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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- France: le débat sur l’identité nationale nous apprend-il quelque chose? Ethnicité - 10-12-2009 - TSCF

bonapartism4Oiseux débat sur l’identité nationale en France

La population française comptait 64,3 millions d’habitants au 1er janvier 2009 (métropole et DOM). La courbe de la fécondité, qui avait atteint les deux enfants par femme en 2006, avait très légèrement baissé en 2007, une baisse sans lendemain puisque les Françaises ont battu de nouveau un record en 2008, avec 2,02 enfants par femme, qui rapproche la France du seuil de renouvellement naturel des générations (2,07). Tout juste deux enfants par femme ne serait pas suffisant, car il naît chaque année plus de garçons que de filles, et que quelques unes d’entre elles meurent avant d’arriver à l’âge de procréer. La France confirme sa place de championne d’Europe des bébés, avec l’Irlande. La moyenne européenne se situe à environ 1,5 enfant par femme, plusieurs pays se situant en-dessous de cette moyenne comme l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la Pologne ayant un taux proche de 1,2 seulement. Ce dynamisme conduit à un nombre de naissances en 2008 jamais atteint depuis 1981: en 2008, 801.000 enfants sont nés en métropole et 33.000 dans les DOM. Le solde naturel, c’est-à-dire la différence entre les 834.000 naissances et les 543.500 décès, est donc très élevé, de 290.000 personnes. L’augmentation de la population française, estimée à 64,3 millions d’habitants au 1er janvier 2009 (métropole et DOM), s’explique essentiellement par ce solde naturel, auquel s’ajoute le solde migratoire de 76.000 personnes. L’immigration joue peu par ailleurs dans le taux de fécondité de la France, indique-t-on à l’Insee, où l’on estime, à 0,1 point la contribution des mères d’origine immigrée ou étrangères au taux de fécondité de 2,02. En effet, leur nombre d’enfant est légèrement plus élevé. (Le Soir 17/01/2009)

mosque1Voilà un bulletin démographique bien suspect. L’INSEE, rappelons-le, est un organisme d’Etat en position de quasi-monopole, et parfaitement susceptible d’être manipulé.

Ce rapport est suspect d’abord parce qu’il alimente les campagnes populationnistes et natalistes de l’Etat français. Ces idéologies, rappelons-le, croient au nombre comme facteur de puissance. Si la campagne de France a été perdue en 1940, c’est en raison d’un nombre insuffisant d’hommes. Peu importe si l’Histoire a démontré que l’expansion de l’Etat est elle-même la cause du déclin démographique. Peu importe si la guerre est devenue une affaire technologique. Il fallait remplir les casernes et les usines, puis plus tard faire baisser les salaires et recréer un prolétariat docile aux dirigeants - même s’il s’avère finalement instable -, ce qui leur permet de perpétuer les anciens modes de gouvernance autoritaire. 

mosque1Ensuite, ce type de rapport s’accompagne de cocoricos qui se veulent rassurants quant à l’ampleur et aux conséquences de l’immigration. L’INSEE regrette que prévaille l’image d’une France en déclin démographique, prise d’assaut par une vague montante d’immigration. Et pourtant, son bilan ne fait pas état de la «fécondité française », mais de la fécondité des femmes habitant en France. Or, il faut distinguer les familles d’origine européenne des familles d’origine africaine, ces dernières ayant un taux de fécondité supérieur à 3, ce qui implique un taux corrigé à la baisse pour les premières (seul taux de référence valide par rapport aux autres pays européens). Il faut aussi aller chercher ailleurs que dans les statistiques de l’INSEE pour découvrir par exemple que le département record de la fécondité est la Seine-Saint-Denis, et que dans ce département 40% des naissances sont de mère étrangère. De plus, l’ethnicité du père n’est pas prise en compte dans ce calcul de fécondité. Or, les unions interethniques où la femme est d’ethnicité européenne sont beaucoup plus fréquentes que celles où le père est d’ethnicité européenne. C’est le côté sordide du mythe phocéen – la déloyauté ethnique devient mythe fondateur et pratique courante d’une cité, d’un peuple, d’une nation. On peut donc présumer qu’une large part de ces naissances dites « françaises » est largement imputable à des couples mixtes dont un parent est issu de l’immigration.

Enfin, les statistiques ethniques, brouillées par le système juridique, sont lacunaires ou mal documentées, compte tenu des interdits qui pèsent sur elles et de l’absence de recherche de sciences sociales de qualité. Elles ne recensent pas un Turc de nationalité allemande venu s’installer en France, par exemple, et ne prennent pas en compte la seconde ou la troisième génération issue de l’immigration. 

mosque1Evaluer à contrario, comme l’a fait Gérard Pince, le stock actuel de Français et Européens de souche, paraît plus pertinent. Nous disposons en effet d’un point de départ précis: celui de la population en 1946 (40.246.742), sachant que les étrangers et immigrés étaient alors à 88% d’ethnie européenne. On ajoute à cette population initiale l’accroissement naturel (hors immigration) jusqu’en 1974, date du regroupement familial et on obtient 49.105.699 en 1975. On applique ensuite à ce dernier chiffre, les taux d’accroissement naturel de trois départements français où l’immigration est restée jusqu’à ce jour négligeable (la Manche, les Deux-Sèvres et la Vendée). On arrive ainsi en 2008 à 53 millions d’habitants pour la population d’ethnie européenne. Comme l’INSEE estimait la population globale de la France à 62 millions en 2008, il en résulte que les ethnies noires, arabes et asiatiques représentent 9 millions de personnes à cette date, auxquelles il faut rajouter quelques 500,000 clandestins.

Le résultat de cette méthode correspond aux observations quotidiennes. Le vrai bilan démographique est celui d’une substitution de population.

mosque1Dans ce contexte, on ne peut que sourire devant la nouvelle initiative du gouvernement français sur "l’identité nationale". Croit-il vraiment qu’une série de colloques dans les préfectures convertira les « jeunes » de banlieue aux "valeurs républicaines"? Encore faudrait-il montrer en quoi ces soit-disant valeurs distingueraient ce pays de n’importe quel autre pays occidental. La France est un pays qui a représenté l’Etat-nation par excellence – c’est le plus vieux d’entre eux. Elle a subi une rapide réduction de statut qui en fait une puissance moyenne, dont les attributs de la souveraineté ont presque tous disparu: les frontières, le franc, le service militaire… Elle vit de manière très douloureuse son insertion dans un ensemble européen qu’elle avait conçu inconsciemment comme une extension d’elle-même, et auquel elle doit en fait se plier. Ajoutez à cela l’arrivée massive de populations difficiles à soumettre aux normes de la francité traditionnelle et vous constatez que le pays cumule avec une intensité rare tous les paramètres d’un trouble de l’identité. L’identité nationale est une fiction politique créée par les Etats-nations. Mais pour faire vivre cette fiction, il faut un substrat plausible d’identité ethnique. Or ce dernier aujourd’hui n’existe plus.
 


(4.2/5 - 25 Votes)
- Flandre: les faux prophètes du nationalisme Ethnicité - 04-08-2008 - TSCF

 Etat, Nation, Ethnicité 

Aux portes de Bruxelles, dans son écrin de verdure, Overijse (prononcer: overeïs) connaît ses rituels immuables. La fête du raisin, les courses cyclistes, les balades en forêt suivies d’une bière trappiste… et les guerres communautaires. Dans cette commune flamande de 27000 habitants au sud-est de la capitale, verrou entre la Wallonie et Bruxelles, les francophones représentent plus du quart de la population. De grandes familles francophones s’y sont établies, parfois depuis des générations. Après la fixation de la frontière linguistique en 1963, elles se sont retrouvées dans une Flandre où seul le néerlandais (ou flamand) garde droit de cité. «Du jour au lendemain, nous avons été considérés comme des émigrés dans notre propre pays», témoigne un notable. Ce fut le début des tensions.

Dernier épisode en date, la gazette communale a lancé un appel public à dénoncer les commerçants qui utiliseraient une autre langue que le néerlandais dans leurs relations avec la clientèle. Prière de prendre des photos, de noter heure et date du «délit»… Levée de boucliers! Même Marino Keulen, le très pointu ministre flamand de l’Intérieur, a dit tout le mal qu’il en pensait: «Aucune loi n’impose aux commerçants de mettre des affiches rédigées en néerlandais. L’idée de délation est condamnable et moyenâgeuse.» Voilà qui est resté en travers de la gorge du bourgmestre (maire) Dirk Brankaer. Selon lui, la commune ne fait rien d’autre que «demander aimablement à des agences immobilières et à quelques éditeurs d’utiliser le néerlandais dans leurs annonces au public». Des cours de langue sont même offerts. Pour Dirk Brankaer, «la pacification n’est jamais mieux servie que par le respect de la culture et de la région où l’on vient s’établir».

Pacification? Les méthodes utilisées ne sont pas toujours «aimables». Prenons le cas d’Alice (prénom d’emprunt), commerçante wallonne établie sur la Brusselsteenweg. Son seul tort: son enseigne est bilingue. Aussi, ses murs sont régulièrement tagués. Elle a même reçu la visite d’une dizaine d’énergumènes du groupe d’action TAK (Taal Aktie Komitee), qui ont fait irruption dans son magasin. En deux minutes, ils avaient effacé au marqueur tout ce qui était en français. Ensuite, Alice a reçu une lettre émanant d’un particulier l’«invitant» à retirer les inscriptions litigieuses, avec copie aux organisations flamingantes (flamandes ultra) de la commune. «La police n’a même pas voulu enregistrer ma plainte», déclare-t-elle. En attendant, l’enseigne d’Alice est toujours là… L’anglais est également en ligne de mire. La capitale belge est officiellement bilingue, mais francophone dans les faits. Les Flamands ne veulent pas entendre parler de son extension, afin d’éviter que la périphérie flamande ne se «francise» encore davantage. (Le Temps , 15/07/2008)

Cette démarche flamande rappelle celle du Québec. Mais le Québec est une île francophone dans un océan anglophone. En Belgique, la Flandre représente 60% de la population et 70% de la richesse. Or cette majorité se comporte comme une minorité. - mais s’agit-il bien d’une majorité? Seul le cadre étroit de l’Etat belge permet de la qualifier ainsi. Au plan international, le néerlandais pèse une vingtaine de millions de locuteurs, soit dix fois moins que le français. Les ressources culturelles néerlandophones ne sont pas négligeables, mais ne peuvent se comparer à celles des ensembles francophone, anglophone et germanophone. Le "peuple" flamand a été historiquement refoulé sur un très étroit territoire, réduit en semi-esclavage dans le Nord de la France, et dominé en Belgique même par un Etat qui à partir de 1830 a voulu tenter, non sans présomption, un processus de centralisation et d’acculturation à la française - un processus qui a finalement échoué. Nul doute que ce parcours historique peu flatteur puisse donner aujourd’hui prétexte à des sentiments d’infériorité et des attitudes revanchardes.

La mémoire des peuples étant ce qu’elle est, on peut toutefois présumer qu’il s’agit assez largement d’une manipulation politicienne. La Flandre, c’est une poignée de PMEs qui marchent. Ces nouveaux parvenus sont aujourd’hui les inspirateurs les plus actifs du poujadisme patronal et des partis séparatistes.

Or, en réalité, les deux populations ne s’entendent pas si mal. Leur fond biologique est le même, leur culture très similaire, et la notion de "Belgique", qui remonte à l’antiquité, est antérieure à celle de Flandre, qui peut au mieux dater de la période postérieure à l’occupation par les Francs saliens. Alors quid? Pour "chauffer" la population flamande, il suffit de sortir les vieilles ficelles du nationalisme:  dire "défendre" la langue, scinder les statistiques pour faire croire qu’il s’agit d’une société séparée, désigner des boucs-émissaires, amalgamer la francophonie et l’immigration, imputer à l’Etat national la crise sociale, mettre le qualificatif "flamand" derrière tout substantif plausible. Comme disait Pascal, aspergez-vous d’eau bénite, et vous croirez. Dans un parc d’une commune de la périphérie bruxelloise, même le geai (oiseau commun d’Europe) devient "flamand". Cette nationalisation de la culture et même de la nature est tout à l’avantage de ceux qui gagneraient financièrement à ne plus aider la Wallonie, et dans une hypothèse d’indépendance, seraient promus à la tête d’un nouvel Etat.

Soyons clairs, des expressions telles que "les Flamands ne veulent pas" n’ont strictement aucun sens - on ne sait pas, en réalité, ce que veut exactement la population, et ce ne sont pas quelques sondages orientés et des élections manipulées par le système politique qui nous le diront. Quel est le degré des attitudes nationalistes? Dans quelle mesure sont-elles inspirées par la propagande d’une minorité? Quel est le poids réel de mouvements comme le TAK? Si les sciences sociales méritaient leur nom, elles se seraient saisies depuis longtemps de ces questions pour y donner une réponse certaine.

Plutôt que de chercher à contraindre les francophones et les étrangers à parler flamand, il serait plus judicieux de leur donner une image positive de la langue et de la culture flamandes. La tâche est ardue, il est vrai. Il est beaucoup plus aisé de se poser en victime. Il sera difficile à ce peuple lourd et timoré - une caricature du monde germanique - de rendre séduisants son parler patoisant et les ressources limitées de sa culture. Il n’y a pourtant pas d’autre choix raisonnable, car ce que font les "autorités" flamandes aujourd’hui n’aboutit qu’à les rendre odieuses aux francophones et aux étrangers. L’image internationale de la Belgique, fondée sur la convivialité et la flexibilité interculturelle, est bonne. Cela montre qu’un processus de séduction est possible. Un tel pari a été réussi même par la France, malgré le bonapartisme de son système,  sa mauvaise qualité de service et sa faible ouverture à la dimension internationale.

Il est vrai, pour rendre justice au point de vue "flamand", qu’à Bruxelles, Charleroi, Liège, ou même Namur, la crise sociale bat son plein. Et pas seulement celle, héritage de l’histoire, qui est générée par un difficile redéploiement économique et  par l’incompétence d’une classe politique clientéliste - c’est aussi la crise contemporaine du narcissisme vide et des frontières ethniques qui s’effacent. Ainsi un bourgmestre de la périphérie bruxelloise demandait la fin des facilités administratives linguistiques au motif qu’elles attirent dans sa commune de nombreux Bruxellois francophones d’origine allochtone; un autre homme politique flamand affirmait, de façon révélatrice, que les francophones sont des immigrants en Flandre. L’idée de se servir de l’identité flamande comme d’un bouclier contre l’immigration et la crise sociale peut être bonne. Mais c’est oublier que ces dernières ont été promues par des décades de gouvernements fédéraux impliquant des partis flamands. Les huit années du précédent gouvernement, dirigé par un premier ministre flamand, n’ont en rien inversé la tendance, bien au contraire, tout en laissant faire la vente des fleurons de l’industrie nationale à l’étranger.

En fait, tout se passe comme si la protestation légitime de la population contre les conséquences des politiques actuelles était déviée et canalisée dans une diversion nationaliste.   

Ainsi le jeu trouble de certains est-il peut-être en train de provoquer la seule scission qui soit vraiment grave - celle de l’esprit de communauté.

 


(3.9/5 - 35 Votes)
- Nationalité et naturalisation: comment replacer l’Etat sous le contrôle de la société Ethnicité - 27-04-2008 - TSCF

swiss flag 1La naturalisation démocratique

La campagne va s’ouvrir. Les Suisses diront le 1er juin prochain si la naturalisation d’un étranger peut être soumise à un scrutin populaire. L’initiative de l’UDC «pour des naturalisations démocratiques» entend en effet inscrire dans la Constitution la possibilité, pour les communes qui le souhaitent, de soumettre les candidats au passeport suisse à la sanction d’un vote populaire. Le texte de l’UDC entend rétablir la situation qui prévalait avant 2003, quand le Tribunal fédéral a déclaré contraires à la Constitution les naturalisations «par les urnes» pratiquées jusque-là dans une petite minorité de communes, alémaniques exclusivement.

 Pour les juges fédéraux, les naturalisations par le peuple sont contraires à la Constitution parce qu’elles ne permettent pas de rendre une décision motivée, qu’elles exposent les candidats à des discriminations flagrantes, et qu’elles les contraignent à dévoiler au public, du moins dans les communes d’une certaine importance, des informations qui relèvent de leur sphère privée. Ces jugements ont provoqué une vague de réactions, au parlement fédéral, dans les cantons, et même parmi certains constitutionnalistes. L’UDC a dénoncé avec vigueur une ingérence des juges dans une question politique. Et en septembre 2003, un mois avant les élections fédérales, le parti lançait son initiative.
 
En parallèle, le conseiller aux Etats Thomas Pfisterer (PRD/AG) proposait par voie d’initiative parlementaire une sorte de voie moyenne. Son idée? Rétablir les naturalisations par le peuple, mais prévoir des voies de recours pour éviter les cas choquants. L’initiative Pfisterer a été à l’origine d’un contre-projet indirect (de rang législatif) opposé aujourd’hui à l’initiative de l’UDC. Mais les propositions initiales du radical argovien ont été notablement modifiées en cours de route. Ce n’est qu’en décembre dernier que les dernières divergences ont été éliminées. Les Chambres n’ont finalement pas voulu rétablir les naturalisations par les urnes. Tout au plus, dans les communes qui n’ont pas de parlement élu mais seulement des assemblées communales ouvertes à tous les citoyens, les demandes de naturalisations peuvent être soumises à ces dernières. Les refus doivent cependant pouvoir être contestés devant les tribunaux. (…) Récemment, les juges ont annulé la décision de l’assemblée communale de Buchs (AG) refusant le droit de cité à une femme musulmane au motif que celle-ci portait le voile - un motif jugé discriminatoire par le Tribunal fédéral. Le préavis de l’exécutif communal était favorable, et ce n’est que devant l’assemblée de commune que l’argument du port du voile avait été brièvement mentionné. Résultat: 19 voix contre, 15 seulement pour la naturalisation. (Le Temps, 31/03/2008)

2600725510Le propos n’est pas ici de commenter la vie politique suisse ni de se prononcer pour ou contre l’UDC. Quoi qu’on puisse en penser, il s’agit bien de rétablir la souveraineté du peuple sur l’octroi de la naturalisation.

Le principe général devrait pourtant aller de soi.

Dans la plupart des pays, la naturalisation est accordée par la bureaucratie administrative, lorsqu’elle ne l’est pas par le pouvoir exécutif, comme dans le cas des Juifs d’Afrique du Nord "devenus Français"…par décret. La rhétorique admise en la matière pose que le plus important est la volonté des individus ou des peuples concernés de "devenir" des ressortissants – encore faudrait-il vérifier les motifs de cette volonté, et en établir la faisabilité au-delà d’une fiction administrative. Cette rhétorique oublie en outre un « détail » qui peut avoir son importance : l’opinion de la communauté dans son ensemble, qui deviendrait « le reste de la communauté » si ces populations venaient à lui être ajoutées.

Nous n’avons pas le souvenir de consultations populaires systématiques sur ces questions pourtant essentielles à la cohésion sociale. Tout se passe par des négociations individuelles ou collectives entre la bureaucratie d’Etat et ces populations. Quant au prétendu contrôle parlementaire, il ne suffit pas; qui peut croire que ses représentants élus aux assemblées, dotés d’un mandat flou et pluriannuel, contrôlés par des partis politiques existants, constituent une garantie suffisante de contrôle démocratique? Il semble que dans le cas suisse, certains aient peur du peuple. Le peuple serait porteur de préjugés. Comme si le corset droit-de-l’hommiste, au visage juridique et bien-pensant, ne l’était pas. Il l’est bien entendu aussi, et de façon peut-être pire, car insidieuse. Qui peut croire que des juges inamovibles, fonctionnaires de l’Etat et au raisonnement formaliste coupé des attentes sociales, peuvent offrir une garantie de démocratie ? Dans le cas de cette femme qui portait le voile, il ne nous parait pas que le jugement populaire était discriminatoire. Des Suisses peuvent à bon droit estimer qu’une telle personne n’a ostensiblement pas adopté les moeurs vestimentaires, religieuses et le mode de vie propre à la culture suisse. Tout dépend si l’on admet ou non que cette culture existe et qu’il faut la préserver. Les juges du tribunal fédéral ont fait leur choix… L’idée d’encadrer le jugement populaire n’est cependant pas mauvaise. Seulement, cet encadrement ne peut pas être juridique, étatique, bureaucratique. Il faut envisager des méthodes modernes de modération, de formation, de conscientisation de certaines limites. Des formateurs et des modérateurs experts auraient certainement leur rôle à jouer dans un cadre institutionnel ouvert.

Rappelons enfin que les communes ne sont pas des communautés. Ce sont, dans la plupart des pays, de simples administrations, fussent-elles locales. Et ces administrations sont bien intégrées au système de l’Etat. Comme l’a montré récemment, dans un autre contexte, l’exemple d’un ministre de l’Intérieur flamand qui refusait, pour des raisons de forme, de nommer des bourgmestres qui avaient pourtant été élus…

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(4.4/5 - 28 Votes)
- Immigration, civisme et Droit-de-l’Hommisme: les limites imposées à la liberté d’expression Ethnicité - 13-03-2008 - TSCF

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Ethnicité: les limitations bien-pensantes au droit d’expression

 Le leader français d’extrême droite Jean-Marie Le Pen a été jugé coupable mercredi par la cour d’appel de Paris de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale pour des propos d’avril 2004 sur les musulmans de France. En première instance, il avait échappé à toute condamnation, le tribunal correctionnel de Paris ayant "annulé les poursuites" contre lui. Mercredi, la 11e chambre de la cour d’appel a condamné le président du Front national à payer 10.000 euros d’amende et à verser 5.000 euros de dommages et intérêts à la Ligue des droits de l’Homme, partie civile. Le 2 avril 2004, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné Jean-Marie Le Pen pour une interview au quotidien Le Monde, du 19 avril 2003, dans laquelle il avait déclaré: "Le jour où nous aurons en France, non plus 5 millions mais 25 millions de musulmans, ce sont eux qui commanderont". "Et les Français raseront les murs, descendront des trottoirs en baissant les yeux. Quand ils ne le font pas, on leur dit +qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça, tu cherches la bagarre? ».

Et vous n’avez plus qu’à filer, sinon vous prenez une trempe", avait-il ajouté. Un mois plus tard, M. Le Pen revenait à la charge dans une interview au journal d’extrême droite Rivarol: "D’autant que quand je dis qu’avec 25 millions de musulmans chez nous, les Français raseront les murs, des gens dans la salle me disaient, non sans raison:"Mais M. Le Pen, c’est déjà le cas maintenant". C’est pour ces nouveaux propos qu’il a été condamné mercredi. "Le prévenu oppose les Français aux musulmans (…) et tend à susciter (…) un sentiment de rejet et d’hostilité envers la communauté musulmane", a considéré la cour mercredi. "Son propos instille dans l’esprit du public la conviction que la sécurité des Français passe par le rejet des musulmans et que l’inquiétude et la peur, liées à leur présence croissante en France, cesseront si leur nombre décroît et s’ils disparaissent", a-t-elle ajouté. (L’Echo, 12/03/2008)

Nous ne défendrons ici ni cette décision de justice, ni M. Le Pen. On ne peut néanmoins que s’interroger sur la fonction que remplit ce type de décisions. Il ne s’agit pas ici de justice, mais de théâtre, d’un théâtre qui, d’une part, stigmatise un homme politique en lui appliquant des qualifications qui nuisent à son image, et d’autre part, pose a priori que les situations évoquées ne sont pas réelles. Or ces propos, après tout, sont bien banals, et reflètent des situations ressenties par beaucoup de personnes. Ce théâtre vise, en faisant un exemple, à promouvoir - et ce n’est pas nouveau - le silence sur certaines situations sociales. Faut-il pour autant penser que l’arsenal législatif mis en place dans de nombreux pays a pour objectif de juguler les réactions de la population de souche au flot migratoire? C’est hautement probable. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas en intimant silence à une partie de la population qu’on éliminera le problème. Cela revient à avoir recours au mécanisme du refoulement, prenant le risque que des pathologies sociales se développent à sa suite, réapparaissant, ici, ailleurs, sous une autre forme… Une société civile vibrante est celle qui retrouvera ses pleins droits civiques, en ce compris la pleine liberté de parole sur tous les sujets essentiels.


(4.1/5 - 27 Votes)
- Immigration: des chercheurs militants Ethnicité - 27-05-2007 - TSCF

2150782035La croix et le croissant: l’improbable dialogue

 Une étude de l’Université catholique de Louvain (UCL) en atteste: plus de la moitié des personnes interrogées estiment que le port du voile « va à contre-courant de la société moderne ». Près d’une sur quatre ne le tolère même pas sur la voie publique. Le voile est perçu comme le signe d’une soumission (par près de sept personnes sur dix), comme un symbole antioccidental (par 31 % des sondés), voire comme une provocation (23 %). A peine un sondé sur cinq y voit l’expression d’une liberté.
 
Les chercheurs du Centre de psychologie de la religion de l’UCL n’en sont pas restés à ce simple constat statistique. Ils ont voulu identifier ce qui, dans la nature humaine, alimentait l’aversion à l’égard du voile… Deux facteurs explicatifs étaient généralement avancés par les experts : un racisme diffus (le rejet d’autrui, la peur de la différence) et un idéal d’autonomie, d’émancipation individuelle (le voile étant alors perçu comme l’instrument de la prétendue soumission des femmes musulmanes).
 
Surprise : l’étude démontre que plus les personnes interrogées valorisent les valeurs d’autonomie, d’émancipation personnelle, plus elles ont tendance à accepter le port du voile. « Contrairement à l’idée reçue, c’est donc principalement le racisme qui suscite en grande partie l’hostilité au voile, commente le professeur Vassilis Saroglou. Mais il n’est pas exclu, nuance-t-il, que la présence marquée du voile dans l’espace public alimente un racisme sous-jacent. ». Quoi qu’il en soit, ce racisme ambiant (moins basé sur l’ethnie que sur le mépris de la nature de certains groupes) apparaît clairement, et à travers deux enquêtes indépendantes successives, comme le facteur « prédictif » le plus déterminant du rejet du voile. Ce qui ne signifie évidemment pas que tous ceux qui s’opposent au port du voile sont racistes. D’autres variables explicatives entrent en ligne de compte. Le jeu des corrélations permet ainsi aux chercheurs de dresser le profil psychologique type de l’adversaire du voile… Il est plutôt âgé (plus on est jeune, plus on accepte le voile), anticlérical « primaire » ou bien religieux orthodoxe, convaincu de sa supériorité culturelle. Sécuritaire, conformiste, il valorise le pouvoir, la réussite, l’hédonisme. Il est politiquement marqué à droite… A l’inverse, les plus tolérants à l’égard du voile se caractérisent par l’importance qu’ils accordent à l’autonomie de l’individu (liberté, indépendance…), par leur sens de la spiritualité, leur caractère universaliste, une personnalité ouverte à l’expérience (curiosité intellectuelle, attrait pour l’art et la culture, créativité)…
 
minaret1Vassilis Saroglu, Coralie Buxant et Matthieu Van Pachterbeke déduisent de leur recherche une double responsabilité : « Pour la société d’accueil, cela implique la nécessité d’un travail incessant sur le racisme qui couve en son sein… Un travail d’éducation à la différence à l’école, via les médias, etc. Pour la communauté musulmane, il s’agit de tenir compte du regard pour le moins suspicieux d’une frange importante de la société. Une réflexion éthique, spirituelle et pragmatique sur une pratique religieuse qui doit aussi tenir compte du regard d’autrui. ». Nombre d’acteurs associatifs musulmans s’inscrivent d’emblée dans cette perspective de promotion du « vivre ensemble », en rappelant, par exemple, que le Coran n’impose en aucune manière le port du voile aux musulmanes. Ou encore en incitant les jeunes filles qui portent le voile à le retirer si le règlement d’ordre intérieur de leur école l’interdit.
 
En revanche, la société belge tarde à concrétiser ses promesses… Voici tout juste deux ans, la Commission du dialogue interculturel refusait de prendre parti pour l’interdiction du voile à l’école, constatant que « notre histoire, notre Constitution, la structure de nos institutions scolaires ne sont pas celles de la France ». Les sages de la Commission avaient pointé d’autres priorités : rééquilibrer la répartition des élèves, notamment par des incitants financiers pour les écoles qui réalisent la mixité culturelle, ou encore réduire de moitié le volume des cours de morale et de religion, en fin de secondaire, au profit de cours de philosophie. (Le Soir, 26/05/2007).

3788750440Les pseudo-experts de l’UCL ont-ils réellement écrit de telles insanités, ou leurs propos ont-ils pris un tour caricatural sous la plume d’un journaliste politisé? On savait les chercheurs en sciences sociales souvent militants, mais pas de façon aussi flagrante.

70 % des Belges se voient qualifiés de racistes. A rappeler toutefois que la signification de ce mot est extrêmement floue et son emploi chargé d’une fonction polémique de contrôle, d’inhibition, de production d’une orthodoxie intellectuelle. Car qu’est-ce qu’être raciste? Tout souhait de rester entre soi, de former une communauté, peut être stigmatisé par cette expression. Pour autant, il n’est nul besoin de recourir aux concepts vagues de rejet d’autrui (?) ou de peur de la différence (??) pour disqualifier le désir, en soi sain et compréhensible, de fréquenter son propre groupe ethnoculturel, dans son propre pays et sur son propre territoire. Cette attitude n’est nullement incompatible avec l’existence d’échanges entre des cultures qui se respectent et se comprennent, chacune dans son identité, lors de voyages ou d’échanges commerciaux par exemple.

blue burkah 2Mais l’article va plus loin en traçant un portrait manichéen de ceux qui n’acceptent pas le port du voile (qualifiés de conservateurs, vieux, primaires…) et ceux qui l’acceptent (auxquels sont prêtées de merveilleuses qualités de créativité…). De ces divagations risibles il n’y a qu’une seule chose intéressante à tirer: le paradoxe qui consiste chez certains à associer le port du voile islamique avec la valorisation des libertés individuelles. Le voile islamique, de même que la bourkah, a pour sens de voiler les charmes des femmes au regard des hommes. Cela ne va pas dans le sens de la libéralisation des relations entre les sexes telle qu’elle peut découler d’une problématique de libertés individuelles…

La chute de l’article est à l’avenant: les minorités font tout pour s’intégrer à la société belge; la société belge ne fait rien pour intégrer les minorités. C’est la société belge qui doit s’adapter aux migrants (pour quel bénéfice? cela n’est pas précisé); ce n’est pas aux migrants de faire l’effort de l’intégration…:).

Pour autant, la Commission du Dialogue Interculturel a eu raison de pointer que notre tradition n’est pas celle de la France. L’Etat français ne se soucie pas de dialogue intercuturel, mais uniquement d’écraser les différences culturelles sous l’uniformité étatique. Le port du voile islamique dans les écoles est un problème que l’Etat français laïc a avec lui-même, et dont il a voulu se sortir en le qualifiant de "signe ostentatoire" - pléonasme grossier…


(3.6/5 - 29 Votes)
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