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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (IV) Economie, Politique - 01-07-2010 - TSCF

 

L’euro rattrapé par ses tares de naissance

 

 Thus, the result of 15 years of an accelerated European process appears as the worst possible combination. Paradoxically, the maastrichtian project is on the one hand statist and bureaucratic, on the other monetarist and neoliberal.  The European Monetary Union (EMU) project, far from being the nice modernization, the shift to the future praised by the power, is essentially a regression to the past. Politically obsolete, it is nothing but the inappropriate projection of the old statist schemes of the previous nation-states on a new situation. It takes the risk to lead to the creation of a potentially uncontrollable political power. Socially reactionary, it aims at deepening the social differentiation and to restore the previous hierarchies at the expense of the middle classes that have made the prosperity of Europe.  Economically inefficient, EMU essentially benefits the political class and large corporations. But is sacrifices the interest of other categories of players. Such a currency, the feasibility of which is problematic in a context as diversified as Europe’s one, even to te eyes of orthodox economists, would normally presuppose a coherence of the economic, social, legal and cultural systems of the concerned countries, which, given the still deep differences that separate them, can only be realized very slowly. Introducing a single currency amounts therefore to establishing an acceleration instrument of this coherence, complying with the "violence of the currency" on economic and social structures. A deepening of the socioeconomic crisis, stamped with the prolongation of recessionary tendencies, the multiplication of brutal and ill-managed changes, and the deepening of social tensions, can now be feared. (Hunout & Ziltener, The International Scope Review, Volume 1,1999, Issue I, Summer)

Patrick Hunout et Patrick Ziltener avaient, dans l’article susmentionné, diagnostiqué les défaillances inhérentes à la conception même de l’euro, et prédit les changements brutaux et mal conduits qu’il rendrait inévitables, de même que ses effets négatifs sur la croissance et l’emploi. Quelques dix ans plus tard, les évènements leur donnent raison.

Plusieurs aspects caractérisent en effet la situation actuelle.

euro11. Le mal est ancien

Un marché baissier a commencé au début des années 2000. Il a été repoussé grâce à une augmentation imprudente de cash et de crédit par les autorités monétaires suite à la pseudo-récession de 2001. En 2007, après une bulle spectaculaire de l’industrie financière et de l’immobilier résidentiel, le marché baissier a repris. En 2008-2009, les prix des actions se sont effondrés, ont atteint un plancher temporaire et ont rebondi. En 2010, la phase finale du marché baissier pourrait être en train de commencer.

L’an 2000 c’était, souvenez-vous, non pas un bug informatique qui avait été annoncé et ne s’est pas produit, mais un bug humain qui s’est traduit par une vague incroyable de décès et de dépressions. C’était le point de départ d’un grand changement, - en apparence économique, mais en réalité plus global - , qui ressurgit quelques 10 années plus tard après une période de mise en veilleuse. Comme quoi la finance suit bien les rythmes de l’énergie universelle. Et comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs?

Au début était la crise des subprimes. En août 2007, les marchés ont tremblé. A l’automne 2008, Lehman Brothers avait fait faillite et les actions chutaient partout dans le monde. La fin du début s’est produite le 9 mars 2009. Les actions avaient perdu environ la moitié de leur valeur… une perte de 25 000 milliards de dollars sur l’ensemble de la planète. La première phase avait pris fin. La phase suivante fut le rebond. Il stimula les cours boursiers un peu partout — et plus particulièrement sur les marchés émergents. Dans le monde, les actions reprirent environ la moitié de ce qu’elles avaient perdu durant la première phase.

euro12. L’économie n’a pas été redressée

Le discours ambiant est qu’il y a reprise – c’est le discours des politiciens et autorités monétaires, et les investisseurs veulent y croire.

Mais les statistiques US, pays dans lequel la crise de 2007 a commencé, montrent deux à trois ans après une récession plus qu’une reprise.Les dépenses de consommation augmentent, mais cette hausse a été financée par l’épargne, qui a rechuté à son plus bas niveau en deux ans. Dans le même temps, le chômage américain ne montre pas de signes d’amélioration. Dans l’ensemble, les gens qui ont perdu leur emploi durant la crise de 2007-2009 sont encore sans travail.; bon nombre de ces postes n’ont pas été simplement mis en attente - ils ont été éliminés pour de bon, et l’économie n’en crée guère de nouveaux. Malgré les milliers de milliards de dollars dépensés en relances en tout genre, il se trouve 11 millions de chômeurs et 40 millions de personnes dépendant des coupons alimentaires aux Etats-Unis, tandis que des centaines de milliers de nouveaux diplômés rejoignant les rangs des sans-emploi. 

Le taux de chômage remonte vers les 10%, mais ce chiffre ne tient compte que des gens qui ont cherché un emploi au cours de l’année passée; le taux de chômage réel est de 17% ou 18% de la population en tout. Et même ceux qui ont un emploi voient leurs revenus diminuer. Avec tant de chômeurs, les augmentations de salaires n’ont plus de sens ; au contraire, les salaires baissent. L’offre augmente, les prix baissent. Le marché immobilier ne se porte pas bien non plus. Le crédit d’impôts accordé aux primo-accédants à la propriété a lui aussi pris fin. Comme prévu, les taux de paiements en souffrance et de saisies atteignent de nouveaux records. Un propriétaire américain sur dix est en difficulté. Les stocks de maisons invendues restent extrêmement élevés. En Europe et au Japon, le tableau n’est guère plus réjouissant. La croissance est lente et le chômage élevé. Les gouvernements ont déjà utilisé toutes leurs munitions budgétaires et monétaires… Ils ont déjà utilisé plus de stimulants qu’aucun gouvernement de l’Histoire. Pour quel résultat? Après 8000 milliards de dollars de garanties financières et bancaires, et les déficits les plus profonds depuis la Deuxième Guerre mondiale… tout ce qu’ils ont obtenu, c’est une petite hausse des chiffres de l’économie. 

euro13. Le rebond des bourses en 2009 est largement dû aux stimulants gouvernementaux

Le rebond des bourses en 2009 est dû pour une part aux bénéfices des entreprises "débarrassées" de leur personnel, ainsi qu’aux taux d’intérêt maintenus très bas qui permettent d’emprunter pour investir à bon compte. Mais ce rebond a porté sur des volumes faibles et n’a fait que compenser en partie les pertes précédentes. Il n’est pas le signe d’une véritable vigueur économique. La Bourse de Wall Street n’a remonté que dans la place financière que grâce aux titres de sociétés au fond du gouffre, maintenues sous respiration artificielle par des fonds publics. Sans ces titres, les volumes d’échanges auraient même reculé.

Cependant, ce qui s’est passé en 2009 sort véritablement de l’ordinaire. Premier point, la reprise a été extrêmement forte. Plus de 50% sur le S&P 500 entre mars (le point le plus bas) et septembre (six mois plus tard). Bien davantage que toute reprise depuis 1940 ! Mais les volumes de transactions se sont contractés de manière continue de mars jusqu’à la fin de l’été. Une reprise sans volume… Mais les volumes se sont nettement repris au cours du mois de septembre sur le S&P 500. La remontée des échanges, cependant, repose sur une poignée de titres, des titres bien connus comme:Fannie Mae, Freddie Mac, Citigroup, AIG et Bank of America. Ces cinq entreprises ont essuyé des pertes 2009 de 74 milliards de dollars pour Fannie Mae, 22 milliards pour Freddie Mac, une embellie en comparaison des 50 milliards envolés en 2008, 2 milliards pour Citigroup , après une minuscule perte de 18 milliards en 2008, 11 milliards pour AIG, neuf fois moins que les 99 milliards de 2008, 2 milliards pour BoA. Ce sont des titres financiers qui, dans une économie de marché libre, seraient morts et enterrés.

De plus, le rallye haussier de 2009 est partiellement dû à et alimenté par des informations mensongères des gouvernements et des banques d’affaires. La hausse surréaliste des indices boursiers résultait d’une formidable entreprise de manipulation des cours et d’une campagne de désinformation savamment orchestrée par une poignée d’institutionnels au pouvoir d’influence hégémonique. Certains d’entre eux se sont d’ailleurs fait une spécialité de créer des bulles d’actifs en exploitant l’aveuglement et la paresse intellectuelle des suiveurs de tendance systématiques afin de prendre des paris contraires et de ramasser plusieurs fois la mise.

euro14. La bulle de crédit a été transférée au budget des Etats

Il a fallu des milliers de milliards de dollars de mesures de relance et de garanties sur prêts, et une coalition sans précédent des pays du G20 pour redresser l’économie après la faillite de Lehman Brothers en 2008. Pour enrayer la panique qui s’est alors emparée des marchés financiers, les gouvernements ont transféré une quantité gigantesque de dette privée sur les comptes publics. Un autre modèle économique a remplacé le précédent : les Etats cherchent à remplacer les effets de l’expansion de la bulle de crédit en se lançant dans une fuite en avant dans le déficit public, qui atteint une intensité quasiment comparable à celle d’une période de guerre (8 à 12% du PIB selon les pays). Les marchés se sont remis à monter, faisant l’hypothèse que ce "nouveau" modèle (en fait il ne s’agit que d’une version amplifiée des précédentes relances étatiques par la dette) pourrait fonctionner durablement et être prolongé aussi longtemps que nécessaire jusqu’à ce que l’économie reparte toute seule. Puis l’affaire de la dette grecque a éclaté. La dette publique grecque représente environ 400 milliards d’€. Il suffirait d’environ 150 milliards d’€ pour la ramener à un niveau raisonnable. Un montant qui est à la portée des autres pays européens, et qui représente environ 1 mois 1/2 de déficit public US. Mais ici encore, la vraie question est que le problème de la Grèce pourrait être un signal d’alarme qui nous dit que la fuite en avant des Etats dans la dette publique est sur le point de toucher de ses limites, que le modèle actuel va donc casser à son tour.La Grèce est en effet loin d’être isolée. Les Etats de la périphérie de l’Europe (l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et le Portugal – les PIIGS) sont dans une situation très similaire. On peut même affirmer que le niveau de l’endettement d’Etats comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou la France est assez similaire à celui de la Grèce.

Bien entendu, le marché pourra refuser d’entendre l’avertissement grec pendant quelques mois. Là aussi, arrêter dès maintenant le mouvement de hausse supposerait pour les opérateurs d’accepter qu’un modèle (la relance étatique) qui a semblé fonctionner pendant des décennies (en créant au final le plus grand déséquilibre financier de l’histoire) cesse de le faire aujourd’hui.

Aujourd’hui, la dette de ces Etats inquiète les investisseurs et aucune échappatoire n’est cette fois envisageable. Avec les problèmes de dette souveraine de la zone euro, s’ouvre une nouvelle phase de la crise qui pourrait s’avérer encore plus difficile à régler. L’explication est connue: la Grèce a été considérée pendant des années – «à tort, car il n’y avait pas de politique budgétaire et fiscale commune», dixit le professeur Krugman – comme faisant partie d’un ensemble intégré. Elle a ainsi pu emprunter trop longtemps a des taux trop bas. Comme le Portugal, l’Espagne ou encore l’Irlande.

euro15. La crise budgétaire des Etats se transforme en crise monétaire de l’euro

En 2007, le marché avait eu tort de s’éprendre du mythe selon lequel la crise des subprimes ne présentait aucun caractère contagieux. La tentation était forte de croire que le transfert des dettes pourries du secteur privé vers le bilan des banques centrales (et les contribuables) avait neutralisé leur caractère nocif. Un déferlement d’argent créé ex-nihilo (encore de la dette s’ajoutant à la dette) devait achever d’entretenir l’illusion d’une sortie de crise. On a refusé de prendre en compte des vérités qui dérangeaient depuis fin novembre/début décembre 2009 (effondrement du secteur immobilier à Dubaï, faillite islandaise, dégradation de la dette émise par Athènes). A cela succède désormais la crainte de voir la faillite de la Grèce sonner le glas d’une union monétaire qui s’est interdit de mettre au point des mécanismes d’ajustements structurels au cas où de fortes disparités économiques mettraient en difficulté certains de ses Etats membres.

La crise grecque et celle des PIIGS débouche sur la fragilisation du dogme monétaire qui était censé nous apporter la croissance garantie ainsi qu’un bouclier incontournable contre les divers chocs financiers et économiques.

Nous ne voyons pas comment la Grèce pourrait éviter une sortie de l’euro, ce qui serait certainement la seule solution efficace pour elle de retrouver la croissance, plutôt que de s’enfermer dans une politique de déflation pour de longues années, porteuse de dépression économique et de graves risques sociaux et politiques. Après tout l’Argentine a connu des problèmes analogues qu’elle a surmontés en peu d’années, après avoir décroché sa monnaie de la parité avec le dollar (malgré les efforts mal inspirés du FMI pour la « sauver » par des prêts, assortis de l’imposition d’une politique restrictive, erreur que l’institution réitère aujourd’hui avec la Grèce) et après avoir fait défaut sur le remboursement de sa dette. La Grèce doit donc choisir entre la dépression prolongée assortie de troubles politiques, et la sortie de l’euro avec répudiation de sa dette, partielle ou totale. Prolonger le déni de réalité n’améliorera pas la condition du patient mais l’aggravera encore.

S’il est vrai que la Grèce aura besoin d’une croissance annuelle de 7.5% pour arriver à payer seulement l’intérêt de sa dette actuelle sans parler de la formation d’une dette nouvelle au cours des prochaines années, alors, compte tenu de la dépression économique que ne manquera pas d’engendrer le programme d’austérité du gouvernement, il paraît impossible que la Grèce ne puisse pas se trouver en défaut de paiement dans un avenir proche. Le plan d’aide annoncé avec grand fracas par l’UE n’a fait à cet égard qu’acheter du temps permettant, peut-être, aux banques européennes lourdement exposées en Grèce de se défaire de leurs actifs à risque.

Compte tenu des disparités croissantes entre des pays qui ne peuvent gérer leurs différentiels de compétitivité et d’inflation en dévaluant, la zone euro elle-même pourrait être condamnée à disparaître ou à subir de très fortes turbulences. A titre d’exemple, le différentiel d’inflation entre la France et l’Allemagne dans les dix dernières années (années de l’instauration de l’euro) a été de 35%. Ce qui aurait dû normalement se traduire par une dévaluation du franc français mais n’a pu l’être, et pour cause.

La création de l’euro était une idée absurde émise par des apparatchiks français pour forcer l’intégration politique de l’Union européenne. Elle a fait empirer l’économie, parce qu’une monnaie ne se décrète pas du jour au lendemain, mais émerge à la suite d’un long processus historique de confiance progressive, au surplus dans une zone non optimale parce que trop hétérogène et dont aucune des règles qu’elle devait observer n’a été respectée.

Il est clair que la crise actuelle montre la validité de la théorie des zones monétaires optimales et le rôle fondamental d’un taux de change adéquat pour la poursuite de la croissance. Les évolutions observées depuis 1999 ont montré, à l’inverse, l’inanité de la théorie étonnante selon laquelle la création d’une monnaie commune suffirait à obliger des économies dissemblables à converger vers un même rythme d’inflation et des taux de croissance comparables.

euro16. Les réactions des dirigeants politiques ne sont pas à la hauteur de la situation

Les réactions des leaders politiques à la nouvelle étape de la crise, étape qui a débuté fin 2009 avec les doutes sur la solvabilité de la Grèce, devraient consister à liquider l’excès de dette de façon ordonnée, ce qui suppose dans certains cas d’accepter des faillites encadrées (négociations avec les créanciers d’une réduction du montant de la créance en échange de toute garantie de remboursement de la part d’un Etat), - et à réduire de façon drastique le train de vie des Etats pour restaurer les équilibres budgétaires indispensables au maintien d’un niveau de confiance suffisant dans la monnaie chez les créanciers et fournisseurs.

Au lieu de cela, les leaders politiques sombrent dans la fuite en avant :

- Recherche de bouc émissaire: les spéculateurs ou les agences de notation par exemple. L’idée de créer une agence de notation européenne revient à permettre aux gouvernements de se noter eux-mêmes.

- Evitement de la réalité : plutôt de restaurer sa compétitivité, demander aux pays en excédent commercial de cesser de faire des excédents commerciaux. Le boomer ne doute en fait absolument de rien, il est convaincu d’être au centre de l’univers et persuadé que tout lui est dû. Il lui semble donc tout à fait naturel de demander aux pays exportateurs, qui produisent des richesses réelles, épargnent et travaillent, non seulement de financer gentiment son train de vie à crédit, mais aussi de faire en sorte que ces pays corrigent ensuite encore plus gentiment les déséquilibres provoqués par cette vie à crédit.

- Fuite dans la monétisation : un Etat dépense trop et ne trouve plus de prêteurs pour financer son train de vie? Qu’à cela ne tienne, il va demander à la BCE d’acheter ses dettes à un prix (taux) cadeau en lui fournissant tous les euros nécessaires et il n’y a plus de problème ! Les pays qui nous fournissent en pétrole, uranium, matières premières et biens de consommation divers vont continuer à nous donner indéfiniment tout ce dont nous avons besoin pour notre confort de consommateur en échange des euros imprimés en masse par la BCE. Et des pays comme l’Allemagne seront enthousiastes à l’idée d’imprimer des euros pour les donner aux pays les plus dépensiers et les plus irresponsables et ne s’inquièteront pas un seul instant d’un risque d’effondrement de la valeur de l’euro.

- Gagner du temps : le fonds d’aide européen est un dispositif « novateur » est financé entièrement par des emprunts des Etats membres de l’Union Européenne, qui sont presque tous très endettés et en situation de déficit public très élevé. Donc les Etats dépensiers empruntent pour permettre aux Etats encore plus dépensiers d’emprunter plus. En clair, il s’agit de creuser un trou pour en reboucher un autre (tout en creusant en même temps d’autres trous pour financer les innombrables déficits publics existants en parallèle). Et cela s’appelle un "mécanisme de stabilisation de la zone euro…".

- Occultation du problème : En termes pratiques, avec les CDS de la Grèce à des taux dépassant 1 000 points de base, il vous en coûtera un million de dollars pour assurer contre les défauts de paiement 10 millions de dollars de la dette sur cinq ans de la Grèce. Les marchés indiquent par là que la dette de la Grèce ne va simplement pas être remboursée, ou qu’elle ne sera pas remboursée au niveau des prêts qui ont été accordés. C’est également la raison pour laquelle on peut s’attendre à voir les organismes de régulation européens et américains fermer le marchés des CDS pour éviter que les valorisations fixées par le marché ne communiquent pas trop d’informations sur l’état lamentable des finances gouvernementales. 

- Fuite dans le fiscalisme: il est bon que les gouvernements remettent à plat leur budget et suppriment les dépenses improductives, à condition que cela soit fait intelligemment . Même la suppression des niches fiscales peut être bonne dans la mesure où elle peut constituer la première touche de l’introduction de la flat tax permettant un contrôle effectif des citoyens sur les Etats. Mais les projets de hausse de la TVA montrent que les hommes de l’Etat n’ont toujours rien compris et continuent de pressurer une société passive qu’ils veulent étouffer encore un peu plus sans aucun frein.

Au lieu de tout cela, il faut admettre que les structures pourries doivent tomber pour céder place au renouveau. Cela passe par la fixation de règles pour sortir de l’euro, et par l’abandon progressif de cette chimère au profit d’un SME renforcé. Cela passe plus largement par la mise en question des monnaies fiduciaires dont la valeur est basée sur le caprice des Etats et de banques centrales qui sont leur émanation. Cela passe enfin et surtout par la faillite programmée des Etats, non dans le sens d’un défaut de paiement, mais dans le sens d’une liquidation progressive de leur activité hypertrophiée, inutile et contre-productive, et d’un transfert de pouvoir à la société civile organisée.   


(4.3/5 - 24 Votes)
- Libéralisme et individualisme Economie, Ethique, Politique - 30-05-2010 - TSCF

Faillite de la Grèce ou faillite de l’Etat grec ?

On voudrait nous faire croire que c’est la faillite de la Grèce. Rien n’est plus faux. C’est la faillite de l’Etat en Grèce. C’est la preuve éclatante de la dangerosité des hommes politiques, des hommes de l’Etat. Ceux-ci ont ruiné leur pays. Ce ne sont pas les Grecs eux-mêmes. Ce sont les hommes de l’Etat, ce qui inclut leurs complices dits "privés". Les hommes de l’Etat, non contents de ruiner les Grecs, leur demandent aujourd’hui de se serrer la ceinture pour réparer leurs bêtises.Est-il normal que "le peuple" paie pour l’incurie de ses dirigeants ? Certes, on conviendra sans peine qu’en un sens il l’a bien cherché. Comme l’immense majorité des Européens, et surtout des Français, les Grecs croient en l’Etat. Ils ont voté pour des Hommes de l’Etat qui prétendaient leur assurer le bonheur sans effort, sans responsabilité, sans prévoyance. En résumé ils avaient "l’Etat". Et, Bastiat l’écrit dans son pamphlet : "L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde". "Le peuple" s’est laissé faire. Mais la responsabilité de la catastrophe incombe en premier lieu aux hommes de l’Etat. La naïveté, la crédulité même intéressée, la paresse, l’égoïsme ne sont que des facteurs favorisants. (…) Que faire ? Il faut revenir aux fondamentaux. Il faut rendre à l’individu ses droits naturels. La bonne solution consiste à liquider l’Etat tel que nous le connaissons, pour le recentrer sur ses activités de base. Les Grecs ne sont pas en faillite, c’est leur état qui l’est. Il faut privatiser. C’est-à-dire rendre aux gens tous ce que l’Etat leur a confisqué, pour le restituer à leurs propriétaires naturels et légitimes les individus. Il faut vendre tous les actifs non indispensables aux fonctions régaliennes de l’Etat. Les Grecs ont les moyens. Il paraît que 40% de leur PIB provient de l’économie libre ("clandestine", en Novlangue), et que les Grecs fortunés investissent en masse à l’étranger, à Londres en particulier. (Blog « Objectif Liberté », 10/05/2010)

Cet article (dont nous citons ici des extraits) est symptômatique des mérites et des absurdités du libéralisme. Car si cette idéologie insiste à juste titre sur les excès de la bureaucratie d’Etat et sur le fait que cette dernière fausse et étouffe l’économie…elle réduit de façon plus que simpliste la société à une collection d’individus.

Nous ne sommes plus au XVIIIème siècle. Depuis Bastiat (1801-1850), de l’eau a coulé sous les ponts. Les sciences sociales nous ont appris que la société unit ses membres par des normes, des valeurs, des attitudes, un sentiment de communauté, une moralité. Plus cet esprit commun est fort, plus la société s’autogère par la négociation, le réseau et la confiance.

En réalité, la société se gère très bien elle-même dans l’immense majorité des cas. Sinon, rien ne pourrait fonctionner au quotidien, et surtout pas la vie des affaires! Et ce n’est pas la peur du gendarme qui fait fonctionner les gens. C’est tout simplement le sens commun et la moralité. La « société de surveillance » actuelle est fondée sur l’exploitation par les gouvernements d’une infime proportion de cas extrêmes de déviance sociale. Des cas qui résultent pour une bonne part des politiques menées par ces mêmes gouvernements.. Extrapolant sur ces cas minoritaires, la bureaucratie étatique en fait un prétexte pour édicter et imposer à son bénéfice ses règles, ses restrictions et ses sanctions.

Dans la pratique, le libéralisme et le néo-libéralisme ont fonctionné comme des idéologies étroitement liées aux intérêts de la bourgeoisie d’affaires qui les portent. C’est la raison pour laquelle ils insistent sur les libertés économiques (celles des entrepreneurs) plus que sur les libertés sociales (celles de la société) face aux Etats, alors que ces dernières sont tout aussi importantes. Si les valeurs individualistes qui sont les siennes ne sont pas celles de la société ambiante, qu’à cela ne tienne, elle promeut et instille de telles valeurs jusqu’à affaiblir dangereusement le lien social. Le démantèlement de la prévoyance sociale et de toute forme de protection que ce courant a généralement promu n’est pas une solution miracle, et génère à court terme pauvreté et précarité. Les troubles sociaux et mentaux qui en résultent sont alors réprimés via les instruments policiers et judiciaires mis en place par la « société de surveillance ».

Dès lors, si nous pouvons souscrire à l’idée d’une éradication de l’Etat et à son recentrage sur des services utiles (pas forcément des fonctions régaliennes, car nombre de fonctions dites régaliennes pourraient être soit privatisées, soit sociétalisées ou mutualisées), nous ne pouvons pas pour autant cautionner une idéologie individualiste simplificatrice qui ne propose rien de réel pour remplacer le recul de l’emprise étatique.

Le libéralisme et l’étatisme ne s’opposent pas. En réalité. Ils se complètent : le premier, en détruisant le lien social, fait le lit du second, car il rend crédible la nécessité des régulations ; le second a tout intérêt à la promotion d’attitudes individualistes qui, en rendant la société incapable de se réguler elle-même sans l’Etat, donneront l’impression qu’il est indispensable.

 
 


(4.1/5 - 23 Votes)
- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (III) Economie, Société - 01-01-2010 - TSCF

La grande opportunité de la crise économique mondiale: nous débarrasser des Etats
 

Ne serait-ce pas une preuve de maturité politique que d’accepter de voir que depuis la mise en place de la monnaie unique, les pays concernés s’en sortent sur tous les plans moins bien que les autres : croissance économique, chômage, dette, pouvoir d’achat ? Aujourd’hui, 5 pays européens sont dans une tourmente financière sans précédent, et ces pays appartiennent à la zone euro : la Grèce bien sûr, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’un effet du hasard : l’euro agit comme une contrainte en empêchant ces pays de jouer sur la variable monétaire pour s’en sortir et respirer un peu. L’euro fort les asphyxie, comme il nous asphyxie d’ailleurs, et la monnaie ne pouvant plus jouer son rôle d’ajustement naturel en période de crise, c’est le taux de chômage qui assume cette fonction. (…) D’où ces idées qui fleurissent aujourd’hui, de plus en plus farfelues, et déconnectées du réel, telle que celle de mettre sous tutelle des pays normalement démocratiques et souverains (…). A une moindre échelle, quand tout allait de pis en pis, plusieurs pays européens avaient su au final quitter le Système Monétaire Européen au début des années 1990. Ces pays, tels l’Italie et le Royaume-Uni, vivement critiqués à l’époque pour ce choix, s’en étaient au final mieux sortis dans la crise, et avaient moins subi la poussée du chômage. Sortis de leur fièvre dogmatique, les économistes finiront par l’admettre, quelques années plus tard. On doit espérer qu’il se passe la même chose concernant l’euro. Il faut bien sûr envisager de mettre fin à la monnaie unique, sans tabou, et ces pays, les premiers touchés de manière aussi rude, doivent ouvrir la voie. Cela nécessite dans le contexte idéologique actuel beaucoup de courage, et un peu de tactique. A cet égard, une sortie groupée de la zone euro, qui verrait le même jour ces 5 pays annoncer leur désir de retrouver leur liberté monétaire, permettrait d’éviter un effet de stigmatisation trop fort, et pousserait même très certainement les marchés à « finir le travail », en jouant la fin d’un euro qui aurait prouvé qu’il n’est pas viable (Marianne2, 16/12/2009)

 
euro1(suite) 14. L’explosion du déficit des Etats

Dans de nombreux pays, le transfert du poids de la dette privée vers le secteur public a fait exploser les déficits des comptes gouvernementaux et des comptes sociaux. Les défaillances des gouvernements qui ne peuvent plus porter la dette se multiplient. D’après le niveau des CDS (Credit Default Swap), l’Islande est considérée comme en faillite, la Grèce en est très proche (comme l’ont montré les événements de Décembre 2009). La prime de risque des emprunts grecs est plus élevée que celle d’UBS, l’un des cancres mondiaux de la bulle immobilière américaine. Les primes de risques infligées à d’autres Etats (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) laissent tout simplement entendre qu’ils sont susceptibles de faire faillite. Pour restaurer la confiance, l’Irlande, particulièrement frappée par la crise immobilière, a accordé sa garantie à la totalité de l’épargne déposée dans les banques de l’île. Une promesse qui dépasse largement ses moyens. Avant la crise, la Grèce ou l’Italie avaient une dette déjà beaucoup trop lourde comparée à la taille de leur économie. Résultat, ces pays n’ont aujourd’hui plus aucune marge de manœuvre budgétaire. D’autant plus que leurs recettes fiscales sont appelées à fondre dans la sécheresse de la récession.  A terme rapproché, les finances des Etats britannique ou français pourraient être menacées.

Des bulles immobilières ont explosé ou sont sur le point d’exploser dans plusieurs pays. Et simultanément, les bulles de l’endettement de nombre d’Etats approchent de la rupture. L’affaire Dubai World de Décembre 2009, du nom du conglomérat émirati public en défaut de paiement, est sans doute annonciatrice d’autres défaillances souveraines. Au sein de la zone euro, il y a quatre pays du Sud dont la solvabilité inquiète: le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Les uns, méprisants, les appelaient les pays «Club Med», les autres leur ont donné un acronyme (PIGS) aussi peu sympathique que leurs finances sont prodigues. En Grèce, où les déficits s’accumulent année après année, la dette publique atteint 113% du produit intérieur brut alors que les critères de Maastricht fixaient à 60% le maximum autorisé, et le déficit dépasse 12% en 2009 et 2010! Dans les mesures «draconiennes» qu’il s’est engagé à prendre pourraient figurer un reformatage d’un système de retraites trop généreux, des hausses d’impôts, des coupes dans les dépenses de l’Etat, une lutte contre l’économie immergée, etc. Une radicale cure d’austérité pour retrouver du crédit. Et un plan de rigueur auquel n’échapperont pas d’autres Etats qui, eux aussi, ont trop facilement recours à l’endettement pour financer leur train de vie.

Aux Etats-Unis, le Président Obama combat l’ennemi avec des armes d’un autre temps: la planche à billets, dont les effets collatéraux placent les Etats-Unis tous les jours plus près de la menace du défaut de paiement! Les déficits publics US, qui devraient se situer autour de 9000 milliards de dollars ces dix prochaines années, n’autorisent effectivement quasiment plus aucune nouvelle levée substantielle de capitaux de la part de l’Etat américain dont la capacité de taxation a également atteint son point optimal du fait de la crise économique…Des études ayant ainsi démontré que la totalité des investisseurs Américains et étrangers se devant d’augmenter leurs placements en Bons du Trésor US de 200% afin de satisfaire aux besoins en capitaux de l’Etat fédéral Américain laissent en effet perplexes par rapport à la solvabilité des Etats-Unis d’Amérique … qui ne peuvent pas plus compter sur leurs propres contribuables qui devraient ainsi s’acquitter d’un impôt majoré de 61% si leur souhait était d’équilibrer le budget de leur pays! La Californie, 8ème puissance économique mondiale est en situation de faillite virtuelle. Son gouverneur menace de couper les programmes d’aide sociale s’il n’obtient 8 milliards de dollars d’aides du gouvernement fédéral. Près de 40 Etats américains pourraient être dans les deux ans dans l’incapacité de financer l’assurance chômage et auraient besoin de 90 milliards de prêts pour pouvoir continuer à la financer. 

euro115. La fiabilité douteuse des Etats

Contrairement à ce que pensent les investisseurs en général, les Etats ne sont pas des débiteurs fiables. Ils sont en effet juge et partie, et nul ne pourrait les contraindre, y compris devant leur propres tribunaux, à rembourser leur dette intégralement. Ils auraient tout pouvoir, le moment venu, pour prononcer un moratoire sur la dette, en reporter les dates d’échéance, en changer les taux, en invoquant l’intérêt national. La méthode la plus radicale de restructuration de la dette, employée par les monarques français, consistait à décapiter les créditeurs, mais elle ne serait plus applicable de nos jours. Une autre solution consistait à baisser la part des métaux précieux dans la composition des pièces de monnaie en circulation; l’équivalent moderne consiste à rembourser en monnaie de singe à travers une «dévaluation compétitive». C’est l’exercice périlleux auquel se livre actuellement Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, avec les créanciers chinois. La troisième solution est de répudier la dette comme le firent les Soviétiques en 1917. L’inconvénient majeur est de se couper de la communauté internationale. L’exemple de la Corée du Nord devrait faire réfléchir ceux qui seraient tentés par l’expérience. 

euro116. La possibilité d’une crise monétaire

Le dollar pourrait baisser profondément voire à terme s’effacer comme monnaie de réserve internationale. L’or, en contrepartie, pourrait continuer à monter sur les marchés internationaux car il deviendrait le seul étalon solide par comparaison avec une monnaie fiduciaire fictive.

En Europe, c’est l’euro qui est menacé. Dès avant la crise actuelle, l’économiste de la London School of Economics Charles Goodhart remarquait les évolutions extrêmement divergentes de compétitivité, coûts du travail et balances commerciales à l’intérieur de l’eurozone. Compte tenu de l’existence d’une monnaie unique et de la politique de la BCE concernant l’inflation, ces divergences ne pourraient être corrigées qu’en réduisant la croissance et le niveau de vie de pays comme l’Espagne ou l’Italie. Il y a donc fort à parier que certains Etats membres de l’Union Monétaire voteraient « non » si la décision de joindre l’euro devait être prise maintenant. Dès avant la crise actuelle, Goodhart estimait à 20% la probabilité d’un effondrement de l’Union Monétaire.

Les Allemands sont-ils d’accord pour faire les fins de mois du gouvernement grec, et peut-être demain régler la facture du "grand emprunt" sarkozyen? Curieusement, cette question essentielle n’avait pas été traitée lors de la création de l’euro. Or c’est l’existence même de l’Union Monétaire qui est en jeu. Conçue par beau temps, cette union a pu fonctionner durant ses premières années. Mais la situation présente nous ramène à la réalité. Le corset de la monnaie unique n’efface pas les différences entre les pays, il les exalte, surtout lorsqu’il n’y a pas de transferts budgétaires et de mobilité de la main-d’œuvre. Si l’on évite la crise monétaire à l’intérieur, elle portera sur l’euro lui-même.

Le retour à un SME renforcé permettrait d’éviter l’éclatement désordonné de la zone euro. Le Système monétaire européen (SME) a été lancé en mars 1979. C’était un système de parités stables mais ajustables avec des marges de fluctuations de 2,25% autour des parités centrales (jusqu’en août 1993), sauf pour certaines monnaies faibles qui bénéficiaient de marges de 6%. L’accord européen sur ce mécanisme de change était complété par la création de l’Ecu, qui était une unité monétaire composite constituée par un panier de montants déterminés de chaque monnaie communautaire, y compris celles qui ne participaient pas au mécanisme de change. Chaque monnaie avait donc un cours pivot en écu et un cours de marché. Des facilités de crédit étaient prévues pour défendre les parités au sein du SME. Tout en assurant une certaine intégration, le SME permettait des réajustements de parité.

euro117. Les perspectives: une crise prolongée et des opportunités de changement

Saisies immobilières en progression, risque de faillites de certains Etats, crash de l’immobilier commercial et CMBS liés, reset des prêts Alt-A et "option ARM", asphyxie du financement à court terme par les papiers commerciaux, crise des cartes de crédit, camouflage comptable des pertes bancaires, incapacité des banques de prêter aux particuliers et PME dans un environnement où le risque crédit grandit …la situation économique américaine et internationale n’est guère brillante malgré un redressement intervenu dans le milieu de 2009.

Cette crise conduira à une perte irréversible d’emplois dans certains secteurs (construction, finance, biens durables…), d’où un chômage durablement très élevé; à l’absence d’emplois nouveaux en quantité suffisante pour compenser les pertes d’emplois; à l’inefficacité des politiques de soutien de la croissance par l’exportation, avec la contraction du commerce mondial et, pour la zone euro, le risque d’appréciation de la devise puis d’implosion du système monétaire; à la disparition du modèle de soutien de l’activité par la hausse de l’endettement; au besoin de rééquilibrer les finances publiques par des politiques budgétaires restrictives; à l’accélération des délocalisations avec l’écart de croissance et de coûts de production entre les pays émergents et les pays de l’OCDE; à la déformation du partage des revenus au détriment des salariés, avec le chômage élevé et les délocalisations. Des mouvements erratiques des actions, du pétrole et des matières premières sont à prévoir, avec une montée de l’or et une baisse du dollar (ce dernier a déjà perdu près de 20% de sa valeur depuis mars 2009).

Cette crise n’est pas seulement une crise économique mais aussi sociétale, identitaire et mentale. Car l’effondrement de la société de consommation ne restera pas sans conséquence sur les valeurs consuméristes, hédonistes et individualistes qui sont promues par le pouvoir depuis des décades et ont très largement contribué à provoquer cette crise. Des valeurs plus compassionnelles pourraient renaître face à la situation. Un certain nombre de projets du pouvoir présentés par lui comme intangibles, comme l’euro ou l’immigration, devront être remis en cause. Confrontée à des déficits grandissants, la bureaucratie étatique qui veut tout contrôler pourrait être placée en situation d’impuissance encore accrue, tandis que son expansion sans frein la rendra encore plus insupportable. En conséquence, la société civile pourrait être forcée d’entrer dans le processus qui lui permettra de réapprendre à s’organiser et finalement, connaître une nouvelle vitalité. 

 

 


(5/5 - 18 Votes)
- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (II) Economie - 29-12-2009 - TSCF

Une économie de la dette

En dépit de timides signes de rebond, l’économie mondiale ne semble pas au bout de ses peines et risque d’être durablement fragilisée par la flambée du chômage et l’état de santé incertain du système bancaire, selon plusieurs experts. Enhardie par une flopée d’indicateurs meilleurs que prévu, l’administration américaine a claironné « le début de la fin de la récession » tandis que la Chine continue d’afficher une croissance vigoureuse. Rassérénés, les marchés financiers sont repartis à la hausse. « Il y a des signes de décélération de la récession », analyse un ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) ayant requis l’anonymat. Pour autant, la situation ne prête guère à l’optimisme et la fin de la récession ne sera pas synonyme de croissance vigoureuse, préviennent les experts. La flambée du chômage constituera un test majeur. Selon l’Organisation internationale du travail, la planète pourrait compter jusqu’à 59 millions de chômeurs supplémentaires cette année par rapport à 2007, soit 31 % de hausse, et la fin de la récession ne devrait pas inverser la tendance. « Dans une économie qui cesse de décliner mais qui progresse faiblement, le chômage continue d’augmenter », prévient François Bourguignon. Conséquence : le revenu des ménages risque de souffrir et de plomber la consommation, un des principaux moteurs de l’économie. La capacité des banques à soutenir le redémarrage de l’économie constitue un autre motif d’inquiétude, notamment en Europe où les entreprises dépendent étroitement du crédit bancaire pour financer leurs investissements (Le Soir, lundi 10 août 2009).

(suite) 6. Les remèdes employés par les banques centrales et les gouvernements:

Face à ces développements dramatiques, les banques centrales et les gouvernements ont cherché à consolider le système bancaire par un ensemble de mesures: garanties d’Etat aux dépôts bancaires, apports en capital (TARP-US) ou nationalisations (UK), assouplissement temporaire des règles comptables, recours à la création monétaire (politique dite de "quantitative easing") pour renflouer le capital des banques. Par ailleurs, ils ont cherché à stimuler l’activité économique par des baisses de taux d’intérêt, le subventionnement du marché immobilier, des programmes de stimulation (ARRA-US), et des réductions temporaires de taxes. Les gouvernements se sont en outre attaqués à l’évasion fiscale et aux systèmes de boni des traders.

euro1Quelle est la pertinence des moyens employés ?

La lutte contre les paradis fiscaux et la taxation des boni nous apparaissent comme des gadgets et nous ne nous y attarderons pas, mentionnant simplement que la lutte décrétée par des gouvernements aux abois contre les paradis fiscaux est parfaitement sélective, visant notamment un Etat européen à démocratie directe avec lequel les grands Etats ont sans doute un compte politique à régler; il s’agit surtout de faire peur aux contribuables qui seraient tentés de se soustraire à une pression fiscale devenue très forte.

7. La politique de baisse répétée et rapide des taux d’intérêt est contestable. Si elle a sans doute contribué à éviter une catastrophe à court terme en allégeant les charges des débiteurs dans une économie où la dette atteint un montant record ($34 trillion aux EU), elle a pu ne pas tenir compte du temps nécessaire pour que les premières baisses fassent de l’effet, déprimer la confiance des consommateurs, pénaliser les épargnants et les retraités, et alimenter le risque inflationniste. L’efficacité à plus long terme des baisses de taux en situation de credit crunch est nulle, comme l’a montré l’exemple du Japon dans version encore plus agressive avec des taux abaissés sous les 0,5% et des relances qui ont fait flamber le déficit public à plus de 160% du PIB.

euro18. La modification des règles comptables en vue de permettre aux banques de porter à leur bilan des actifs à leur valeur théorique relève du maquillage comptable et vise à maintenir debout un système bancaire branlant dont tous les actifs pourris ou toxiques ne sont pas réellement connus (actifs de niveau 3). Au total, la situation du système bancaire reste fragile. Ainsi d’après certaines sources, Citigroup par exemple aurait une exposition de 135 milliards de USD aux actifs de niveau 3 (ce sont des positions illiquides, cotées de manière très irrégulière, qui n’ont pas de prix de marché et dont la valorisation est basée sur des estimations de la direction de la banque).

9. S’agissant des aides pour renflouer les banques, elles ne permettent pas aux gouvernements de s’assurer que les banques rouvrent réellement le robinet du crédit. L’administration américaine s’est refusée à la nationalisation des banques en difficulté qui aurait permis une surveillance de ces établissements tout en les contraignant à placer les liquidités mises à disposition par l’Etat dans l’économie. Ce dernier est donc aujourd’hui réduit à exhorter les banques à bien vouloir soutenir l’activité du pays, alors qu’elles ont bénéficié d’aides gouvernementales se montant à des centaines de milliards de dollars. En inondant inconditionnellement les banques de liquidités, le nouveau président des Etats-Unis a donc envoyé le mauvais message. Le système financier renoue d’ailleurs déjà avec sa propension naturelle au risque excessif.

euro1Le quantitative easing correspond à de la création monétaire pure et simple en vue d’acheter la dette des banques ou celle de l’Etat. Or, les abondantes liquidités mises en circulation par les banques centrales aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Europe alimentent déjà de nouvelles bulles spéculatives et risquent de provoquer dans un second temps une vaste inflation, même si celle-ci est retardée par, d’une part, le fait que ces sommes ne sont pas injectées directement dans la consommation, et d’autre part, par les puissances forces déflationnistes liées à l’explosion du chômage et à la faiblesse de la demande.

10. Qu’en est-il du subventionnement de l’immobilier?

Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae, qui ont alimenté la machine à prêts douteux, au point que leur faillite coûtera quelques 400 milliards de dollars au contribuable US, continuent, depuis leur quasi nationalisation de 2008, d’être les acteurs majeurs de la titrisation. De ce fait, les risques de refinancement des nouveaux prêts sont intégralement supportés par le contribuable. Et Fannie et Freddie n’ont pas resserré leurs critères d’attribution de crédits. Les apports personnels de 3% restent monnaie courante, et avec le crédit d’impôt, nombre de prêts sont en fait conclus avec apport personnel négatif. En effet, les achats sont subventionnés par l’Etat à hauteur de 8500$ de crédit d’impôt. C’est apparemment peu, mais ce crédit peut abonder l’apport personnel des emprunteurs, ce qui leur permet des effets de levier augmentés. De plus, la quasi nationalisation de la titrisation couplée avec des taux courts de la FED proches de zéro permet aux banques d’octroyer des crédits à des taux maintenus artificiellement bas, ce qui constitue une seconde subvention, bien réelle bien que dissimulée, qui permet aux vendeurs d’accroître leurs marges. Si les programmes de subventions venaient à se tarir, ou si le Trésor se trouvait à court d’argent pour faire face aux obligations de Fannie, Freddie et Ginnie, alors les prix connaîtraient une nouvelle période de baisse, surtout si la nouvelle vague de "resets" contractuels amenait grand nombre de nouveaux biens sur le marché des ventes consécutives à saisie. 

euro111. Les aides directes à l’économie sous forme de stimulus package, qui avaient aussi pour but, dans le cas de l’ARRA, de stabiliser les finances des gouvernements locaux, sont controversées. Un grand nombre d’économistes jugent la reprise de 2009 entièrement artificielle. La dynamique ayant abouti à la crise des subprimes de 2007 n’a nullement été modifiée, et l’apparence de vitalité de l’économie est très largement dûe à l’existence de stimuli gouvernementaux continués. Le rallye haussier récent des marchés financiers a été obtenu en grande partie grâce à des coupes massives dans l’emploi. Mais réduire le personnel et sacrifier les projets de recherche-développement ne va pas dans le sens d’une croissance durable. En dernier ressort, cette dernière est indispensable pour que les marchés financiers puissent continuer à prospérer. Or la qualité de la croissance est actuellement très faible car la croissance de l’offre de crédit provient de l’achat de la dette d’Etat par les banques commerciales plus que de l’apport de crédit au secteur privé en vue de produire des biens.

euro112. Le retour de l’inflation

Le retour de l’inflation n’est plus exclu. Les conditions s’en trouvent de plus en plus réunies. La banque centrale américaine promet d’injecter pour encore longtemps de la liquidité extraordinaire en monnaie. Quant à la banque centrale européenne, elle est confrontée à la faiblesse tout aussi extraordinaire des comptes publics grecs, espagnols, irlandais, italiens, français et autres. Des experts opposent à ces faits la sous-utilisation des chaînes de production et des travailleurs qui font pression sur les prix et les salaires. Mais beaucoup de ces capacités ont été supprimées et ne sont plus disponibles. La baisse marquée des matières premières avait donné une impression de ralentissement général des prix précédemment, mais cet effet se termine. La seule et unique solution pour détruire toute la dette qui a été créé par les banques et les gouvernements à travers le monde est l’inflation. Une baisse massive du niveau de vie serait en effet politiquement impraticable. L’Inflation voire l’hyper-inflation, à terme, est donc sans doute inévitable. Elle pourrait toutefois être précédée d’une période de déflation, c’est à dire d’une chute générale des prix de tous les actifs, une baisse des salaires associée à une récession massive. A cet égard, l’évolution récente de l’indice des prix du fret international (prédicteur de l’activité future) n’est guère rassurante. D’autres possibilités sont une coexistence des deux phénomènes dans la stagflation, ou une inflation générale couplée à des baisses sectorielles de prix et de salaires, ou certains pays de l’eurozone dans l’inflation et d’autres dans la déflation.

13. Le poids de la dette

Comme le mauvais Pharaon en son temps, les gouvernements n’ont rien mis de côté pour les périodes de disette. A présent, ils doivent essayer de faire fonctionner leur magie keynésienne à crédit. Cela les met en position de faiblesse. Pour l’instant, le crédit des gouvernements est encore bon. Les banquiers qui prennent l’argent des gouvernements le leur re-prêtent encore volontiers… Mais les gouvernements n’ont plus de marge de manœuvre. Même sans nouvelles dépenses, la dette d’Etat explosera dans les deux ans à hauteur de 105pc bu PIB en Grande-Bretagne 125pc aux Etats-Unis et dans l’eurozone, et 270pc au Japon. La charge de la dette est plus lourde qu’elle n’était après la seconde guerre mondiale, tandis que les niveaux nominaux en sont similaires. La dette étatique mondiale atteint $45 trillion, soit une augmentation de 250pc en 10 ans. La dette privée aussi est considérable. Même si le taux d’épargne américain se stabilisait à 7% et servait uniquement au remboursement de la dette, il faudrait 9 ans aux ménages pour réduire le ratio dette/revenu au niveau des années 1980s. Les similarités sont frappantes avec la situation du Japon pendant sa "décade perdue", avec cependant une grande différence: le Japon pouvait rester la tête hors de l’eau parce qu’il exportait dans une économie globale vigoureuse, et qu’il laissait glisser le yen. Mais la moitié des pays du monde ne pourront pas poursuivre cette stratégie en même temps. (à suivre)


(4.2/5 - 13 Votes)
- Les tensions de l’économie mondiale fragilisent les Etats (I) Economie - 21-12-2009 - TSCF

De la crise immobilière à la crise de l’économie

Que nous apprend la crise financière? Deux choses. D’abord, qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Depuis des années, les revenus des actionnaires augmentent davantage que ceux des salariés. Que ce soit en Chine, aux Etats-Unis ou en Europe, le partage des richesses n’est pas équitable. Les entreprises ont été poussées, par les actionnaires, à gagner toujours davantage, sabrant dans les coûts, poussant les ventes, modérant les salaires. Pour faire tourner la machine, on a donc incité les ménages à s’endetter. Les Américains les plus faibles ont eu accès à des crédits qui se révèlent aujourd’hui explosifs. Et même chez nous, où on est traditionnellement plus prudents, les crédits à la consommation et les emprunts hypothécaires ont fameusement augmenté ces cinq dernières années. Ce modèle n’est pas durable. On ne peut forcer les consommateurs à s’endetter toujours plus sans augmenter réellement leur pouvoir d’achat. Les actionnaires (et le management de sociétés) doivent être moins goulus s’ils ne veulent pas casser la machine .L’autre leçon, c’est que les banques doivent repenser leur métier. Cette crise du crédit se double en effet d’une profonde crise financière. Son origine est la modification du modèle financier ces dernières années. Les banques ont abandonné leur rôle d’intermédiaires. Avant, elles accueillaient les dépôts des épargnants pour les reprêter aux entreprises qui investissent ou aux ménages qui consomment. Elles sont devenues aujourd’hui des entremetteuses, habillant ces crédits pour s’en débarrasser auprès d’autres investisseurs, allant même jusqu’à sponsoriser des sociétés et des fonds pour absorber ces produits bizarres et dangereux. Elles ont ignoré ce qui était la base de leur métier : comprendre et gérer les risques. Mais la réalité se venge. (Le Soir, mercredi 23 janvier 2008)

euro1Il est temps que nous exprimions notre avis sur situation créée par la crise économique mondiale. Il s’est dit beaucoup de choses sur cette crise dans les journaux et dans les blogs. Ceux qui avaient compris, avaient vu, avaient tout prévu, les alarmistes, les dépressifs, les millénaristes de tout poil qui agitent le spectre du calendrier Maya, les technocrates qui se veulent rassurants, les optimistes subventionnés entonnant des chants de sortie de crise… tous se sont déchaînés. Maintenant que la poussière retombe, nous ne sombrerons pas dans les mêmes travers, et présenterons seulement quelques réflexions sur l’évolution de cette crise et sur l’avenir de nos économies.  

euro11. Les débuts : Le 27 février 2007, la “petite” bourse de Shanghaï, qui ne représente que 2% de la capitalisation mondiale, avait dévissé de 9%, entraînant avec elle l’ensemble des places financières. En mars 2007, l’air froid est venu de Wall Street, alertée par la possibilité d’une grave crise immobilière aux Etats-Unis. Les conséquences du retournement du marché immobilier sont manifestes : une étude de l’Association des banquiers hypothécaires américains a en effet révélé qu’au quatrième trimestre 2006, les non-remboursements de prêts hypothécaires à haut risque ont atteint leur plus haut niveau depuis quatre ans. 13,33% des ménages les plus fragiles qui ont souscrit à des prêts à risque aux taux nettement supérieurs à la moyenne n’ont pas respecté les échéances. Une vingtaine d’organismes spécialisés dans ce type de prêts ont dû suspendre leur activité ou déposer leur bilan. La compagnie New Century, le numéro un américain des “subprime mortgages” est suspendue de la cote par le New York Stock Exchange. Les investisseurs craignent que cette crise atteigne les prêts conventionnels, affecte le système bancaire américain, puis l’économie mondiale. Sur les marchés boursiers, les investisseurs se mettent à liquider leurs positions en actions. Le 20 juin, la presse américaine révèle que deux fonds spéculatifs de la banque Bear Stearns sont en difficulté. En juillet 2007, les choses s’enveniment. De plus en plus d’actionnaires craignent une extension des problèmes liés aux crédits immobiliers à risque. Le 9 août 2007, BNP Paribas annonce le gel de trois de ses fonds de placement touchés par la crise du crédit immobilier aux Etats-Unis. La banque centrale européenne, avertie que la mécanique du marché du crédit bancaire est en train de s’enrayer dangereusement, décide alors d’injecter 95 milliards d’euros de liquidités sur les marchés. La crise a réellement commencé…La crise frappe durement le secteur bancaire et culmine à l’automne 2008 avec la faillite spectaculaire de Lehman Brothers, puis se calme progressivement sous l’action des banques centrales et des gouvernements, une action factuelle mais aussi une campagne psychologique décidée au G20 de Londres en avril 2009. On assiste au cours de 2009 à un rallye haussier des marchés financiers, substantiel en lui-même mais moins important quand on le rapporte aux niveaux atteints avant la crise, en 2007 et même en 2000. 

euro12. La politique de la FED: Après l’éclatement de la bulle technologique, en 2000, la Fed est venue en aide aux marchés en abaissant plusieurs fois ses taux directeurs. Elle a même accéléré ce mouvement après les attentats du 11 septembre 2001, pour faire face à la récession de l’économie américaine. C’est ainsi que le taux des fonds fédéraux des Etats-Unis est descendu jusqu’à 1 pc à peine en 2003. Ce faisant, elle a favorisé l’accès à la propriété, les taux des prêts hypothécaires suivant la tendance baissière. Mais la hausse du nombre d’acheteurs a provoqué un bond des prix de l’immobilier aux Etats-Unis, créant ainsi une nouvelle bulle financière. Entre-temps, la croissance économique américaine s’était redressée et les marchés étaient repartis à la hausse. A partir de l’été 2004, la Fed jugeait utile de relever ses taux directeurs afin de reconstituer une marge suffisante susceptible d’être à nouveau utilisée en cas de besoin. En dix-sept relèvements de 25 points de base, la Fed a porté ses taux à 5,25 pc en juin 2006, niveau maintenu jusqu’en septembre 2007.

euro1 3. La crise immobilière: Pour permettre aux ménages les plus fragiles à devenir propriétaires, et aussi empocher de très grosses commissions, les courtiers leur ont proposé, surtout à partir de 2003 et 2004, des crédits immobiliers spéciaux, baptisés "subprime loans" (par opposition aux prêts "prime", visant les emprunteurs en bonne santé financière). Ces crédits étaient consentis à des conditions incroyablement laxistes (peu ou pas d’apport personnel, une analyse superficielle des revenus, et remboursement du seul intérêt, voire même moins). Ces pratiques ont favorisé des taux records de dette immobilière en proportion du revenu des ménages. Environ 80% des prêts de ce type comportait des taux ajustables en fonction des taux de base. La Fed ayant relevé ses taux, les mensualités des prêts hypothécaires ont alors grimpé. Et les premiers défauts de paiement sont survenus. En même temps, les taux élevés ont tari la source d’acquéreurs de biens immobiliers. Les prix des maisons ont donc reculé de plus en plus. La bulle immobilière s’est ainsi dégonflée, provoquant un désastre sur le marché du "subprime" où les prêts n’étaient garantis que par une hypothèque sur les immeubles vendus, hypothèque qui perdait toute valeur compte tenu de la baisse profonde du marché immobilier.

euro14. La crise bancaire et la crise du crédit: Le montant total de ces subprimes représente la bagatelle de 1.200 milliards de dollars, soit 12 % du total des crédits immobiliers américains. Mais ces prêts pourris ont contaminé la totalité du marché du crédit mondial. Car les banques n’ont pas conservé ces subprimes dans leur portefeuille. Elles les ont titrisés, c’est-à-dire transformé en obligations, qui ont été mélangées à d’autres et revendues aux investisseurs dans le monde : des fonds, des compagnies d’assurance ou parfois aussi des sociétés spéciales sponsorisées par les banques. De sorte qu’aujourd’hui, on ne sait plus où le risque est logé, ce qui fait que tout le monde se méfie de tout le monde et les banques ne veulent plus faire de crédit. Plusieurs grandes banques avaient sorti de leur bilan des véhicules financiers exposés au "subprime", ceux-ci ayant dû être ensuite rapatriés face à l’ampleur de la crise. Mais ce nettoyage est progressif. En attendant, le doute s’est installé, les banques refusant de se prêter de l’argent entre elles, chacune craignant que la solvabilité de l’autre se dégrade à l’avenir. C’est ainsi que d’une crise limitée aux prêts hypothécaires, on est parvenu à une crise des crédits en général. Certaines grandes banques, comme Fortis, ont été confrontées à une crise de liquidités et par la suite acculées à la reprise ou à la faillite. La banque britannique Northern Rock a été contrainte de faire appel à la Banque d’Angleterre pour éviter le dépôt de bilan. Lehman Brothers a fait faillite le 15 septembre 2008. De nombreux établissements mineurs ont été liquidés. Par ailleurs, plusieurs grands noms de la finance ont du faire appel à des capitaux frais et à l’aide gouvernementale pour surmonter l’épreuve. 

euro15. La fin du boom de la consommation: Mais voilà que cette crise s’étend à l’ensemble de l’économie réelle. Les premières victimes du "subprime" sont tous ces Américains qui ont dû brader leurs maisons. Dans les années 2000 aux Etats-Unis, les taux d’épargne personnels étaient inférieurs à 2%. Les Américains préfèrent le crédit à l’épargne. Quand ils sont propriétaires et que la valeur de leur maison augmente, ils empruntent sur cette valeur pour consommer. Et ce mécanisme est extrêmement important. Certaines années, ce sont 800 milliards de dollars qui ont alimenté la consommation par ce biais. Or la consommation des ménages américains compte pour 70 % du produit intérieur brut des Etats-Unis. On comprend alors toute l’importance, pour l’économie américaine, d’avoir un marché immobilier en bonne santé. Du fait de la crise des subprimes, des centaines de milliers de ménages se sont retrouvés dans l’incapacité d’honorer le paiement de leur échéance mensuelle. Et quand les prêteurs ont décidé d’exercer leurs hypothèques en vendant les maisons, ils n’ont pas recouvré l’intégralité de leur mise. Ceci signifie que des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées non seulement sans maison mais aussi lourdement endettées. L’assèchement du crédit bancaire et le rétrécissement du portefeuille des ménages américains, conséquence de la baisse du prix de leur maison, ont freiné la consommation. Dans des pays comme les Etats-Unis, l’Espagne ou la Grande-Bretagne, les services financiers et la construction étaient ces dernières années responsables de plus de la moitié des créations d’emplois. La croissance et l’emploi dans ces pays a donc été directement touchée. La consommation a été freinée par l’explosion du chômage et par la prudence des consommateurs, qui recommencent à épargner: aux seuls Etats-Unis, la remontée des taux d’épargne représente des centaines de milliards de dollars soustraits à l’économie de consommation. Bizarrement, alors que cela aggrave le ralentissement économique, cela aide aussi à financer la bataille contre ledit ralentissement : en effet les épargnants achètent de la dette US (bien qu’indirectement) . En 2009,  les PIBs nationaux connaissaient une violente contraction, le chômage explosait, tandis que le commerce mondial chutait de près de 40% et l’investissement de 30%. (à suivre)


 


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