On ne peut, a priori, que se féliciter que des musées s’épandent, que "la culture" soit ainsi mise à la disposition du public. Le pouvoir français le sait. Depuis toujours, il se présente comme le chantre de la culture et le centre d’un rayonnement international qui passe par elle. Il est étonnant, dès lors, que ce brio prétendu coexiste avec un processus dégénératif de la société et de l’économie, avec le laxisme moral, le relâchement du lien social, la régression de la langue et de l’écriture, la progression de l’illetrisme, la faiblesse de la création artistique et l’inexistence de l’innovation intellectuelle dans ce pays. Dans le cas de Lens, située dans ce Nord de la France marqué son manque d’ambition et d’ouverture internationale, par la reconstitution d’un vaste quart-monde et l’accumulation durable de problèmes sociaux, le paradoxe devient particulièrement flagrant…

C’est qu’il est commode d’ainsi tout justifier, de redorer le blason de l’ordre politique et économique, de faire oublier ses composantes autoritaires et bureaucratiques, de légitimer l’immigration de masse ou d’occulter la carence de la convivialité en faisant appel à un ordre immuable et supérieur de la pensée et la beauté. Si nous sommes ce que nous sommes, nous n’y pouvons rien. En haut lieu, il y a des principes que nous avons respectés, ce qui a été fait était ce qu’il fallait, et on y saurait rien changer. On peut aussi et accessoirement contribuer à l’éducation des masses attachées à leur identité culturelle grâce aux "salles consacrées à l’Islam".

A l’extérieur aussi, sur un plan international, il est important de faire croire au caractère démocratique et éclairé du régime. Cela permet au gouvernement français d’apparaitre comme une référence sur la scène internationale. Sans oublier que la "Maison France" utilise le patrimoine architectural et met en avant l’histoire pour exporter des produits alimentaires de prestige, pour faire croire à des millions de touristes qu’elle est la destination par excellence pour y dépenser ses devises, pour convaincre des étudiants étrangers qu’elle est un lieu d’apprentissage privilégié, des investisseurs qu’ils y trouveront un climat favorable pour leurs affaires, des électeurs qu’il existe un "bonheur d’être français".

Elle a pour l’heure réussi à propager cette image, même si des observateurs aperçoivent l’importance de la crise sociale, même si des voyageurs mettent en cause la qualité de l’accueil, le niveau abusif des prix, l’incapacité des habitants à parler l’anglais, même si des étrangers qui ont choisi la France sur la base d’une illusion répandue prennent aujourd’hui la mesure de leur erreur.

Pour poursuivre cette politique d’auto-légitimation, l’Etat français est prêt à investir des budgets gigantesques malgré un contexte de déficit public. A s’assurer les services des meilleurs spécialistes du design et de l’architecture. Rien n’est trop beau pour asseoir sa légitimité; s’il dispose du renfort de la culture, peut annexer le passé et s’adjoint l’art contemporain, c’est qu’assurément il incarne un ordre respectable, juste et raisonnable, dont on ne saurait mettre en doute les fondements ultimes.

Mais le prestige d’Etat assis sur de grandes réalisations architecturales n’a-t-il pas toujours été l’expression d’ambitions impériales?


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