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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (III) Economie, Société - 01-01-2010 - TSCF

La grande opportunité de la crise économique mondiale: nous débarrasser des Etats
 

Ne serait-ce pas une preuve de maturité politique que d’accepter de voir que depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie, comme il nous asphyxie d’ailleurs, et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction. (…) D’où ces idées qui fleurissent aujourd’hui, de plus en plus farfelues, et déconnectées du réel, telle que celle de mettre sous tutelle des pays normalement démocratiques et souverains (…). A une moindre échelle, quand tout allait de pis en pis, plusieurs pays européens avaient su au final quitter le Système Monétaire Européen au début des années 1990. Ces pays, tels l’Italie et le Royaume-Uni, vivement critiqués à l’époque pour ce choix, s’en étaient au final mieux sortis dans la crise, et avaient moins subi la poussée du chômage. Sortis de leur fièvre dogmatique, les économistes finiront par l’admettre, quelques années plus tard. On doit espérer qu’il se passe la même chose concernant l’euro. Il faut bien sûr envisager de mettre fin à la monnaie unique, sans tabou, et ces pays, les premiers touchés de manière aussi rude, doivent ouvrir la voie. Cela nécessite dans le contexte idéologique actuel beaucoup de courage, et un peu de tactique. A cet égard, une sortie groupée de la zone euro, qui verrait le même jour ces 5 pays annoncer leur désir de retrouver leur liberté monétaire, permettrait d’éviter un effet de stigmatisation trop fort, et pousserait même très certainement les marchés à « finir le travail », en jouant la fin d’un euro qui aurait prouvé qu’il n’est pas viable (Marianne2, 16/12/2009)

 
euro1(suite) 14. L’explosion du déficit des Etats

Dans de nombreux pays, le transfert du poids de la dette privée vers le secteur public a fait exploser les déficits des comptes gouvernementaux et des comptes sociaux. Les défaillances des gouvernements qui ne peuvent plus porter la dette se multiplient. D’après le niveau des CDS (Credit Default Swap), l’Islande est considérée comme en faillite, la Grèce en est très proche (comme l’ont montré les événements de Décembre 2009). La prime de risque des emprunts grecs est plus élevée que celle d’UBS, l’un des cancres mondiaux de la bulle immobilière américaine. Les primes de risques infligées à d’autres Etats (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) laissent tout simplement entendre qu’ils sont susceptibles de faire faillite. Pour restaurer la confiance, l’Irlande, particulièrement frappée par la crise immobilière, a accordé sa garantie à la totalité de l’épargne déposée dans les banques de l’île. Une promesse qui dépasse largement ses moyens. Avant la crise, la Grèce ou l’Italie avaient une dette déjà beaucoup trop lourde comparée à la taille de leur économie. Résultat, ces pays n’ont aujourd’hui plus aucune marge de manœuvre budgétaire. D’autant plus que leurs recettes fiscales sont appelées à fondre dans la sécheresse de la récession.  A terme rapproché, les finances des Etats britannique ou français pourraient être menacées.

Des bulles immobilières ont explosé ou sont sur le point d’exploser dans plusieurs pays. Et simultanément, les bulles de l’endettement de nombre d’Etats approchent de la rupture. L’affaire Dubai World de Décembre 2009, du nom du conglomérat émirati public en défaut de paiement, est sans doute annonciatrice d’autres défaillances souveraines. Au sein de la zone euro, il y a quatre pays du Sud dont la solvabilité inquiète: le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Les uns, méprisants, les appelaient les pays «Club Med», les autres leur ont donné un acronyme (PIGS) aussi peu sympathique que leurs finances sont prodigues. En Grèce, où les déficits s’accumulent année après année, la dette publique atteint 113% du produit intérieur brut alors que les critères de Maastricht fixaient à 60% le maximum autorisé, et le déficit dépasse 12% en 2009 et 2010! Dans les mesures «draconiennes» qu’il s’est engagé à prendre pourraient figurer un reformatage d’un système de retraites trop généreux, des hausses d’impôts, des coupes dans les dépenses de l’Etat, une lutte contre l’économie immergée, etc. Une radicale cure d’austérité pour retrouver du crédit. Et un plan de rigueur auquel n’échapperont pas d’autres Etats qui, eux aussi, ont trop facilement recours à l’endettement pour financer leur train de vie.

Aux Etats-Unis, le Président Obama combat l’ennemi avec des armes d’un autre temps: la planche à billets, dont les effets collatéraux placent les Etats-Unis tous les jours plus près de la menace du défaut de paiement! Les déficits publics US, qui devraient se situer autour de 9000 milliards de dollars ces dix prochaines années, n’autorisent effectivement quasiment plus aucune nouvelle levée substantielle de capitaux de la part de l’Etat américain dont la capacité de taxation a également atteint son point optimal du fait de la crise économique…Des études ayant ainsi démontré que la totalité des investisseurs Américains et étrangers se devant d’augmenter leurs placements en Bons du Trésor US de 200% afin de satisfaire aux besoins en capitaux de l’Etat fédéral Américain laissent en effet perplexes par rapport à la solvabilité des Etats-Unis d’Amérique … qui ne peuvent pas plus compter sur leurs propres contribuables qui devraient ainsi s’acquitter d’un impôt majoré de 61% si leur souhait était d’équilibrer le budget de leur pays! La Californie, 8ème puissance économique mondiale est en situation de faillite virtuelle. Son gouverneur menace de couper les programmes d’aide sociale s’il n’obtient 8 milliards de dollars d’aides du gouvernement fédéral. Près de 40 Etats américains pourraient être dans les deux ans dans l’incapacité de financer l’assurance chômage et auraient besoin de 90 milliards de prêts pour pouvoir continuer à la financer. 

euro115. La fiabilité douteuse des Etats

Contrairement à ce que pensent les investisseurs en général, les Etats ne sont pas des débiteurs fiables. Ils sont en effet juge et partie, et nul ne pourrait les contraindre, y compris devant leur propres tribunaux, à rembourser leur dette intégralement. Ils auraient tout pouvoir, le moment venu, pour prononcer un moratoire sur la dette, en reporter les dates d’échéance, en changer les taux, en invoquant l’intérêt national. La méthode la plus radicale de restructuration de la dette, employée par les monarques français, consistait à décapiter les créditeurs, mais elle ne serait plus applicable de nos jours. Une autre solution consistait à baisser la part des métaux précieux dans la composition des pièces de monnaie en circulation; l’équivalent moderne consiste à rembourser en monnaie de singe à travers une «dévaluation compétitive». C’est l’exercice périlleux auquel se livre actuellement Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, avec les créanciers chinois. La troisième solution est de répudier la dette comme le firent les Soviétiques en 1917. L’inconvénient majeur est de se couper de la communauté internationale. L’exemple de la Corée du Nord devrait faire réfléchir ceux qui seraient tentés par l’expérience. 

euro116. La possibilité d’une crise monétaire

Le dollar pourrait baisser profondément voire à terme s’effacer comme monnaie de réserve internationale. L’or, en contrepartie, pourrait continuer à monter sur les marchés internationaux car il deviendrait le seul étalon solide par comparaison avec une monnaie fiduciaire fictive.

En Europe, c’est l’euro qui est menacé. Dès avant la crise actuelle, l’économiste de la London School of Economics Charles Goodhart remarquait les évolutions extrêmement divergentes de compétitivité, coûts du travail et balances commerciales à l’intérieur de l’eurozone. Compte tenu de l’existence d’une monnaie unique et de la politique de la BCE concernant l’inflation, ces divergences ne pourraient être corrigées qu’en réduisant la croissance et le niveau de vie de pays comme l’Espagne ou l’Italie. Il y a donc fort à parier que certains Etats membres de l’Union Monétaire voteraient « non » si la décision de joindre l’euro devait être prise maintenant. Dès avant la crise actuelle, Goodhart estimait à 20% la probabilité d’un effondrement de l’Union Monétaire.

Les Allemands sont-ils d’accord pour faire les fins de mois du gouvernement grec, et peut-être demain régler la facture du "grand emprunt" sarkozyen? Curieusement, cette question essentielle n’avait pas été traitée lors de la création de l’euro. Or c’est l’existence même de l’Union Monétaire qui est en jeu. Conçue par beau temps, cette union a pu fonctionner durant ses premières années. Mais la situation présente nous ramène à la réalité. Le corset de la monnaie unique n’efface pas les différences entre les pays, il les exalte, surtout lorsqu’il n’y a pas de transferts budgétaires et de mobilité de la main-d’œuvre. Si l’on évite la crise monétaire à l’intérieur, elle portera sur l’euro lui-même.

Le retour à un SME renforcé permettrait d’éviter l’éclatement désordonné de la zone euro. Le Système monétaire européen (SME) a été lancé en mars 1979. C’était un système de parités stables mais ajustables avec des marges de fluctuations de 2,25% autour des parités centrales (jusqu’en août 1993), sauf pour certaines monnaies faibles qui bénéficiaient de marges de 6%. L’accord européen sur ce mécanisme de change était complété par la création de l’Ecu, qui était une unité monétaire composite constituée par un panier de montants déterminés de chaque monnaie communautaire, y compris celles qui ne participaient pas au mécanisme de change. Chaque monnaie avait donc un cours pivot en écu et un cours de marché. Des facilités de crédit étaient prévues pour défendre les parités au sein du SME. Tout en assurant une certaine intégration, le SME permettait des réajustements de parité.

euro117. Les perspectives: une crise prolongée et des opportunités de changement

Saisies immobilières en progression, risque de faillites de certains Etats, crash de l’immobilier commercial et CMBS liés, reset des prêts Alt-A et "option ARM", asphyxie du financement à court terme par les papiers commerciaux, crise des cartes de crédit, camouflage comptable des pertes bancaires, incapacité des banques de prêter aux particuliers et PME dans un environnement où le risque crédit grandit …la situation économique américaine et internationale n’est guère brillante malgré un redressement intervenu dans le milieu de 2009.

Cette crise conduira à une perte irréversible d’emplois dans certains secteurs (construction, finance, biens durables…), d’où un chômage durablement très élevé; à l’absence d’emplois nouveaux en quantité suffisante pour compenser les pertes d’emplois; à l’inefficacité des politiques de soutien de la croissance par l’exportation, avec la contraction du commerce mondial et, pour la zone euro, le risque d’appréciation de la devise puis d’implosion du système monétaire; à la disparition du modèle de soutien de l’activité par la hausse de l’endettement; au besoin de rééquilibrer les finances publiques par des politiques budgétaires restrictives; à l’accélération des délocalisations avec l’écart de croissance et de coûts de production entre les pays émergents et les pays de l’OCDE; à la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, avec le chômage élevé et les délocalisations. Des mouvements erratiques des actions, du pétrole et des matières premières sont à prévoir, avec une montée de l’or et une baisse du dollar (ce dernier a déjà perdu près de 20% de sa valeur depuis mars 2009).

Cette crise n’est pas seulement une crise économique mais aussi sociétale, identitaire et mentale. Car l’effondrement de la société de consommation ne restera pas sans conséquence sur les valeurs consuméristes, hédonistes et individualistes qui sont promues par le pouvoir depuis des décades et ont très largement contribué à provoquer cette crise. Des valeurs plus compassionnelles pourraient renaître face à la situation. Un certain nombre de projets du pouvoir présentés par lui comme intangibles, comme l’euro ou l’immigration, devront être remis en cause. Confrontée à des déficits grandissants, la bureaucratie étatique qui veut tout contrôler pourrait être placée en situation d’impuissance encore accrue, tandis que son expansion sans frein la rendra encore plus insupportable. En conséquence, la société civile pourrait être forcée d’entrer dans le processus qui lui permettra de réapprendre à s’organiser et finalement, connaître une nouvelle vitalité. 

 

 


(5/5 - 18 Votes)
- Conférence sur le climat: l’implication des ONGs Environnement, Société - 08-12-2009 - TSCF

connLa société civile lâche ses militants dans la bataille
 

La Conférence de Copenhague sur le climat, combien de participants? Les organisateurs de l’événement, ONU et autorités danoises confondues, n’en avaient aucune idée dimanche en fin d’après-midi, à quelques heures de la cérémonie d’inauguration. Leurs services d’information respectifs se contentaient de répéter que le complexe où doit se tenir la rencontre du 7 au 18 décembre, le Bella Center, peut contenir 15 000 personnes au maximum mais que l’affluence s’annonce sensiblement supérieure au vu du nombre des inscrits: 32 000… Combien de ces derniers viendront? Et s’ils viennent tous, où se tiendront-ils? Mystère. «Ce sera comme dans une discothèque, ose une attachée de presse. Ça va beaucoup entrer et sortir.». Le chiffre global de participation n’est pas la seule inconnue. Personne ne pouvait dire encore dimanche combien d’officiels seraient là pour représenter les 192  Etats du monde parties au processus. Un fait paraissait toutefois certain: les diplomates seront moins nombreux que les «observateurs», soit les délégués des organisations non gouvernementales, des universités, des Eglises, etc., qu’une rumeur persistante estimait à 19?000. S’il fallait une dernière preuve de l’importance de l’événement, cet extraordinaire afflux de «citoyens ordinaires» vient l’apporter. Après avoir été longtemps l’affaire des seuls scientifiques, le réchauffement a commencé à intéresser les politiques à la fin des années 1980. Aujourd’hui, à l’occasion de cette 15e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, un troisième acteur s’impose avec force: la société civile. C’est que de plus en plus de gens prennent la mesure du phénomène depuis que la communauté des climatologues, représentée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques (GIEC), s’est déclarée pratiquement sûre de la réalité du réchauffement et de la responsabilité humaine. Et nombre de citoyens, regroupés dans des centaines d’ONG, veulent éviter de laisser les gouvernements affronter seuls le problème. Un problème qui, à leurs yeux, conduit le monde à la catastrophe et doit être empoigné avec la plus grande vigueur. Il est des circonstances, pensent-ils, et le réchauffement en est une, où la politique s’avère une affaire trop sérieuse pour être laissée aux politiciens. (Le Temps, lundi 7 décembre 2009)
 

climate change 3Ainsi, nous dit-on, des centaines d’organisations non-gouvernementales ont afflué dans la capitale danoise pour opposer au lobby des énergies fossiles un «lobby des citoyens». Pas question pour elles de laisser les politiques libres de tergiverser. C’est plutôt un bienfait, car le concept de cette conférence est très bureaucratique: organisée par l’ONU - une organisation parfaitement gouvernementale qui réunit des Etats, censés représenter leurs pays respectifs - elle prévoit d’abord une rencontre des experts et des fonctionnaires spécialisés, puis des chefs d’Etat et de gouvernement. On peut se demander comment les seconds vont utiliser le travail des premiers, puisque ils auront à peine eu le temps d’en prendre connaissance. Des voix qualifiées se sont d’ailleurs déjà élevées pour dire qu’une absence d’accord serait préférable à un résultat alambiqué dont l’interprétation prendrait des années. Ce genre de grande messe ne contient pas de dynamique de groupe, car il y a trop de monde impliqué pour qu’une véritable interaction puisse se produire. Il faut donc croire que les dés sont pipés et que les décisions sont déjà prises par ailleurs.  Et que si elles ne l’ont pas été, les risques d’échec sont grands. Chaque fois que les gouvernements se réunissent (conférence sur le climat, G20, « sommets » européens…), la société civile tend à intervenir, et, en l’espèce, cette intervention prend un caractère massif. Cette mobilisation va dans le bon sens et change aussi de forme: de la manifestation à la participation. Cependant, le lobbyisme citoyen (pression sur les gouvernements) est insuffisant. La participation directe et effective aux décisions, sous une forme à déterminer, aussi peu bureaucratique et institutionnalisée que possible, permettrait d’aller plus loin. De même, au quotidien, il ne faut pas tout attendre des gouvernements. C’est par des choix individuels ou familiaux de consommation, de recyclage et d’investissement que seront effectués les plus grands progrès.  Vous pouvez faire quelque chose: choisir une énergie verte, consommer des produits bios, réclamer à vos fournisseurs des produits organiques et des procédés respectueux de l’environnement.  En l’espèce, le marché a des chances d’être plus fort que l’Etat…

 


(4.2/5 - 25 Votes)
- Les Etats voleurs d’impôts: le futur de la flat tax Economie, Société - 09-11-2009 - TSCF

La Flat Tax, fer de lance de la nécessaire réforme fiscale?

Par opposition à l’impôt progressif, la "flat tax" est proportionnelle, c’est-à-dire qu’elle applique un même taux d’imposition à tous les revenus imposables. Elle met ainsi fin à toutes les discriminations par revenu, groupement ou composition du foyer fiscal. La flat tax est un sujet de discussion quotidien aux Etats-Unis, notamment pour simplifier le vieux code fiscal actuel; elle est déjà entrée en vigueur dans des pays comme la Russie, l’Estonie ou encore la Slovaquie. Le débat oppose, d’un côté, les défenseurs du principe, qui expliquent qu’un homme qui travaille (et qui donc gagne peut-être) dix fois plus que son voisin n’a pas à endosser un taux d’imposition plus élevé, d’autant plus qu’il paiera déjà dix fois plus d’impôts avec la flat tax. A l’inverse, les détracteurs du principe pensent que les classes moyennes et pauvres ne devraient pas subir un taux d’imposition aussi lourd que les revenus les plus élevés. 11/05/2009, IREF

La Flat Tax dont le projet est présenté par Robert E. Hall et Alvin Rabuschka est un impôt à taux unique consistant à imposer de manière proportionnelle tous les contribuables, individus comme entreprises, indépendamment de
la provenance de leurs revenus ou de leur hauteur. La déclaration fiscale tiendrait sur une carte postale.

Les deux auteurs, professeurs à l’Université Stanford et chercheurs à la Fondation Hoover, font partir leur démonstration de plusieurs constats. Premièrement, tel qu’il existe aujourd’hui, l’impôt fédéral américain sur le revenu est un désastre complet car il est inefficace, inéquitable, complexe et incompréhensible. Il encourage l’évasion et la fraude fiscales. L’impôt fédéral que Jimmy Carter avait nommé « une honte pour la race humaine » est d’une complexité qui tient en plus de 6 000 pages réunis dans le Code des Impôts de l’IRS (l’équivalent de notre DGI). Le fisc américain délivre chaque année plus de 500 formulaires fiscaux avec des explications pour les contribuables. Trois maisons d’éditions sont mises à contribution tous les ans pour éditer toute cette paperasserie.Environ 10 milliards de pages sont donc envoyées tous les ans aux contribuables américains.

Les coûts de la collecte de cet impôt sont extrêmement élevés car on les estime à environ 65 % des montants prélevés soit 400 milliards de dollars. Il s’agit là des coûts directs. Mais les contribuables – individus et entreprises – passent beaucoup de temps à remplir les formulaires : 46 heures (deux jours) en moyenne. Ce coût est difficilement quantifiable mais les auteurs l’estiment à plus de 100 Mds de dollars par an (cela inclut aussi les dépenses englouties par les conseillers fiscaux). A cela s’ajoutent la fraude fiscale et l’évitement fiscal (les niches fiscales) nourris par l’incroyable complexité de l’impôt. On estime à plus de 18 % le montant de l’impôt dû par les contribuables et non collecté par le fisc.

taxesAux Etats-Unis, les niches fiscales sont extrêmement nombreuses. Certaines sont très utiles et contribuent à l’épanouissement de l’économie et de la société civile américaine : les déductions pour les fondations, les think tanks, les charities, les Universités, les hôpitaux, etc… Mais beaucoup d’exemptions fiscales sont complètement farfelues et leur coût est estimé à 250 Mds de dollars. Des milliers de formulaires et de réglementations disparaîtront grâce à cet impôt à taux unique. Ils seront remplacés par deux formulaires de la taille d’une carte postale.Les auteurs montrent très clairement que la « flat tax » est aussi l’impôt le plus équitable car il touche toutes les personnes mais les plus riches paieront plus d’impôt que les moins riches. Enfin, la « flat tax » serait un excellent outil au service de la croissance économique. Et aussi au service de l’Etat. Tous les pays – plus d’une vingtaine dans le monde – qui l’ont mise en place ont vu leurs recettes fiscales augmenter.

Cette démonstration accablante va dans le sens de nos thèses. Le seul impôt valable serait un impôt unique, forfaitaire, direct, transparent et contrôlable. Si cet impôt est en pourcentage il n’avantagerait pas les riches. La question est de savoir si la TVA serait démantelée. Et si les ressources de l’impôt seraient ouvertes aux organisations de la société civile. 

Toute autre forme d’imposition est nécessairement inintelligente puisque elle cherche à infléchir les comportements des acteurs sociaux sans rien savoir de ce qui détermine lesdits comportements. Le plus souvent, les règles complexes mises en place par les politiciens et les bureaucrates se contredisent ou s’annulent réciproquement ou bien sont tournées par les acteurs.

Quant aux dépenses, le revenu de l’impôt devrait être ouvert à toutes les organisations poursuivant le bien commun dans le cadre d’un développement de la société civile, et non être réservé au seul Etat. On peut très bien envisager une réduction des dépenses de cet Etat via la privatisation ou sociétalisation de nombre de ses fonctions, y compris régaliennes, et on peut beaucoup mieux gérer les services de l’Etat, de façon à produire de meilleurs services avec moins de moyens.


(4.2/5 - 31 Votes)
- Folie orange aux Pays-Bas: la vengeance des particules élementaires Société - 04-05-2009 - TSCF

La vengeance des particules élémentaires 

Karst S. conduisait la voiture qui avait foncé jeudi sur la foule réunie à Apeldoorn (centre de Pays-Bas) dans le but, avoué à la police juste après l’incident, d’atteindre la famille royale, faisant 7 morts et onze blessés. A bord d’une voiture noire, l’homme avait forcé deux barrages, puis foncé dans la foule pour atteindre le convoi de la maison royale, qui défilait dans un bus à toit ouvert. Il s’était embouti dans le socle d’un monument à quelques mètres du bus, sous les yeux de notamment la reine Beatrix, le prince héritier Willem-Alexander et sa femme Maxima. (…) Pendant quelques heures, cet acte criminel, qui a causé la mort de sept personnes, fut perçu comme une attaque délibérée contre la monarchie. Nos voisins du Nord fêtaient leur Reine. Un ciment. Un symbole. Mais au fur et à mesure que les informations filtrèrent, il est apparu que ce sinistre événement était plutôt le reflet d’un désespoir noir. Un agent de sécurité de 38 ans a perdu son boulot. Se retrouve incapable de payer son loyer – 580 euros. il vit seul, aussi. Ce serait l’histoire banale d’un mal-être, le récit terrible d’une folie subite. Nous y voilà. La crise financière et économique que nous traversons, avec son cortège de mauvaises nouvelles et de destinées brisées, s’apparente à une guerre. Elle broie des vies. Elle désarçonne des âmes fragiles. Il y a effectivement de quoi désespérer. Sauf si l’on inverse les paramètres. Le désespoir et la morosité révèlent le chemin à parcourir pour changer le monde. De telles images insoutenables doivent générer plus que de la révolte : la conviction que ce monde doit changer, que des valeurs solidaires doivent revoir le jour. (Le Soir 02/04/2009) 

Plusieurs cas récents, aux Etats-unis, en Allemagne, en Belgique, et maintenant aux Pays-Bas, viennent mettre en évidence la dure réalité d’une crise qui n’est pas finie. Le chômage va croître. Un scénario « à la japonaise » n’est pas exclu, avec une économie battant de l’aile durant une décennie. 

Mais la crise économique n’est ici qu’un révélateur. Ce que ces évènements nous rappellent, au-delà de la précarité économique, c’est la fragilité du lien social. Comme bien souvent, ces actes de violence sont perpétrés par un homme seul et réservé, dont le mal de vivre ne peut être partagé avec personne. Il n’existe à sa souffrance aucun exutoire: ni lieu d’expression, ni valeurs partagées, ni support social, ni personne disponible pour les relativiser et leur donner un sens. L’homme est bien souvent rangé, bien intentionné et plutôt structuré. Rien n’est visible dans son comportement extérieur. Il joue le jeu du système, mais ce dernier ne renvoie pas l’ascenseur. Le pouvoir étatique parle de tout, sauf de l’essentiel. Il écoute toutes les revendications, sauf celles de ces atomes désemparés.

Dès lors, le seul mode d’expression possible du mal-être devient la violence, dirigées vers "les autres", si indifférents et égocentriques, sur un campus, dans une crèche ou dans une école - des incarnations, peut-être, de l’intégration sociale et du bonheur familial. Ou encore, elle frappe ceux qui, à l’occasion d’un défilé ou d’une cérémonie, incarnent un ordre établi qui manque à ses devoirs. Dans sa folie, cette ultime preuve d’existence a sa dignité.

L’existence de "systèmes de protection sociale"  ne palliera pas un tel phénomène. En fait, ces systèmes sont exclusivement économiques. Ils ne font que redistribuer des ressources monétaires. Or certaines recherches, autour de l’intéressante hypothèse du "crowding out", suggèrent que, loin de renforcer ou préserver le lien social, ils en accélèrent plutôt la péremption au fond. Il n’y a pas, en réalité, de "protection sociale". Pour que le bien-être de la population s’accroisse à nouveau, et que ce type de violences disparaisse, il faudrait relier entre elles les énergies individuelles en créant des espaces de parole et de partage, et renoncer aux valeurs individualistes diffusées par l’actuel pouvoir.


(3.9/5 - 32 Votes)
- Valeurs et Religion: la nouvelle spiritualité Société, Spiritualité - 20-04-2009 - TSCF

 

 Vers une conscience spirituelle diffuse ?

La Suisse est un véritable laboratoire religieux. La plupart des religions du monde y sont représentées. Aujourd’hui, le pays compte 491 groupes religieux. Une formidable diversité, qui recèle des risques, mais aussi des chances. Dans un livre qui va paraître prochainement, une vingtaine de chercheurs exposent les enjeux – politiques, culturels, sociaux, juridiques, médiatiques, etc. - de cette pluralité.

Par exemple, celle de l’islam. Dans l’esprit du public, les musulmans forment une communauté monolithique. Or, il n’en est rien. «Les musulmans de Suisse n’affichent aucune unité culturelle, ethnique ou linguistique», remarquent les auteurs. Ce sont les attentats contre les tours du World Trade Center en 2001 qui ont mis en valeur l’appartenance religieuse des membres de ces différentes communautés. Pourtant, selon les auteurs, «c’est surtout le sentiment d’appartenance à une ethnie qui forge leur identité». Malgré leur diversité, les communautés musulmanes de Suisse ont cependant des revendications communes (port du voile à l’école, constructions de minarets, etc.) qui entraînent des craintes et même des conflits. «L’acceptation et l’intégration de l’islam au sein de la société suisse ne sont pas encore acquises», soulignent les chercheurs.

Les problématiques liées à l’islam ont d’ailleurs totalement éclipsé l’intérêt porté aux sectes. Les «nouvelles communautés religieuses» (NCR), comme les appellent les auteurs, ont fait beaucoup parler d’elles au moment des crimes commis au sein de l’Ordre du Temple solaire. Depuis, le débat soulevé par ces communautés, dont le nombre est incertain (100 à 200) et qui représentent environ 1,5% de la population, s’est fortement essoufflé. De plus, «nombreuses sont les NCR qui observent une stagnation, voire un recul, du nombre de leurs membres, constatent les auteurs. Cette évolution provient notamment des désaffiliations, du faible nombre de naissances ou de l’échec de la socialisation à l’intérieur des communautés.

Cependant, les Suisses manifestent un intérêt croissant pour la religiosité non organisée et les spiritualités ésotériques et alternatives. Ainsi, 33% d’entre eux croient à la réincarnation, 35 à 45% approuvent le parareligieux, comme les croyances aux guérisons miraculeuses, aux porte-bonheur, à la prédiction de l’avenir, 30% considèrent le spiritisme comme vraisemblable, et 30% croient à l’existence des extraterrestres. «L’idée ésotérique selon laquelle il existe une source et une vérité sous-jacente communes à toutes les religions est soutenue, du moins indirectement, par 52,8% des Suisses», remarquent les chercheurs.  (Le Temps 11/04/ 2009).

Le fait que ces chercheurs écrivent que l’acceptation et l’intégration de l’islam au sein d’une société occidentale ne sont pas ENCORE acquises est sans doute un tribut qu’ils payent au maître qui les paye. La soit-disant "perception monolithique des musulmans" est un faux problème. En les désignant ainsi les gens ne font qu’user d’une appellation commode pour exprimer un problème qu’ils ressentent et qu’ils constatent. Ce problème concerne un groupe ethnique plus que religieux . Cela n’empêche pas que ce groupe puisse être diversifié ni qu’il puisse avoir des contours mouvants.

Les chiffres relatifs aux sectes doivent être pris avec prudence, car les "observations" faites par les sectes sur elles-mêmes sont très peu fiables, sans parler de l’utilisation confuse du mot "communauté" - dont le Pouvoir a tout intérêt à brouiller le sens. Il est peu plausible que 33% des Suisses croient fermement en la réincarnation – peut-être tout au plus en acceptent-ils l’idée dans son principe. Il est inapproprié de désigner la nouvelle spiritualité du nom d’"ésoterisme"  - qui soit désigne un courant religieux historiquement précis, soit dénote quelque chose d’hermétique et de caché, alors que ce n’est pas de cela qu’il s’agit. La nouvelle spiritualité s’appelle tout simplement spiritualité. La prédiction de l’avenir n’est pas une pratique ou croyance de type religieux. On ne sait rien du déclin futur "inéluctable" des Eglises. Bref, une fois de plus… indépendance d’esprit, clarté conceptuelle et absence de préjugés ne semblent pas les premières caractéristiques des chercheurs en sciences sociales.

Si cette recherche ne semble pas pouvoir nous apprendre grand-chose, elle nous rappelle, néanmoins, la force du renouveau spirituel dans les sociétés occidentales. Les notions et les démarches de la spiritualité - certaines associées à des processus thérapeutiques, d’autres non - se répandent et entrent dans les mœurs. On assiste aussi à certain retour de la religion en politique. Cela a pu être le cas à propos d’Al-Khaïda et la soit-disant "guerre contre le terrorisme", mais aussi avec des réinterprétations récentes de la laïcité étatique en France.  Au vide spirituel qui résulte des valeurs du Pouvoir – matérialisme économique, hédonisme, individualisme, consumérisme – s’opposent de nouvelles et puissantes aspirations. Nous sommes aujourd’hui loin de la mort de Dieu annoncée dans le contexte de la laïcisation européenne au XIXème siècle.


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