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Social Capital

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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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- Confiance, communauté, et capital social: un exemple villageois Culture - 03-02-2008 - TSCF

chateau4Microsociologie de la vie quotidienne

 Le 20 novembre 2005, un couple d’origine africaine interpelle une dame alors qu’elle se trouve à l’appareil Bancontact du self-banking de la banque ING de La Hulpe, en lui demandant de lui expliquer le fonctionnement des automates. La victime se retourne pour discuter et un des 2 auteurs parvient à lui subtiliser sa carte de banque se trouvant dans l’appareil. La victime cède ensuite sa place au couple pour lui montrer la marche à suivre mais elle n’arrive évidemment pas à récupérer sa carte. L’homme lui propose de taper son code secret afin « débloquer » le système. La victime s’exécute, sans succès, et se rend compte que le couple lui a volé sa carte de banque. Le couple nie et sort ensuite de la banque. Quelques minutes plus tard, ce couple effectue 2 retraits d’argent à l’aide de la carte de banque de la victime au self-banque de la banque Fortis de La Hulpe et tente de retirer également de l’argent à la banque ING de Waterloo. (Annonce de la Police Fédérale)

Fait divers ? Chien écrasé ? Peut-être pas.

Le modèle original de la communauté est, suivant les pères fondateurs de la sociologie, la communauté villageoise. Il est intéressant d’analyser comment ce couple africain détruit la confiance sociale dans ce qui a été un village convivial, et comment ce faisant, il contribue à l’érosion du capital social.

chateau2Bien qu’appartenant à une « minorité visible », les intéressés se comportent comme des membres de la communauté et font appel à ses principes. Il y a d’abord une demande de support, qui est bien reçue par la victime car elle est prête à aider (support mutuel à l’intérieur de la communauté). Il y a ensuite une offre de support, "débloquer le système", qui s’inscrit dans la même veine (réciprocité communautaire). Il y a enfin une perversion de ce support mutuel en jouant sur ses bases : la confiance (anticipation de comportement positif) et la véracité (respect de la valeur de vérité dans l’utilisation du langage). On imagine l’impact qu’un tel micro-événement a pu avoir sur la confiance dans le village, et pas seulement chez la victime.

chateau2La communauté souffre de l’irruption de populations qui ne se sentent pas appartenir au même tout, qui sont parfois démunies, et qui utilisent le langage comme une arme de persuasion sophistique plus que ne le fait l’Europe chrétienne. L’anomie sociale en croissance multiplie les cas de perturbation de la confiance en communauté, avec des degrés de gravité divers. Bien sûr, en l’espèce, d’autres facteurs détruisent la convivialité du village : la rotation des employés des services postaux et bancaires qui ne connaissent plus leurs clients personnellement; l’implantation de commerçants qui ne résident pas sur place et ne sont pas impliqués dans la vie locale; la spéculation immobilière qui détruit l’équilibre ville/campagne et creuse les différences sociales. Ces évolutions dépassent en partie le village, mais il appartient encore à ses habitants de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour restaurer ce qui subsiste des liens communautaires.

chateau2Qui a théorisé l’importance de la confiance dans la vie sociale? Pas seulement les spécialistes récents du capital social réunis autour de Robert Putnam à la John F. Kennedy School of Government à Harvard University. L’un des contributeurs est… Alain Peyrefitte, un des barons du gaullisme. S’agissait-il de l’intuition d’un nègre plus astucieux que l’auteur officiel, ou de l’expression d’un aveu indirect de culpabilité ? En 1995, Peyrefitte publiait un essai intitulé "La société de confiance" sur les causes du développement et du sous-développement dans le monde. Nombreux exemples à l’appui, il avançait l’idée selon laquelle les principaux facteurs du développement ne sont pas à rechercher dans certaines causes matérielles telles que le climat ou les ressources naturelles, mais dans le "tiers facteur immatériel" c’est-à-dire la culture, les mentalités. Plus précisément, le ressort du développement réside dans la constitution d’une société de confiance, confiance que l’État place dans l’initiative individuelle, mais surtout confiance que les individus accordent à l’État, se reconnaissent entre eux, et se font à eux-mêmes. C’est cet "éthos de confiance" qui aurait permis le développement de l’Europe occidentale ces derniers siècles.

chateau2Qui a dit par ailleurs que «l’État réglemente toujours dans les moindres détails l’ensemble des domaines de la société civile, vidant ainsi le dialogue social de son contenu, entravant la concurrence, favorisant le corporatisme et la défiance. Alors que notre époque requiert du travail en réseau, de l’initiative et de la confiance, tout se décide encore d’en haut, tout est contrôlé dans un climat de méfiance générale»?… la commission Attali, auteure d’un rapport pour la « libération de la croissance française » (2008).

Il doit s’agir d’un retour du refoulé, tant il est vrai que les bonapartistes français, qu’ils fussent gaullistes ou socialistes, n’ont eu de cesse de détruire cette confiance qu’ils invoquent ou dont ils dénoncent l’absence.

chateau2La détérioration de la confiance en communauté est le plus merveilleux instrument qui soit pour mettre en dépendance des citoyens devenus incapables de se réguler eux-mêmes. Sont irresponsables ceux qui, dans divers pays, répandent des informations fausses, exagérées ou inopportunes sur de prétendus risques terroristes. Il y a là une tentative de miner la confiance et de se rendre indispensable en tant qu’organe étatique aux yeux d’une population qui se sent menacée et ne croit plus ni en l’avenir, ni en elle-même. La destruction de la confiance conviviale affaiblit le corps social, alimente les conflits, et favorise la mise en place d’une société de surveillance.

La confiance, un signe et un facteur de l’existence d’un abondant capital social, n’est pas une utopie. De nombreuses success stories récentes, comme celles de Wikipedia ou d’Ebay, fonctionnent sur la base de la confiance. Une grande part des relations d’affaires, la marche opérationnelle de grandes entreprises comme la Poste, sont aussi largement basées sur la confiance. Cela peut nous inciter à faire ce qui est en notre pouvoir pour commencer à restaurer cette attitude qui forme la base de la communauté. Cela commence au niveau individuel et comportemental : le regard, le sourire, la civilité, l’entraide de voisinage, le respect de la parole donnée, une attitude positive envers autrui, la réciprocité, une assertivité saine, sont des pas précieux pour commencer à inverser la funeste tendance qui nous est réservée par les gens du pouvoir.


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- L’échec de la multiethnicité Culture - 07-02-2007 - TSCF

La mort lente de la «société multiculturelle»

1, La justice danoise a renoncé début janvier, faute de preuves d’incitations à la violence, à poursuivre des imams établis au Danemark qui avaient effectué en décembre 2005 une "tournée" en Egypte, Syrie et Liban pour attirer l’attention sur la publication des caricatures et sur l’absence de réactions du gouvernement de Copenhague (lire aussi ci-dessous). En revanche, sont bien poursuivis devant la justice française, les responsables de "Charlie Hebdo" dont le procès se tiendra les 7 et 8 février pour atteinte à la loi qui punit "l’injure commise (envers) une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées". L’hebdomadaire avait publié les caricatures dans la foulée du journal danois ainsi qu’une caricature de Cabu, en couverture de son numéro du 8 février 2006, représentant Mahomet sous le titre "Mahomet débordé par les intégristes" et déclarant : "C’est dur d’être aimé par des cons". Or, tout indique que les intégristes ont encore gagné du terrain dans les pays arabo-musulmans. Pour preuve, la censure qui a frappé, dans la Tunisie pourtant moderniste, la livraison de janvier-février de la revue "Historia" qui reproduisait une peinture figurant Mahomet au milieu de ses disciples. (La Libre 02/02/2007)

2, La "société multiculturelle" britannique survivra-t-elle aux prochaines élections ? Dans un important discours prononcé lundi, David Cameron, le chef du Parti conservateur et vainqueur probable du prochain scrutin, a fermement condamné une doctrine qui "sape la cohésion" de la nation. (…) Sa condamnation de la "société multiculturelle" inventée par Tony Blair et le "Nouveau Labour", devrait faire date. Pour M. Cameron, "le multiculturalisme a sapé la cohésion de la nation parce qu’il met l’accent sur ce qui nous divise plus que ce qui nous ramène l’un vers l’autre. Cette doctrine a été manipulée pour enraciner le droit à la différence (un concept qui nous divise) aux dépens du droit à un traitement égal (un concept qui nous unit). (…) Cette déclaration d’intentions survient à un moment important. Un centre de recherche proche du Parti conservateur, le "Populus for Policy Exchange", révélait lundi la radicalisation des jeunes musulmans qui préfèrent envoyer leurs enfants dans des écoles islamiques (37 pc), veulent que les lois islamiques, la charia, remplacent les lois britanniques (37 pc), souhaitent que les musulmanes portent le hijab ne laissant apparaître du corps que le visage et les mains (74 pc) ou admirent des organisations combattant l’Occident comme al Qaeda (13 pc). Ces chiffres montrent que loin d’assimiler les valeurs de la société britannique, comme l’imaginaient les experts et la classe politique, certains jeunes musulmans de 16 à 24 ans, interrogés par les enquêteurs, rejettent l’attitude infiniment plus tolérante de leurs parents. Cette radicalisation est d’autant plus surprenante que l’énorme majorité des musulmans (84 pc) estime avoir été traitée équitablement par la société anglaise et qu’une importante minorité (28 pc) estime que les autorités en font trop pour ne pas causer d’offense aux musulmans. (La Libre 02/02/2007).

Pour parler rigoureusement, aucune société ne peut, bien entendu, être « multiculturelle ». Si par hypothèse elle l’était, elle se désintégrerait immédiatement, comme lors du contact de la matière et de l’antimatière. La culture est le contrat social d’une société et il ne saurait y en avoir plusieurs concomitamment, même s’il peut y avoir des éléments de folklore localisés. L’expression employée par des politiciens épuisés tels que Blair ou Chirac témoigne de l’énormité de l’incompétence de ceux qui prétendent gouverner, habitués qu’ils sont, il est vrai, à jouer avec l’ambiguité, la contradiction dissimulée et le double langage.

La floraison de recherches montrant la radicalisation des jeunes hommes de la deuxième ou de la troisième génération issue de l’immigration ne date pas d’hier, même si le Léviathan privilégie la cooptation bureaucratique de « scientifiques » bien-pensants au sein d’institutions en proie à l’influence syndicale et militante. Il suffit de lire la presse pour constater les violences interraciales qui explosent ici et là dans nombre de pays développés, et qui opposent les minorités immigrées aux majorités blanches, les majorités blanches aux minorités immigrées, les minorités immigrées aux forces de police, et les minorités immigrées entre elles. Il suffit d’avoir des yeux pour voir la guerre civile larvée que se livrent quotidiennement les groupes ethniques et qui passe par une concurrence économique, démographique et sexuelle.

Les choses bougent cependant: à la confusion timorée de la Justice danoise dans l’affaire des caricatures de Mahomet s’oppose chez les nouveaux conservateurs britanniques une tardive prise de conscience que la politique multiculturaliste a pu saper la cohésion sociale – elle n’avait d’ailleurs pas d’autre but –, mais aussi que cet effet de sape s’avère de moins en moins contrôlable et qu’il est susceptible de menacer l’ordre établi lui-même.


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- Le Louvre s’expose: la poudre aux yeux de l’Etat français Culture - 06-12-2006 - TSCF

fleur%20de%20lysMusées: le pouvoir français redore son blason

Les grands musées français ont de grandes ambitions aux frontières de la Belgique. Le centre Pompidou va construire un second musée à Metz et le Louvre fera de même à Lens. Chaque fois dans d’anciennes régions minières à deux pas de notre pays et, chaque fois avec de grands architectes japonais. Le centre Pompidou a choisi Shigeru Ban qui propose une grande voilure, comme une tente géante du troisième millénaire. Le musée de 35 millions d’euros devrait être inauguré en 2008.(…)

Kazuyo Sejima, 50 ans, et Ryue Nishizawa, 40 ans, sont tout de noir vêtus, comme à leur habitude. Ils ont acquis leur renommée par leurs projets, minimalistes d’apparence mais, technologiquement audacieux, intégrés à la nature, transparents et fluides, qui effacent la pesanteur et abolissent la hiérarchisation des espaces. Leur récent musée de Kanazawa fait déjà autorité. Ils ont aussi construit la boutique Dior à Tokyo et ont été choisis pour le New museum of contemporary art à New York.

A l’entrée du Civa, on découvre les plans du musée, les intentions de l’agence et une grande maquette du futur Louvre-Lens. Dans cette ville du Nord, marquée par son passé minier, on a dégagé une zone boisée à Lens même, avec, au milieu, un immense pré bordé d’arbres de tous côtés. "Nous devions construire un très grand bâtiment, expliquent les architectes, mais nous avons choisi de le faire en harmonie avec cette belle nature et avec les habitudes des promeneurs du coin. Comme dans notre musée de Karazawa, qu’on a appelé "le premier musée du 21e siècle", nous voulons faire un musée ouvert et multiplier les volumes pour éviter de surcharger le site". (…). Le musée se présente comme un grand parcours, une promenade au milieu de la nature, sur des sentiers de verre, au milieu d’une clairière, entre la nature et ses reflets, entre le réel et l’irréel. La médiation entre le visiteur et le musée sera primordiale tout au long du parcours. Ce musée de 100 millions d’euros, 17 000 m2 de surface utile, dont 7 700 m2 d’exposition, pourrait être achevé vers 2009. Les Japonais ont battu, lors d’un concours, Zaha Hadid, Steven Holl et Rudy Riciotti, entre autres.

Henri Loyrette a beaucoup de projets ambitieux pour son musée créé en 1793, en pleine révolution française. Il a défrayé la chronique ces derniers mois avec son accord de partenariat à long terme avec le musée d’Atlanta comprenant des prêts d’oeuvres chèrement payés par les Américains. On parle abondamment aussi du Louvre 2 qui serait bâti à Abu Dhabi, un projet pharaonique, mais il renvoie en touche quand on lui en parle : "C’est un projet politique du gouvernement français qui impliquerait plusieurs musées. À ce stade, cela ne nous concerne pas". Il préfère parler des trois grands projets qu’il mène en France. D’abord, le projet "Pyramides". L’architecte américano-chinois, Pei, avait fait sensation et débat e n créant une grande pyramide de verre devant le Louvre pour en faire l’accès au musée.

Mais ce projet conçu pour un musée de 4 millions de visiteurs l’an, ne tient plus quand il y en a 8 millions par an comme aujourd’hui. Henri Loyrette qui a soutenu Pei depuis le début, a demandé à l’architecte de réfléchir à une extension de la pyramide et à une révision de l’accueil au musée. "(…) Le second grand projet est celui des salles de l’Islam (présentées brièvement à l’expo du Civa). La cour Visconti au Louvre ne sera pas recouverte dans le projet primé de Rudy Riccioti, mais bien surmontée d’une grande tente. "C’est un objectif essentiel de présenter enfin nos riches collections sur l’Islam afin d’éclairer la face lumineuse de ces civilisations. Et nous avons fait pour cela un choix résolument contemporain". (Source: La lIbre 5/12/2006)

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On ne peut, a priori, que se féliciter que des musées s’épandent, que "la culture" soit ainsi mise à la disposition du public. Le pouvoir français le sait. Depuis toujours, il se présente comme le chantre de la culture et le centre d’un rayonnement international qui passe par elle. Il est étonnant, dès lors, que ce brio prétendu coexiste avec un processus dégénératif de la société et de l’économie, avec le laxisme moral, le relâchement du lien social, la régression de la langue et de l’écriture, la progression de l’illetrisme, la faiblesse de la création artistique et l’inexistence de l’innovation intellectuelle dans ce pays. Dans le cas de Lens, située dans ce Nord de la France marqué son manque d’ambition et d’ouverture internationale, par la reconstitution d’un vaste quart-monde et l’accumulation durable de problèmes sociaux, le paradoxe devient particulièrement flagrant…

C’est qu’il est commode d’ainsi tout justifier, de redorer le blason de l’ordre politique et économique, de faire oublier ses composantes autoritaires et bureaucratiques, de légitimer l’immigration de masse ou d’occulter la carence de la convivialité en faisant appel à un ordre immuable et supérieur de la pensée et la beauté. Si nous sommes ce que nous sommes, nous n’y pouvons rien. En haut lieu, il y a des principes que nous avons respectés, ce qui a été fait était ce qu’il fallait, et on y saurait rien changer. On peut aussi et accessoirement contribuer à l’éducation des masses attachées à leur identité culturelle grâce aux "salles consacrées à l’Islam".

A l’extérieur aussi, sur un plan international, il est important de faire croire au caractère démocratique et éclairé du régime. Cela permet au gouvernement français d’apparaitre comme une référence sur la scène internationale. Sans oublier que la "Maison France" utilise le patrimoine architectural et met en avant l’histoire pour exporter des produits alimentaires de prestige, pour faire croire à des millions de touristes qu’elle est la destination par excellence pour y dépenser ses devises, pour convaincre des étudiants étrangers qu’elle est un lieu d’apprentissage privilégié, des investisseurs qu’ils y trouveront un climat favorable pour leurs affaires, des électeurs qu’il existe un "bonheur d’être français".

Elle a pour l’heure réussi à propager cette image, même si des observateurs aperçoivent l’importance de la crise sociale, même si des voyageurs mettent en cause la qualité de l’accueil, le niveau abusif des prix, l’incapacité des habitants à parler l’anglais, même si des étrangers qui ont choisi la France sur la base d’une illusion répandue prennent aujourd’hui la mesure de leur erreur.

Pour poursuivre cette politique d’auto-légitimation, l’Etat français est prêt à investir des budgets gigantesques malgré un contexte de déficit public. A s’assurer les services des meilleurs spécialistes du design et de l’architecture. Rien n’est trop beau pour asseoir sa légitimité; s’il dispose du renfort de la culture, peut annexer le passé et s’adjoint l’art contemporain, c’est qu’assurément il incarne un ordre respectable, juste et raisonnable, dont on ne saurait mettre en doute les fondements ultimes.

Mais le prestige d’Etat assis sur de grandes réalisations architecturales n’a-t-il pas toujours été l’expression d’ambitions impériales?


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