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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (IV) Economie, Politique - 01-07-2010 - TSCF

 

L’euro rattrapé par ses tares de naissance

 

 Thus, the result of 15 years of an accelerated European process appears as the worst possible combination. Paradoxically, the maastrichtian project is on the one hand statist and bureaucratic, on the other monetarist and neoliberal.  The European Monetary Union (EMU) project, far from being the nice modernization, the shift to the future praised by the power, is essentially a regression to the past. Politically obsolete, it is nothing but the inappropriate projection of the old statist schemes of the previous nation-states on a new situation. It takes the risk to lead to the creation of a potentially uncontrollable political power. Socially reactionary, it aims at deepening the social differentiation and to restore the previous hierarchies at the expense of the middle classes that have made the prosperity of Europe.  Economically inefficient, EMU essentially benefits the political class and large corporations. But is sacrifices the interest of other categories of players. Such a currency, the feasibility of which is problematic in a context as diversified as Europe’s one, even to te eyes of orthodox economists, would normally presuppose a coherence of the economic, social, legal and cultural systems of the concerned countries, which, given the still deep differences that separate them, can only be realized very slowly. Introducing a single currency amounts therefore to establishing an acceleration instrument of this coherence, complying with the "violence of the currency" on economic and social structures. A deepening of the socioeconomic crisis, stamped with the prolongation of recessionary tendencies, the multiplication of brutal and ill-managed changes, and the deepening of social tensions, can now be feared. (Hunout & Ziltener, The International Scope Review, Volume 1,1999, Issue I, Summer)

Patrick Hunout et Patrick Ziltener avaient, dans l’article susmentionné, diagnostiqué les défaillances inhérentes à la conception même de l’euro, et prédit les changements brutaux et mal conduits qu’il rendrait inévitables, de même que ses effets négatifs sur la croissance et l’emploi. Quelques dix ans plus tard, les évènements leur donnent raison.

Plusieurs aspects caractérisent en effet la situation actuelle.

euro11. Le mal est ancien

Un marché baissier a commencé au début des années 2000. Il a été repoussé grâce à une augmentation imprudente de cash et de crédit par les autorités monétaires suite à la pseudo-récession de 2001. En 2007, après une bulle spectaculaire de l’industrie financière et de l’immobilier résidentiel, le marché baissier a repris. En 2008-2009, les prix des actions se sont effondrés, ont atteint un plancher temporaire et ont rebondi. En 2010, la phase finale du marché baissier pourrait être en train de commencer.

L’an 2000 c’était, souvenez-vous, non pas un bug informatique qui avait été annoncé et ne s’est pas produit, mais un bug humain qui s’est traduit par une vague incroyable de décès et de dépressions. C’était le point de départ d’un grand changement, - en apparence économique, mais en réalité plus global - , qui ressurgit quelques 10 années plus tard après une période de mise en veilleuse. Comme quoi la finance suit bien les rythmes de l’énergie universelle. Et comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs?

Au début était la crise des subprimes. En août 2007, les marchés ont tremblé. A l’automne 2008, Lehman Brothers avait fait faillite et les actions chutaient partout dans le monde. La fin du début s’est produite le 9 mars 2009. Les actions avaient perdu environ la moitié de leur valeur… une perte de 25 000 milliards de dollars sur l’ensemble de la planète. La première phase avait pris fin. La phase suivante fut le rebond. Il stimula les cours boursiers un peu partout — et plus particulièrement sur les marchés émergents. Dans le monde, les actions reprirent environ la moitié de ce qu’elles avaient perdu durant la première phase.

euro12. L’économie n’a pas été redressée

Le discours ambiant est qu’il y a reprise – c’est le discours des politiciens et autorités monétaires, et les investisseurs veulent y croire.

Mais les statistiques US, pays dans lequel la crise de 2007 a commencé, montrent deux à trois ans après une récession plus qu’une reprise.Les dépenses de consommation augmentent, mais cette hausse a été financée par l’épargne, qui a rechuté à son plus bas niveau en deux ans. Dans le même temps, le chômage américain ne montre pas de signes d’amélioration. Dans l’ensemble, les gens qui ont perdu leur emploi durant la crise de 2007-2009 sont encore sans travail.; bon nombre de ces postes n’ont pas été simplement mis en attente - ils ont été éliminés pour de bon, et l’économie n’en crée guère de nouveaux. Malgré les milliers de milliards de dollars dépensés en relances en tout genre, il se trouve 11 millions de chômeurs et 40 millions de personnes dépendant des coupons alimentaires aux Etats-Unis, tandis que des centaines de milliers de nouveaux diplômés rejoignant les rangs des sans-emploi. 

Le taux de chômage remonte vers les 10%, mais ce chiffre ne tient compte que des gens qui ont cherché un emploi au cours de l’année passée; le taux de chômage réel est de 17% ou 18% de la population en tout. Et même ceux qui ont un emploi voient leurs revenus diminuer. Avec tant de chômeurs, les augmentations de salaires n’ont plus de sens ; au contraire, les salaires baissent. L’offre augmente, les prix baissent. Le marché immobilier ne se porte pas bien non plus. Le crédit d’impôts accordé aux primo-accédants à la propriété a lui aussi pris fin. Comme prévu, les taux de paiements en souffrance et de saisies atteignent de nouveaux records. Un propriétaire américain sur dix est en difficulté. Les stocks de maisons invendues restent extrêmement élevés. En Europe et au Japon, le tableau n’est guère plus réjouissant. La croissance est lente et le chômage élevé. Les gouvernements ont déjà utilisé toutes leurs munitions budgétaires et monétaires… Ils ont déjà utilisé plus de stimulants qu’aucun gouvernement de l’Histoire. Pour quel résultat? Après 8000 milliards de dollars de garanties financières et bancaires, et les déficits les plus profonds depuis la Deuxième Guerre mondiale… tout ce qu’ils ont obtenu, c’est une petite hausse des chiffres de l’économie. 

euro13. Le rebond des bourses en 2009 est largement dû aux stimulants gouvernementaux

Le rebond des bourses en 2009 est dû pour une part aux bénéfices des entreprises "débarrassées" de leur personnel, ainsi qu’aux taux d’intérêt maintenus très bas qui permettent d’emprunter pour investir à bon compte. Mais ce rebond a porté sur des volumes faibles et n’a fait que compenser en partie les pertes précédentes. Il n’est pas le signe d’une véritable vigueur économique. La Bourse de Wall Street n’a remonté que dans la place financière que grâce aux titres de sociétés au fond du gouffre, maintenues sous respiration artificielle par des fonds publics. Sans ces titres, les volumes d’échanges auraient même reculé.

Cependant, ce qui s’est passé en 2009 sort véritablement de l’ordinaire. Premier point, la reprise a été extrêmement forte. Plus de 50% sur le S&P 500 entre mars (le point le plus bas) et septembre (six mois plus tard). Bien davantage que toute reprise depuis 1940 ! Mais les volumes de transactions se sont contractés de manière continue de mars jusqu’à la fin de l’été. Une reprise sans volume… Mais les volumes se sont nettement repris au cours du mois de septembre sur le S&P 500. La remontée des échanges, cependant, repose sur une poignée de titres, des titres bien connus comme:Fannie Mae, Freddie Mac, Citigroup, AIG et Bank of America. Ces cinq entreprises ont essuyé des pertes 2009 de 74 milliards de dollars pour Fannie Mae, 22 milliards pour Freddie Mac, une embellie en comparaison des 50 milliards envolés en 2008, 2 milliards pour Citigroup , après une minuscule perte de 18 milliards en 2008, 11 milliards pour AIG, neuf fois moins que les 99 milliards de 2008, 2 milliards pour BoA. Ce sont des titres financiers qui, dans une économie de marché libre, seraient morts et enterrés.

De plus, le rallye haussier de 2009 est partiellement dû à et alimenté par des informations mensongères des gouvernements et des banques d’affaires. La hausse surréaliste des indices boursiers résultait d’une formidable entreprise de manipulation des cours et d’une campagne de désinformation savamment orchestrée par une poignée d’institutionnels au pouvoir d’influence hégémonique. Certains d’entre eux se sont d’ailleurs fait une spécialité de créer des bulles d’actifs en exploitant l’aveuglement et la paresse intellectuelle des suiveurs de tendance systématiques afin de prendre des paris contraires et de ramasser plusieurs fois la mise.

euro14. La bulle de crédit a été transférée au budget des Etats

Il a fallu des milliers de milliards de dollars de mesures de relance et de garanties sur prêts, et une coalition sans précédent des pays du G20 pour redresser l’économie après la faillite de Lehman Brothers en 2008. Pour enrayer la panique qui s’est alors emparée des marchés financiers, les gouvernements ont transféré une quantité gigantesque de dette privée sur les comptes publics. Un autre modèle économique a remplacé le précédent : les Etats cherchent à remplacer les effets de l’expansion de la bulle de crédit en se lançant dans une fuite en avant dans le déficit public, qui atteint une intensité quasiment comparable à celle d’une période de guerre (8 à 12% du PIB selon les pays). Les marchés se sont remis à monter, faisant l’hypothèse que ce "nouveau" modèle (en fait il ne s’agit que d’une version amplifiée des précédentes relances étatiques par la dette) pourrait fonctionner durablement et être prolongé aussi longtemps que nécessaire jusqu’à ce que l’économie reparte toute seule. Puis l’affaire de la dette grecque a éclaté. La dette publique grecque représente environ 400 milliards d’€. Il suffirait d’environ 150 milliards d’€ pour la ramener à un niveau raisonnable. Un montant qui est à la portée des autres pays européens, et qui représente environ 1 mois 1/2 de déficit public US. Mais ici encore, la vraie question est que le problème de la Grèce pourrait être un signal d’alarme qui nous dit que la fuite en avant des Etats dans la dette publique est sur le point de toucher de ses limites, que le modèle actuel va donc casser à son tour.La Grèce est en effet loin d’être isolée. Les Etats de la périphérie de l’Europe (l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et le Portugal – les PIIGS) sont dans une situation très similaire. On peut même affirmer que le niveau de l’endettement d’Etats comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou la France est assez similaire à celui de la Grèce.

Bien entendu, le marché pourra refuser d’entendre l’avertissement grec pendant quelques mois. Là aussi, arrêter dès maintenant le mouvement de hausse supposerait pour les opérateurs d’accepter qu’un modèle (la relance étatique) qui a semblé fonctionner pendant des décennies (en créant au final le plus grand déséquilibre financier de l’histoire) cesse de le faire aujourd’hui.

Aujourd’hui, la dette de ces Etats inquiète les investisseurs et aucune échappatoire n’est cette fois envisageable. Avec les problèmes de dette souveraine de la zone euro, s’ouvre une nouvelle phase de la crise qui pourrait s’avérer encore plus difficile à régler. L’explication est connue: la Grèce a été considérée pendant des années – «à tort, car il n’y avait pas de politique budgétaire et fiscale commune», dixit le professeur Krugman – comme faisant partie d’un ensemble intégré. Elle a ainsi pu emprunter trop longtemps a des taux trop bas. Comme le Portugal, l’Espagne ou encore l’Irlande.

euro15. La crise budgétaire des Etats se transforme en crise monétaire de l’euro

En 2007, le marché avait eu tort de s’éprendre du mythe selon lequel la crise des subprimes ne présentait aucun caractère contagieux. La tentation était forte de croire que le transfert des dettes pourries du secteur privé vers le bilan des banques centrales (et les contribuables) avait neutralisé leur caractère nocif. Un déferlement d’argent créé ex-nihilo (encore de la dette s’ajoutant à la dette) devait achever d’entretenir l’illusion d’une sortie de crise. On a refusé de prendre en compte des vérités qui dérangeaient depuis fin novembre/début décembre 2009 (effondrement du secteur immobilier à Dubaï, faillite islandaise, dégradation de la dette émise par Athènes). A cela succède désormais la crainte de voir la faillite de la Grèce sonner le glas d’une union monétaire qui s’est interdit de mettre au point des mécanismes d’ajustements structurels au cas où de fortes disparités économiques mettraient en difficulté certains de ses Etats membres.

La crise grecque et celle des PIIGS débouche sur la fragilisation du dogme monétaire qui était censé nous apporter la croissance garantie ainsi qu’un bouclier incontournable contre les divers chocs financiers et économiques.

Nous ne voyons pas comment la Grèce pourrait éviter une sortie de l’euro, ce qui serait certainement la seule solution efficace pour elle de retrouver la croissance, plutôt que de s’enfermer dans une politique de déflation pour de longues années, porteuse de dépression économique et de graves risques sociaux et politiques. Après tout l’Argentine a connu des problèmes analogues qu’elle a surmontés en peu d’années, après avoir décroché sa monnaie de la parité avec le dollar (malgré les efforts mal inspirés du FMI pour la « sauver » par des prêts, assortis de l’imposition d’une politique restrictive, erreur que l’institution réitère aujourd’hui avec la Grèce) et après avoir fait défaut sur le remboursement de sa dette. La Grèce doit donc choisir entre la dépression prolongée assortie de troubles politiques, et la sortie de l’euro avec répudiation de sa dette, partielle ou totale. Prolonger le déni de réalité n’améliorera pas la condition du patient mais l’aggravera encore.

S’il est vrai que la Grèce aura besoin d’une croissance annuelle de 7.5% pour arriver à payer seulement l’intérêt de sa dette actuelle sans parler de la formation d’une dette nouvelle au cours des prochaines années, alors, compte tenu de la dépression économique que ne manquera pas d’engendrer le programme d’austérité du gouvernement, il paraît impossible que la Grèce ne puisse pas se trouver en défaut de paiement dans un avenir proche. Le plan d’aide annoncé avec grand fracas par l’UE n’a fait à cet égard qu’acheter du temps permettant, peut-être, aux banques européennes lourdement exposées en Grèce de se défaire de leurs actifs à risque.

Compte tenu des disparités croissantes entre des pays qui ne peuvent gérer leurs différentiels de compétitivité et d’inflation en dévaluant, la zone euro elle-même pourrait être condamnée à disparaître ou à subir de très fortes turbulences. A titre d’exemple, le différentiel d’inflation entre la France et l’Allemagne dans les dix dernières années (années de l’instauration de l’euro) a été de 35%. Ce qui aurait dû normalement se traduire par une dévaluation du franc français mais n’a pu l’être, et pour cause.

La création de l’euro était une idée absurde émise par des apparatchiks français pour forcer l’intégration politique de l’Union européenne. Elle a fait empirer l’économie, parce qu’une monnaie ne se décrète pas du jour au lendemain, mais émerge à la suite d’un long processus historique de confiance progressive, au surplus dans une zone non optimale parce que trop hétérogène et dont aucune des règles qu’elle devait observer n’a été respectée.

Il est clair que la crise actuelle montre la validité de la théorie des zones monétaires optimales et le rôle fondamental d’un taux de change adéquat pour la poursuite de la croissance. Les évolutions observées depuis 1999 ont montré, à l’inverse, l’inanité de la théorie étonnante selon laquelle la création d’une monnaie commune suffirait à obliger des économies dissemblables à converger vers un même rythme d’inflation et des taux de croissance comparables.

euro16. Les réactions des dirigeants politiques ne sont pas à la hauteur de la situation

Les réactions des leaders politiques à la nouvelle étape de la crise, étape qui a débuté fin 2009 avec les doutes sur la solvabilité de la Grèce, devraient consister à liquider l’excès de dette de façon ordonnée, ce qui suppose dans certains cas d’accepter des faillites encadrées (négociations avec les créanciers d’une réduction du montant de la créance en échange de toute garantie de remboursement de la part d’un Etat), - et à réduire de façon drastique le train de vie des Etats pour restaurer les équilibres budgétaires indispensables au maintien d’un niveau de confiance suffisant dans la monnaie chez les créanciers et fournisseurs.

Au lieu de cela, les leaders politiques sombrent dans la fuite en avant :

- Recherche de bouc émissaire: les spéculateurs ou les agences de notation par exemple. L’idée de créer une agence de notation européenne revient à permettre aux gouvernements de se noter eux-mêmes.

- Evitement de la réalité : plutôt de restaurer sa compétitivité, demander aux pays en excédent commercial de cesser de faire des excédents commerciaux. Le boomer ne doute en fait absolument de rien, il est convaincu d’être au centre de l’univers et persuadé que tout lui est dû. Il lui semble donc tout à fait naturel de demander aux pays exportateurs, qui produisent des richesses réelles, épargnent et travaillent, non seulement de financer gentiment son train de vie à crédit, mais aussi de faire en sorte que ces pays corrigent ensuite encore plus gentiment les déséquilibres provoqués par cette vie à crédit.

- Fuite dans la monétisation : un Etat dépense trop et ne trouve plus de prêteurs pour financer son train de vie? Qu’à cela ne tienne, il va demander à la BCE d’acheter ses dettes à un prix (taux) cadeau en lui fournissant tous les euros nécessaires et il n’y a plus de problème ! Les pays qui nous fournissent en pétrole, uranium, matières premières et biens de consommation divers vont continuer à nous donner indéfiniment tout ce dont nous avons besoin pour notre confort de consommateur en échange des euros imprimés en masse par la BCE. Et des pays comme l’Allemagne seront enthousiastes à l’idée d’imprimer des euros pour les donner aux pays les plus dépensiers et les plus irresponsables et ne s’inquièteront pas un seul instant d’un risque d’effondrement de la valeur de l’euro.

- Gagner du temps : le fonds d’aide européen est un dispositif « novateur » est financé entièrement par des emprunts des Etats membres de l’Union Européenne, qui sont presque tous très endettés et en situation de déficit public très élevé. Donc les Etats dépensiers empruntent pour permettre aux Etats encore plus dépensiers d’emprunter plus. En clair, il s’agit de creuser un trou pour en reboucher un autre (tout en creusant en même temps d’autres trous pour financer les innombrables déficits publics existants en parallèle). Et cela s’appelle un "mécanisme de stabilisation de la zone euro…".

- Occultation du problème : En termes pratiques, avec les CDS de la Grèce à des taux dépassant 1 000 points de base, il vous en coûtera un million de dollars pour assurer contre les défauts de paiement 10 millions de dollars de la dette sur cinq ans de la Grèce. Les marchés indiquent par là que la dette de la Grèce ne va simplement pas être remboursée, ou qu’elle ne sera pas remboursée au niveau des prêts qui ont été accordés. C’est également la raison pour laquelle on peut s’attendre à voir les organismes de régulation européens et américains fermer le marchés des CDS pour éviter que les valorisations fixées par le marché ne communiquent pas trop d’informations sur l’état lamentable des finances gouvernementales. 

- Fuite dans le fiscalisme: il est bon que les gouvernements remettent à plat leur budget et suppriment les dépenses improductives, à condition que cela soit fait intelligemment . Même la suppression des niches fiscales peut être bonne dans la mesure où elle peut constituer la première touche de l’introduction de la flat tax permettant un contrôle effectif des citoyens sur les Etats. Mais les projets de hausse de la TVA montrent que les hommes de l’Etat n’ont toujours rien compris et continuent de pressurer une société passive qu’ils veulent étouffer encore un peu plus sans aucun frein.

Au lieu de tout cela, il faut admettre que les structures pourries doivent tomber pour céder place au renouveau. Cela passe par la fixation de règles pour sortir de l’euro, et par l’abandon progressif de cette chimère au profit d’un SME renforcé. Cela passe plus largement par la mise en question des monnaies fiduciaires dont la valeur est basée sur le caprice des Etats et de banques centrales qui sont leur émanation. Cela passe enfin et surtout par la faillite programmée des Etats, non dans le sens d’un défaut de paiement, mais dans le sens d’une liquidation progressive de leur activité hypertrophiée, inutile et contre-productive, et d’un transfert de pouvoir à la société civile organisée.   


(4.3/5 - 24 Votes)
- Libéralisme et individualisme Economie, Ethique, Politique - 30-05-2010 - TSCF

Faillite de la Grèce ou faillite de l’Etat grec ?

On voudrait nous faire croire que c’est la faillite de la Grèce. Rien n’est plus faux. C’est la faillite de l’Etat en Grèce. C’est la preuve éclatante de la dangerosité des hommes politiques, des hommes de l’Etat. Ceux-ci ont ruiné leur pays. Ce ne sont pas les Grecs eux-mêmes. Ce sont les hommes de l’Etat, ce qui inclut leurs complices dits "privés". Les hommes de l’Etat, non contents de ruiner les Grecs, leur demandent aujourd’hui de se serrer la ceinture pour réparer leurs bêtises.Est-il normal que "le peuple" paie pour l’incurie de ses dirigeants ? Certes, on conviendra sans peine qu’en un sens il l’a bien cherché. Comme l’immense majorité des Européens, et surtout des Français, les Grecs croient en l’Etat. Ils ont voté pour des Hommes de l’Etat qui prétendaient leur assurer le bonheur sans effort, sans responsabilité, sans prévoyance. En résumé ils avaient "l’Etat". Et, Bastiat l’écrit dans son pamphlet : "L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde". "Le peuple" s’est laissé faire. Mais la responsabilité de la catastrophe incombe en premier lieu aux hommes de l’Etat. La naïveté, la crédulité même intéressée, la paresse, l’égoïsme ne sont que des facteurs favorisants. (…) Que faire ? Il faut revenir aux fondamentaux. Il faut rendre à l’individu ses droits naturels. La bonne solution consiste à liquider l’Etat tel que nous le connaissons, pour le recentrer sur ses activités de base. Les Grecs ne sont pas en faillite, c’est leur état qui l’est. Il faut privatiser. C’est-à-dire rendre aux gens tous ce que l’Etat leur a confisqué, pour le restituer à leurs propriétaires naturels et légitimes les individus. Il faut vendre tous les actifs non indispensables aux fonctions régaliennes de l’Etat. Les Grecs ont les moyens. Il paraît que 40% de leur PIB provient de l’économie libre ("clandestine", en Novlangue), et que les Grecs fortunés investissent en masse à l’étranger, à Londres en particulier. (Blog « Objectif Liberté », 10/05/2010)

Cet article (dont nous citons ici des extraits) est symptômatique des mérites et des absurdités du libéralisme. Car si cette idéologie insiste à juste titre sur les excès de la bureaucratie d’Etat et sur le fait que cette dernière fausse et étouffe l’économie…elle réduit de façon plus que simpliste la société à une collection d’individus.

Nous ne sommes plus au XVIIIème siècle. Depuis Bastiat (1801-1850), de l’eau a coulé sous les ponts. Les sciences sociales nous ont appris que la société unit ses membres par des normes, des valeurs, des attitudes, un sentiment de communauté, une moralité. Plus cet esprit commun est fort, plus la société s’autogère par la négociation, le réseau et la confiance.

En réalité, la société se gère très bien elle-même dans l’immense majorité des cas. Sinon, rien ne pourrait fonctionner au quotidien, et surtout pas la vie des affaires! Et ce n’est pas la peur du gendarme qui fait fonctionner les gens. C’est tout simplement le sens commun et la moralité. La « société de surveillance » actuelle est fondée sur l’exploitation par les gouvernements d’une infime proportion de cas extrêmes de déviance sociale. Des cas qui résultent pour une bonne part des politiques menées par ces mêmes gouvernements.. Extrapolant sur ces cas minoritaires, la bureaucratie étatique en fait un prétexte pour édicter et imposer à son bénéfice ses règles, ses restrictions et ses sanctions.

Dans la pratique, le libéralisme et le néo-libéralisme ont fonctionné comme des idéologies étroitement liées aux intérêts de la bourgeoisie d’affaires qui les portent. C’est la raison pour laquelle ils insistent sur les libertés économiques (celles des entrepreneurs) plus que sur les libertés sociales (celles de la société) face aux Etats, alors que ces dernières sont tout aussi importantes. Si les valeurs individualistes qui sont les siennes ne sont pas celles de la société ambiante, qu’à cela ne tienne, elle promeut et instille de telles valeurs jusqu’à affaiblir dangereusement le lien social. Le démantèlement de la prévoyance sociale et de toute forme de protection que ce courant a généralement promu n’est pas une solution miracle, et génère à court terme pauvreté et précarité. Les troubles sociaux et mentaux qui en résultent sont alors réprimés via les instruments policiers et judiciaires mis en place par la « société de surveillance ».

Dès lors, si nous pouvons souscrire à l’idée d’une éradication de l’Etat et à son recentrage sur des services utiles (pas forcément des fonctions régaliennes, car nombre de fonctions dites régaliennes pourraient être soit privatisées, soit sociétalisées ou mutualisées), nous ne pouvons pas pour autant cautionner une idéologie individualiste simplificatrice qui ne propose rien de réel pour remplacer le recul de l’emprise étatique.

Le libéralisme et l’étatisme ne s’opposent pas. En réalité. Ils se complètent : le premier, en détruisant le lien social, fait le lit du second, car il rend crédible la nécessité des régulations ; le second a tout intérêt à la promotion d’attitudes individualistes qui, en rendant la société incapable de se réguler elle-même sans l’Etat, donneront l’impression qu’il est indispensable.

 
 


(4.1/5 - 23 Votes)
- Le piteux résultat du traité de Lisbonne Politique - 26-11-2009 - TSCF

Montagnes et souris: les accouchements du Léviathan

LeviathanBarroso, Van Rompuy, Ashton… En dépit de la joie et de la fierté que peuvent susciter en Belgique la nomination de notre Premier ministre au poste de premier président permanent du Conseil de l’Union européenne, force est de constater que c’est un trio peu enthousiasmant qui incarnera l’Europe désormais, dans la nouvelle configuration établie par le traité de Lisbonne. Herman Van Rompuy, un candidat dont les Belges ont des raisons de croire qu’il conviendra parfaitement au poste d’ingénieur de compromis que représentera sa nouvelle fonction, a été sacré par ses pairs pour une seule raison : aucun dirigeant européen ne le connaissait trop bien, puisqu’il n’a pas eu le temps, en un an, de se faire des ennemis. Personne n’avait donc trop d’arguments à opposer à sa nomination. En complément à la nomination de ce « presque inconnu » en Europe et dans le monde, l’hypothèse de nommer un grand format diplomatique au poste, beaucoup plus en vue, de haut représentant aux Affaires étrangères avait un moment tenu la corde : le ministre actuel des Affaires étrangères britannique, le travailliste David Miliband, l’Italien Massimo d’Alema ou l’Espagnol Miguel Anguel Moratinos, étaient des candidats qui ne manquaient pas de panache. Mais en fin de compte, les arrangements politiques d’arrière-salle ont débouché sur le choix de Cathy Ashton : même dans les douze derniers mois, les seuls où elle ait occupé une fonction internationale (commissaire européenne au Commerce), on a peine à trouver la moindre mention de quelques faits d’armes. On dira ce qu’on veut : ce n’est pas ce duo qui fera rêver l’Europe et en imposera à Barack Obama, Hu Jintao, Vladimir Poutine ou Ignazio Lula da Silva… Enfin, la manière dont ces nominations, premières décisions de l’Union européenne « nouvelle formule », sont intervenues, est loin, très loin des objectifs qui sont à l’origine du traité de Lisbonne qui les institue. Rappelons que la gestation de ce Traité avait été initiée, lors d’un sommet à Laeken, afin notamment de « rapprocher les institutions européennes du citoyen », et de rendre l’Union « plus démocratique, plus transparente et plus efficace ». Les dirigeants de l’Union européenne ont, par leur première décision de ce qui devait être un nouveau début, pitoyablement poursuivi une pratique politique opaque et dépourvue d’ambition. (Le Soir, 19/11/2009). 

Ainsi, c’est à cela qu’aboutit ce fameux traité dont l’objectif officiel était de mieux faire fonctionner les institutions politiques européennes, et l’objectif officieux de parachever la création d’un Etat européen permettant aux milieux dirigeants d’échapper au contrôle des citoyens dans leurs pays respectifs. Le long et coûteux processus qui était passé notamment par trois consultations populaires négatives, en France, en Hollande et en Irlande, avait nécessité des reformulations, des négociations, des exceptions, des pressions, des ratifications parlementaires, suivant la panoplie habituelle du contournement de l’opinion publique familier à la politique européenne des Etats. Il aboutit au choix de personnalités médiocres, à la mode soviétique, soit par manque de leadership disponible, soit par volonté de la part des « grands » Etats de contrôler la situation en sous-main. Mais aussi à la mise en place d’une structure complexe et bureaucratique, avec un Président « stable » mais au mandat bref, une confusion des rôles entre le Conseil et la Commission, une présidence tournante aux pouvoirs affaiblis mais qui persiste. Etrange processus, étrange organisation s’il s’agit vraiment de « rapprocher les institutions européennes du citoyen », et de rendre l’Union « plus démocratique, plus transparente et plus efficace». Mais est-ce réellement le but recherché ? A quoi bon avoir dépensé l’argent de l’Europe et violé la démocratie, si c’était pour parvenir à un tel résultat? Le Nouveau Léviathan européen s’empêtre dans des insuffisances et ses contradictions.


(4.3/5 - 27 Votes)
- Les bienfaits du secret bancaire Economie, Politique - 18-03-2009 - TSCF

 Fuite en avant et fausses solutions

1) Prompte à dénoncer l’Allemagne qui avait acheté des listes de clients à un informaticien de la banque LGT - son président Pierre Mirabaud avait même parlé de «Gestapo» avant de se rétracter - l’Association Suisse des Banques (ASB) reste silencieuse quand les Etats-Unis promulguent, en 2007, une loi récompensant financièrement la délation fiscale (LT du 1.07.2008). Elle ne réagit pas davantage quand le rapport de la sous-commission du Sénat (des E.U.) révèle que plus de 500 voyageurs suisses ont été suivis à la trace par le Département de la sécurité intérieure pour repérer des banquiers visitant leurs clients. (Le Temps 19/07/2008)

2) Une déclaration diffusée jeudi matin par le petit Etat du Liechtenstein a déclenché une cascade de réactions à travers toute l’Europe. Le gouvernement de la principauté reconnaîtra les normes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière de transparence et d’échange d’informations en lien avec la fiscalité. «Coopération», «transparence» et «échange d’informations» ont été les maîtres mots de la conférence de presse qui s’est tenue jeudi à Vaduz. Mis sous pression depuis plusieurs années, le minuscule Etat confiné entre l’est de la Suisse et la frontière autrichienne figure sur la liste noire des pays «non coopératifs» de l’OCDE depuis 2000. L’an dernier, le scandale financier impliquant plusieurs dirigeants allemands a encore accru la pression sur la principauté. Concrètement, le gouvernement du Liechtenstein propose aux Etats intéressés de conclure des accords bilatéraux de coopération portant sur les cas de fraude mais aussi d’évasion fiscale. (…) Qu’espère le Liechtenstein en échange des concessions offertes? En se conformant aux normes de l’OCDE, la principauté veut assurer la sécurité juridique de sa place financière, tout en préservant la protection de la sphère privée et du secret bancaire. (Le Temps, 13/03/2009). 
 

Bref… la pression d’abord exercée par l’Etat allemand sur le Lichtenstein est maintenant étendue à tous les Etats européens offrant le secret bancaire. D’autres Etats, dont l’Etat français, se sont joints entretemps à cette nouvelle croisade. Que s’est-il passé ? En Europe, aux Etats-Unis, des gouvernements aux abois, confrontés à d’immenses déficits, cherchent à remettre la main sur des sommes qui leur échappent et dont on devine qu’elles sont jugées considérables (d’après une estimation, elles seraient de l’ordre de 10 milliards d’euros annuels pour la seule Belgique).

Il y a une erreur de diagnostic, voulue ou non, sur les causes de la situation présente : les « paradis fiscaux »  ne sont pas responsables de la crise des valeurs financières. N’oublions pas les faits: le krach mondial est, avant tout, dû aux dérapages des marchés hypothécaires américains. L’amalgame entre crise des valeurs bancaires et paradis fiscaux, qui relève d’un populisme d’inspiration médiocre, est en réalité le prétexte à renforcement des contrôles étatiques.

Pour autant, le secret bancaire résulte bien d’un droit qu’ont les personnes et les organisations qui confient leur argent à une banque de voir cette dernière respecter la confidentialité de leurs données - et conserver une parfaite neutralité à l’égard de tout tiers, au lieu de s’inféoder à tel ou tel.  Au nom de quoi ces établissements devraient-ils donner des informations sur leurs clients à un gouvernement quelconque, au surplus étranger ? Le secret bancaire sert depuis toujours à la protection légitime de la sphère privée des citoyens. 

Quant au rôle de l’OCDE dans cette affaire, il ne plaide pas en faveur de cette institution. Se servir de la science économique de façon apparemment neutre, se parer de la légitimité rigoureuse de cette dernière, pour ensuite édicter des "normes" de lutte contre l’évasion fiscale - présentée, sans véritable analyse, comme un fléau économique… - est un comportement qui met en cause le sérieux et l’indépendance de cette institution.

Tout se passe comme si les gouvernements pratiquaient la fuite en avant. Au lieu de chercher à résoudre la crise, ils profitent de cette dernière pour prendre leur revanche des limitations que leur avait imposé le néolibéralisme. Mais cette démarche ne fera pas long feu : les interventions massives des Etats dans le système productif et  la société, dans presque tous les domaines de la vie économique et sociale, ont déjà montré leurs limites comme leurs effets pervers.


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- Multiethnicité: la quête sans issue Politique - 21-01-2009 - TSCF

Envolées lyriques et malaise historique

 

Barack Obama a promis lundi que son investiture en tant que premier président noir des Etats-Unis permettrait de "renouveler la promesse" du rêve américain. "Demain, nous nous rassemblerons et ne ferons qu’un, sur l’esplanade où le rêve de (Martin Luther) King continue de résonner. Par cela même, nous reconnaissons qu’ici en Amérique, nos destins sont inextricablement mêlés", écrit-il dans un communiqué.
"Nous sommes résolus à avancer ensemble. En cherchant à renouveler la promesse de ce pays, souvenons-nous de la leçon de (Martin Luther) King : les rêves que nous avons séparément n’en font qu’un", poursuit-il. ( La libre 19/01/2009).  L’équipe Obama a décidé d’ouvrir le Mall de Washington au public, faisant exploser la facture de l’investiture à 150 millions de dollars en raison des problèmes sécuritaires que ce changement induit. Le discours sera suivi d’une prière du pasteur évangélique Rick Warren, puis d’un chant de la reine de la «soul», Aretha Franklin, et d’un quatuor. Une poétesse née à Harlem, Elizabeth Alexander, déclamera un poème. Le révérend Joseph Lowery prononcera une bénédiction peu avant l’hymne national. (Le Temps, 19/01/2009). "C’est une occasion historique, une pierre blanche dans l’histoire des relations raciales de ce pays", ajoute Fred Phillips, un psychologue noir de 62 ans, venu avec son épouse. En dehors de ces privilégiés assis sur les gradins, plus de deux millions personnes s’étaient rassemblées mardi sur le Mall, l’immense esplanade au coeur de Washington, pour assister à l’investiture du premier président noir des Etats-Unis, acclamé par une foule enthousiaste qui avait convergé vers le Capitole, avant même le lever du jour, malgré le froid (-13° en plein vent). (La libre, 19/01/2009).

Passons sur le trait d’humour involontaire qui consiste pour un psychologue noir à vouloir marquer les choses d’une pierre blanche. S’agissant du discours d’Obama, Il est toujours bon pour un homme politique de paraître se situer dans une filiation plus ou moins prestigieuse, d’agiter le rêve fusionnel d’un dépassement des différences. Il y a plusieurs éléments cependant qui peuvent intriguer dans les événements américains.

Tout d’abord, le retournement soudain de l’opinion publique qui, il y a seulement quatre ans, réélisait le président républicain George W. Bush. Par quel miracle tant d’aveuglement a-t-il cédé la place à une soudaine clairvoyance? S’agit-il d’une mutation profonde des esprits, ou de désespoir devant l’évolution générale de la situation?

Ensuite, l’association de la politique avec le spectacle. Ce rassemblement de masse, apparemment autant étudié que spontané, ne fait pas que donner beaucoup d’importance à la chose politique. Il associe dans un bel amalgame Obama, Biden, les épouses, les opposants républicains, Béyoncé, Bruce Springsteen… Le nouveau président est suffisamment "cool" pour attirer des millions de personnes au Capitole, pour que des designers lancent une ligne spéciale d’articles inauguraux sur son image, pour que des stars comme U2 et Stevie Wonder donnent un concert gratuit pour lancer son inauguration. Le public accepte son image aussi bien sur un terrain de  basket, sur des T-shirts ou dans le bureau oval - l’intégration du show-biz et de la politique avait déjà été constatée en France lors de l’élection du petit Sarkozy, et elle consacre l’alliance de catégories de personnes qui n’ont en commun  qu’un seul trait : le pouvoir d’impacter les foules. 

Enfin, l’amalgame entre cette élection et les soit-disant promesses de la multiethnicité. Tentant de capter les réalités mouvantes des métissages actuels, le marketing commercial cherche à valoriser l’élaboration d’une identité ethnique hybride. Ainsi, les T-shirts "I am a Mutli-culti cutie" font fureur, le "New York Times" annonce la naissance de la "generation E.A." (Ethnically Ambiguous), et dans la foulée de Betty Crocker Brand Food, le dessin animé et les livres Dora présentent un personnage dont l’apparence mélange les origines ethniques. Il n’y a pourtant rien de tellement étonnant à ce qu’un mulâtre soit parvenu à la tête de l’Etat américain. Il s’agit sans doute d’un phénomène individuel lié au besoin d’une personnalité nouvelle - bien qu’Obama soit un politicien démocrate aux idées en fait assez conventionnelles. La possibilité à long terme d’un tel événement était contenue dans l’abolition de l’esclavage sous Abraham Lincoln. Récemment, le responsable du Département de la Défense et du Département d’Etat étaient des Noirs. L’illusion d’un dépassement des races soulage les souffrances qu’a produites la politique de multiethnicité. Là aussi, la tactique a été testée par le "Petit Satan" français. A l’époque de la coupe du monde de football de 1998 - gagnée à coup de subventions par une équipe multiethnique…  sur une autre tout aussi multiethnique - Français et immigrés avouaient soudain rêver de dépasser leurs antagonismes, se sentaient soulagés par l’occultation momentanée de ces derniers - une catharsis qui ne résolut rien, mais qui fit gagner du temps au pouvoir politique.

L’Amérique aujourd’hui se berçe de son changement à court terme. Mais elle semble ne rien avoir appris sur le fond.


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